Élections générales 2020-2021 : La communauté internationale s’inquiète

Élections générales 2020-2021 : La communauté internationale s’inquiète Le dialogue politique inclusif serait- il le bon vouloir de la communauté internationale ? Si on ne saurait le dire avec fermeté, il reste toutefois que les partenaires extérieurs s’inquiètent beaucoup pour le processus électoral nigérien qui boîte. Selon des sources diplomatiques crédibles, la communauté internationale pense que les élections générales devant se tenir en 2020-2021 sont porteuses de germes de conflits. Selon ces sources, les partenaires extérieurs, dont certains ont commencé leur ballet diplomatique depuis quelque temps, pointent une série de difficultés, d’obstacles et de sources de confrontation qui peuvent déteindre sur le processus électoral et compromettre à terme la tenue d’élections dont les résultats ne seront pas susceptibles de contestation quelconque. Première source d’inquiétude majeure des partenaires extérieurs, le fichier électoral.

Voulu biométrique, le fichier électoral en cours de réalisation, a du plomb dans l’aile. Les audiences foraines n’ont pas encore été menées à terme que la Commission électorale entame la phase d’enrôlement. Une façon pour elle de faire croire qu’elle est à jour de son chronogramme alors que les retards sont considérables. Le calendrier électoral a d’ailleurs subi des modifications, essentielles de délai, à quatre reprises depuis la première version. Le chevauchement de la Ceni n’a pas suffi pour camoufler ces retards et rassurer les acteurs politiques quant à sa capacité à faire aboutir le projet à terme. L’Alliance pour la République, un démembrement de la majorité au pouvoir, s’est officiellement plainte par lettre de la conduite du processus électoral. Elle a notamment dénoncé le non-achèvement des audiences foraines qui sont, selon elle, à moins de 50% dans les régions de Tillabéry et de Dosso. Or, les deux régions ciblées font parti de l’axe 1 dont les communes sont en train d’enregistrer actuellement l’enrôlement des électeurs.

Un palliatif incongru qui ouvre la voie à toutes les fraudes possibles

La classe politique, dans son ensemble, est unanime que le vote par témoignage représente un creuset de la fraude électorale et qu’il faut l’abandonner pour une crédibilité des élections. Aussi, les acteurs politiques ont convenu de l’abandonner. Mais, le pouvoir en place a pratiquement trouvé un palliatif incongru au vote par témoignage ? Jugé par nombre d’observateurs plus insidieux, l’enrôlement biométrique par témoignage a été inséré dans la loi électorale, vidant le concept de fichier électoral biométrique de son essence. L’opposition, qui a dénoncé cet stratagème pour maintenir les mêmes possibilités de fraude électorale, est en train de faire aujourd’hui contre mauvaise fortune, bon coeur. Partout où l’enrôlement est en cours, l’enrôlement biométrique par témoignage est la panacée offert pour faire, par anticipation, le plein de voix indues. Les témoignages sur l’enrôlement de mineurs sont légion. Dans certaines zones, alors que le code électoral actuel a bien prévu, en son article 201, une disposition transitoire autorisant l’enrôlement par témoignage, des agents confient qu’on leur a pourtant donné, à un moment, instruction d’y mettre un terme. Cette instruction, illégale par ailleurs, a-t-elle été donnée partout et à tous les opérateurs d’enrôlement ?

La Ceni est-elle incapable de réaliser le fichier biométrique ?

À tous points de vue, le fichier électoral biométrique est un leurre auquel la Ceni s’accroche par principe légal. Débuté tard pour un projet qui exige beaucoup de rigueur et de marge de temps considérable, le fichier électoral biométrique est aujourd’hui plus un artifice qu’une perspective. Si la phase d’enrôlement se poursuit dans les communes prévues suivant le premier axe composé de Tillabéry, de Tahoua et d’Agadez, étendu aujourd’hui à Dosso, il reste que les audiences foraines se sont presque estompées. Pour le président de la Ceni qui cache mal ses inquiétudes et ses angoisses, ces audiences foraines vont se poursuivre en même temps que l’enrôlement des électeurs. Autant dire que le cafouillage est garanti. La Ceni estelle incapable de réaliser le fichier biométrique ou y a –t-il quelque part des réfractaires aux principes du fichier biométrique?

Le fichier électoral biométrique serait-il déjà hors de portée ?

Selon des informations dignes de foi, à la Ceni comme dans les salons feutrés des leaders politiques, la conviction est acquise que le fichier électoral biométrique est désormais hors de portée. À 12 mois des élections locales, il est quasiment certain que la Ceni ne pourra pas réaliser un fichier électoral biométrique. Outre que la Direction de l’informatique et du fichier électoral biométrique (Difeb) a l’obligation légale de (1) de remettre officiellement le fichier électoral biométrique au président de la Ceni le 17 juillet 2020, avant sa publication au Journal officiel, le 18 juillet 2019. Ce qui laisse supposer qu’il reste neuf mois à peine pour terminer l’ensemble du processus de réalisation du fichier électoral biométrique. Entretemps, il faut terminer l’enrôlement dans la zone 1 et l’entamer dans la zone 2, constituée de l’axe 1 (Niamey-Maradi) et de l’axe 2 (Diffa-Zinder). Un défi presque insurmontable pour la Ceni.

Le fichier électoral biométrique, un leurre inadmissible ?

Les choses ne sont pas aussi simples que ça. Par delà les récurrentes défections des opérateurs d’enrôlement par lots de centaines, ce qui entraîne des retards considérables, il faut impérativement trouver les moyens de mener les nombreuses activités, lourdes et complexes qu’il reste à réaliser avant d’obtenir le fichier électoral biométrique. Entre autres, il y a le traitement des doublons, , le traitement des listes électorales biométriques de la zone 1, la phase préparatoire de l’enrôlement de la zone 2, la phase d’enrôlement des électeurs de la zone 2, le traitement des listes électorales biométriques provisoires de la zone 2, la génération et la validation des bureaux de vote, l’impression des listes électorales biométrique définitivess, l’impression et la distribution des cartes d’électeurs biométriques sécurisées, le transfert de compétences entre l’opérateur technique, Gemalto, et la Ceni. Les tâches sont titanesques et selon un connaisseur, à moins de fourguer n’importe quoi en lieu et place de ce qu’il faut, le fichier électoral biométrique est déjà compromis. L’Union africaine, qui est actuellement dans nos murs, est en train d’apprécier la situation et selon des échos reçus de sources crédibles, l’heure n’est pas à l’enthousiasme.

Laboukoye 

17 novembre 2019
Source : Le Courrier

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