Commentaire / Message à la nation du président de la République : Un discours de plus…face à des réalités poignantes

Commentaire / Message à la nation du président de la République : Un discours de plus…face à des réalités poignantes Le Président Issoufou Mahamadou a l’art d’esquiver les sujets d’importance et les réalités poignantes de son pays pour servir, même dans les circonstances les plus symboliques de la vie de la nation, des discours à l’eau-de-rose où tout est beau, tout est bon et les citoyens vivant dans le meilleur des mondes possibles. Le 17 décembre 2019, soit avanthier, il a livré son traditionnel message à la nation. Un message dans lequel, il ne pas manqué à son one-man-show habituel, présentant le Niger sous les meilleurs auspices alors que tout va mal. Sur le plan de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme, les propos du Président Issoufou « demande à tous, conformément à la loi, d’éviter tout comportement ou propos de nature à démoraliser les Forces de Défense et de Sécurité et donc à nuire à la défense nationale ». Des propos qui sonnent mal dans les oreilles de ses compatriotes à qui, pas plus tard que le 14 décembre, l’ont entendu dire ouvertement que« ceux qui s’attaquent à nos alliances, ceux qui veulent les défaire, font pire qu’attaquer nos troupes ». Autrement dit, comme l’a commenté Ibrahim Yacoubou de Kishin Kassa, « il vaut mieux porter des bombes et tirer au canon sur nos militaires que de dénoncer une base étrangère.

Cherche-t-il à corriger cette grave déclaration?

Le nom du Lieutenant-Colonel Hassane Anoutab qu’il donne à la place de la Poste, le premier Waqf pour les pupilles et veuves de la nation — seulement aujourd’hui ? — ainsi que l’appel à un large front de lutte contre le terrorisme, sont vus comme des artifices de séduction. La preuve, à Assouan, en Egypte, il est bien resté pour assister à la cérémonie inaugurale de la conférence sur la paix durable en Afrique et a pris part, tranquillement, à un panel avant de rentrer à Niamey alors que, la veille, au soir, Inates à été décimé, avec des dizaines de soldats tués.

Sur le plan social, il a totalement esquivé la question de l’indice de développement humain (IDH) où le Niger, sous son magistère, est classé régulièrement dernier. Notre pays l’est encore, cette année, malgré le comité interministériel qu’il a mis en place et dont il préside personnellement les réunions. Il trouve toutefois le moyen et l’audace de parler de climat des affaires pour dire que le Niger a gagné 11 rangs, se refusant de souligner dans ce climat des affaires est pollué par des trafics en tous genres, notamment celui de la drogue dans lequel plusieurs personnalités publiques seraient impliquées. Le Président Issoufou sait pourtant que trafic de drogue et terrorisme sont liés et que pas plus tard qu’il y a deux mois, il s’en prenait ouvertement et violement à Kidal qu’il a accusé d’être l’épicentre du terrorisme. « Kidal, a-t-il dit, est une menace pour le Niger ». Attendu sur la question, il n’a jamais dit à ses compatriotes pourquoi et sur quelles bases il a fumé le calumet de la paix avec les maîtres de Kidal qu’il a reçus à Niamey.

Sur la question du processus électoral et le dialogue politique annoncé il y a deux mois par Brigi Rafini, Issoufou Mahamadou a tenu, de façon implicite et à sa façon, à répondre à l’ancien président de la République, Mahamane Ousmane, qui l’a interpellé lors du 3e anniversaire de son parti, le RDR Tchandji. Non seulement, en lançant un appel à toute la classe politique en vue d’un dialogue sincère dans l’intérêt de notre pays », Issoufou Mahamadou veut donner l’impression qu’il est hors de cause par rapport au blocage du dialogue politique, alors qu’il n’en est rien, mais en félicitant Brigi Rafini, pour « les efforts soutenus » selon lui, le Président Issoufou exprime, sans le dire, sa satisfaction totale de la situation du statu quo. Quant à la Commission électorale nationale indépendante dont le travail est régulièrement dénoncé, y compris par des partis alliés au pouvoir, Issoufou Mahamadou l’encourage à poursuivre dans la même lancée. « J’engage la CENI à veiller rigoureusement comme elle l’a fait jusqu’ici au bon déroulement du processus électoral », a-t-il déclaré, une façon de dire à ceux qui s’attendent à voir le pouvoir accéder à un dialogue en vue de vider les contentieux politiques en tous genres qu’ils peuvent continuer à rêver.

Pour le reste, on connaît depuis…
Laboukoye

23 décembre 2019
Source : Le Courrier

 

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