Mohamed Bazoum et Hassoumi Massoudou côte à côte à Tillabéry : Le calumet de la paix pour quelle cause ?

ALe 18 décembre 2019, à l’occasion de la commémoration de la proclamation de la République du Niger, Mohamed Bazoum et Hassoumi Massoudou que l’on dit farouchement opposés par une guerre de leadership au sein du Pnds, se sont laissés voir, assis côte à côte, en train de deviser tranquillement. Une image aussi insolite que surprenante que personne n’aurait imaginée, il y a peu. Tandis que le premier, fort du soutien du Président Issoufou Mahamadou qui l’a adoubé et imposé aux instances du parti comme candidat à l’élection présidentielle prochaine, est pratiquement sur des nuages, le second a cru, un moment, avoir entamé une descente aux enfers qui a commencé avec son limogeage brutal du gouvernement en janvier 2019. Les ambitions présidentielles de l’un et de l’autre ne sont un secret pour personne et la guerre, plutôt feutrée, de positionnement au sein du Pnds derrière l’un ou l’autre, n’a pas, loin s’en faut, pris fin, même après le renvoi de Hassoumi du gouvernement et la désignation, par Issoufou Mahamadou, de Bazoum comme candidat du Pnds à l’élection présidentielle. Un choix qu’il assume entièrement, ayant en plusieurs occasions, martelé ce qui l’a fondé à faire ce choix. Si, grâce à l’intermédiation de certains pontes et personnalités du parti, notamment les responsables de l’organisation des femmes Tarayya (OFT), Hassoumi Massoudou a déclaré avoir enterré la hache de guerre, disant notamment que « le linge sale se lave en famille et il s’est lavé en famille », il reste qu’il a bien fallu du chemin pour la réintégration de l’intéressé au sein de l’équipe de gouvernance. Nommé ministre d’Etat à la présidence de la République sans portefeuille, Hassoumi a été vu comme le vice-Premier ministre, devant Mohamed Bazoum qu’il supplante dans l’ordre protocolaire.

La guéguerre est-elle désormais derrière eux ?

Depuis le 18 décembre, les choses se présentent autrement et c’est peut-être ce message que les deux protagonistes du Pnds ont voulu transmettre à l’opinion nationale. Quel hasard a pu conduire Mohamed Bazoum et Hassoumi Massoudou à choisir de s’asseoir côte à côte dans une cérémonie où aucun protocole ne l’exige ? La question taraude les esprits à Niamey où l’on laisse pourtant entendre, dans certains milieux, que l’ancien directeur de Cabinet du Président Issoufou n’a pas abandonné son ambition présidentielle. Certaines rumeurs feraient même état de la création, par Hassoumi, d’un parti politique par personne interposée. Pendant ce temps, Bazoum s’est lancé dans une campagne électorale frénétique avant l’heure. Une campagne à laquelle, depuis les étapes de Kollo, il semble avoir mis un terme. La raison est pour le moment inconnue. Mais l’intéressé avait promis qu’il ne s’arrêterait pas en si bon chemin, le président Issoufou ayant fait la même chose et que, contrairement aux attaques dont il fait l’objet, il ne s’agissait que d’une tournée de proximité avec les militants. Rien de plus normal, indiquent ses soutiens politiques. L’image servie par Hassoumi et Bazoum a certainement une signification. Elle traduit d’abord, selon des observateurs, l’unité retrouvée du Pnds dont les militants sont quelque peu rassurés. “Bazoumistes” et “hassoumistes” se voient ainsi enlever tout mobile ou alibi de confrontations sourdes. Ce qui suppose que Hassoumi, le recalé de janvier 2019, a définitivement fait une croix sur son projet présidentiel et a décidé de se ranger derrière la candidature adoubée par Issoufou Mahamadou.

Y a-t-il un troisième larron non encore identifié ?

Les choses ne sont pas aussi simples que ça. Pour certains, l’image que Hassoumi et Bazoum ont ensemble servie aux Nigériens à l’occasion du 61e anniversaire de la proclamation de la République pourrait être la traduction d’une éventualité politique que ni l’un, ni l’autre, n’a prévue. Une éventualité qui s’impose à eux et qui fait des deux protagonistes des alliés obligés. Y a-t-il un troisième larron non encore identifié à qui Mohamed Bazoum et Hassoumi Massoudou ont dû être contraints de céder la place ? Les interrogations vont bon train et les supputations de toutes sortes courent les rues. Mohamed Bazoum et Hassoumi Massoudou ont fumé le calumet de la paix, c’est certain. Mais il reste à savoir pour quelle cause exacte ?

YAOU  
31 décembre 2019
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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