Amères vérités : Au regard des enjeux et de la connaissance unanime des problèmes et des solutions appropriées, un délai d’un mois entier paraît, effectivement, injustifiable

 Dans un mois, si les choses se déroulent comme tant de voix l’ont réclamé, soutenu et défendu becs et ongles comme étant l’unique voie de salut qui s’offre aux Nigériens pour ne pas tomber dans les méandres des crises électorales et postélectorales, toutes les divergences politiques seront aplanies. La classe politique se sera alors entendue sur un code électoral consensuel, une commission électorale nationale indépendante (Ceni) rééquilibrée, un Conseil national de dialogue politique rétabli dans ses valeurs traditionnelles, l’accès aux médias d’Etat sera un fait et le comité de suivi des décisions issues du dialogue se félicitera publiquement de l’application totale des accords. Mais, puisqu’il y a un «mais», les choses ne se déroulent pas toujours comme on le souhaite et les hommes sont ce qu’ils sont, c’est-à-dire imprévisibles, changeants et parfois de mauvaise foi notoire. Durant ce mois que nous souhaitons des plus fructueux pour le peuple nigérien qui a plus que jamais besoin de cohésion et d’unité autour de valeurs certaines, il n’est pas tolérable de voir ou d’entendre des individus, qui qu’ils soient, se donner pour mission, non pas de consolider le dialogue, mais de le faire échouer.

C’est une vérité qu’il faut admettre dès à présent afin de conjurer ce que les malfaisants de tous bords et de tous acabits vont tenter d’entreprendre afin que le dialogue entamé soit sans lendemains. Cette vérité, c’est que, s’il fait le bonheur du peuple nigérien à qui il faut épargner des situations encore plus critiques que celle dans laquelle il est actuellement plongé du fait de l’insécurité, le dialogue politique inclusif ne fait pas l’affaire de certaines personnes. Et il est certain qu’elles ne resteront pas l’arme au pied, comme des garçons de chœur ou mieux, des spectateurs engagés. La vérité, c’est que toutes les personnes qui ne se retrouvent pas en dehors du chaos politique, vont nécessairement œuvrer à faire échouer le dialogue. Ces personnes sont non seulement nombreuses, mais elles ne manquent ni de moyens ni de pouvoir pour faire échouer le dialogue. S’il ne sied pas bien, par respect pour l’esprit des assises, de citer des noms parmi celles qui ne voient pas d’un bon œil la tenue d’un dialogue politique inclusif, il y a lieu de ne pas perdre de vue qu’il y aura des grenouillages de toutes sortes en vue de faire capoter le dialogue. Personne n’ignore que Brigi Rafini fait ce qu’il fait avec le consentement de son chef hiérarchique. Mais le Président Issoufou semble si pris en tenaille entre des intérêts politiques, à la fois antagoniques et puissants, que son engagement ne peut être que tiède. C’est pourquoi, et à juste raison, des voix se lèvent ici et là, lors de débats informels qui semblent avoir fait à l’avance les travaux de la conférence des leaders politiques, qu’il y a de quoi faire attention aux porteurs d’obstacles. Les membres désignés des partis politiques doivent impérativement garder à l’esprit que leur mission n’est pas de s’embourber dans des discussions oiseuses, mais plutôt de créer les conditions d’élections inclusives, transparentes et démocratiques. Pour y parvenir, tout le monde, au Niger, connaît la recette infaillible. L’Assemblée nationale étant en session, si la volonté politique existe réellement au niveau du camp du pouvoir, détenteur des manettes nécessaires pour faire bouger le curseur, le comité mis en place n’aura pas besoin de dix jours de travaux pour déposer son rapport. Au regard des enjeux et de la connaissance unanime des problèmes et des solutions appropriées, Un délai d’un mois entier paraît, effectivement, injustifiable. Si les acteurs engagés dans ce dialogue politique inclusif portent, vis-à-vis du peuple nigérien une lourde responsabilité, il faut toutefois relever deux cas spéciaux.

D’abord, le rôle majeur que peuvent et doivent nécessairement jouer, en dehors de tout esprit partisan, l’Association islamique du Niger et l’Archevêché du Niger. Elles ont le devoir, l’impérieux devoir de parler, sans parti pris mais avec la seule crainte de Dieu, pour rapprocher les points de vue et les concilier.

Ensuite, l’obligation de parti pris pour le dialogue qui s’impose au Président Issoufou Mahamadou.

Il doit nécessairement donner de la voix à ce dialogue politique inclusif, en posant des actes lourds qui ne laisseraient aucun doute sur sa responsabilité et sa caution, sur ses attentes et son accompagnement. Il doit, en un mot, faire un message à la nation pour édifier le peuple nigérien et les partenaires quant à son total engagement dans cette dynamique salutaire pour le peuple nigérien. Il est bien vrai que les faits parlent mieux que tout. Alors, qu’il fasse libérer tous les prisonniers politiques, civils et militaires, qui croupissent en prison sans motifs judiciaires crédibles. La responsabilité du Président Issoufou est indéniablement grande dans l’issue de ces pourparlers politiques. S’ils réussissent, c’est qu’il aura agi pour qu’il en soit ainsi ; s’ils échouent, c’est qu’il aura également agi pour ce faire. Il ne faut pas se leurrer. La présence, aux côtés des acteurs politiques nationaux, de témoins internationaux, en l’occurrence le National Democratic Institute (NDI), l’Union Européenne et l’Organisation des Nations Unies, est certainement un motif supplémentaire de croire que, cette fois-ci, le curseur bougerait.

Le National Democratic Institute (NDI), l’Union Européenne et l’Organisation des Nations Unies se feront le devoir de recadrer les acteurs afin que la démocratie, au Niger, soit restaurée dans ses fondamentaux traditionnels. La fourberie, la ruse éhontée, la mauvaise foi et le blocage délibéré n’ont pas de place dans les pourparlers qui s’ouvrent. Le Président du Mnsd Nassara, Seïni Oumarou l’a dit lors du point de presse du mercredi 29 octobre 2019, dans la salle des banquets du Cabinet du Premier ministre : « il ne sert à rien de se réunir pour dialoguer si la sincérité n’est pas au rendez-vous ». Un bel avertissement qui a surtout valeur de prière pour le Niger.

Les Nigériens peuvent, donc, en principe, fonder de réels espoirs dans ce dialogue politique inclusif.

Cependant, il vaut mieux attendre de voir et d’entendre les sons de cloche des acteurs eux-mêmes avant de se prononcer. Car, ce qui ressemble à un long fleuve tranquille peut subitement se révéler une mer agitée. Quoi qu’il en soit, tout dépend de la position du Président Issoufou Mahamadou par rapport au dialogue.

BONKANO 

14 novembre 2019
Publié  04 novembre 2019
Source : Le Canard en Furie

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