Modification de l’hymne national : Nous pouvons faire mieux

Modification de l’hymne national : Nous pouvons faire mieuxIl y a quelques jours, le gouvernement a décidé de modifier, voire changer l’hymne de notre pays, la Nigérienne. Mahamadou Issoufou a même accordé une audience au Comité chargé de proposer un nouvel hymne, le mercredi 21 novembre 2019, au Palais de la Présidence. La Nigérienne fait l’objet de critiques depuis quelques années, notamment au niveau de certains vers qui semblent perpétuer la reconnaissance à la puissance colonisatrice. C’est Maurice Albert, français de son état, qui a écrit les paroles en 1961. La musique quant à elle est composée par Robert Pepper et Nicolas Abel François Frionnet. Ce n’est donc pas surprenant que le nigérien nouveau, celui de 1960 tout juste sorti de la colonisation, une période d’assujettissement des populations nigériennes par le colon, soit « fier et reconnaissant de sa liberté nouvelle », celle accordée par le même colon. « Il y a des parties qui font, à l’unanimité, l’objet de critiques.

Il faut trouver un hymne qui puisse galvaniser la population, être pour nous une sorte de cri de guerre pour toucher notre fibre patriotique », a expliqué Assoumana Malam Issa, le ministre de la renaissance culturelle, pour justifier cette initiative. L’idée en soi n’est pas mauvaise, elle est même louable, si tant est que l’initiative vise à faire émerger le citoyen fier et libre qu’il y en chacun des nigériens. Le chantier de la libération du peuple est si grand, et il faut bien commencer quelque part, c’est vrai. Mais le changement de l’hymne national, ignoré d’ailleurs par la majorité écrasante des nigériens, ne semble pas être le bon bout, pour ne pas dire que c’est un détail.

Les chantiers et les priorités qui attendent les nigériens, au premier chef les autorités, sont d’ordre non pas de nominalisme mais sécuritaire, économique et politique. Pour convaincre, il conviendrait de redéfinir le rapport à l’ancienne métropole, à travers notamment la remise en cause de ces contrats de type colonial qui font de nous des propriétés d’autres personnes : les accords militaires, monétaires, et relativement à nos ressources naturelles, notamment. Le Chef de l’Etat, Mahamadou Issoufou himself, a reconnu il y a quelques jours que « nous ne pouvons pas continuer à sous-traiter notre sécurité ». Le ras-le-bol a atteint tous les niveaux. Alors, qu’estce qu’on attend pour tout simplement leur demander de plier bagage, surtout que leur présence, malgré la force militaire de frappe et de renseignement dont cette puissance dispose, n’a nullement permis de sécuriser les populations nigériennes, chaque jour victimes de bandits de tous genres.

En tout cas, pas à la hauteur de leurs espérances. Dans les régions de Diffa et de Tillabéry, des villages sont, pillés, incendiés, vidés de leurs populations ayant fui pour aller chercher refuge ailleurs. Des populations civiles innocentes sont tuées, enlevées quotidiennement. Il y aurait même des contrées qui seraient passées sous le contrôle de bandits armés qui prélèvent des taxes à la place des autorités compétentes. A quoi servent alors les bases militaires française, allemande, américaine qui sont sur notre territoire ? Que de changer l’hymne national qui tomberait de lui-même dans un Niger véritablement souverain, il faudrait de donc s’attaquer à autre chose de plus déterminant, comme les fléaux endogènes qui minent notre développement que sont le népotisme, la corruption, l’injustice, l’exclusion. Ces pratiques ne sont pas le fait des étrangers, encore moins d’un quelconque néo colonisateur, mais nos propres faits et gestes quotidiens. Et pourtant, chacun connait les conséquences de telles pratiques sur l’économie nationale, le développement du pays et l’engagement citoyen. Le citoyen est fier quand il sait que la justice, qui est le dernier rempart, le protège contre les empiètements des puissants ; le citoyen travaille quand il vit décemment de son travail et que les promotions sont faites sur la base du mérite et des compétences propres et non sur des critères de connivence, de parenté ou de proximité politique. Le citoyen est fier quand il sait que lorsqu’il est en règle, il est protégé. Il est fier et participe au développement de son pays, quand il sait qu’il est protégé par les institutions de la République. Il est même prêt à aller jusqu’au sacrifice ultime. Tous ces combats ne sont possibles que si chaque nigérien, du citoyen Lambda au président de la République, oeuvre par ses dires et ses actes à la cohésion nationale. A ce sujet, le dialogue politique envisagé a un rôle crucial à jouer. On peut donc mieux faire.

Bisso  

30 novembre 2019
Source : Le Courrier

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