Indépendance économique Eco : une nouvelle arnaque ?

Indépendance économique Eco : une nouvelle arnaque ?Depuis quelques années, le franc cfa est l’objet de critiques diverses avec, sur le continent, plusieurs mouvements qui le décriaient, qui le rejetaient même, appelant à la création d’une nouvelle monnaie qui libère l’espace francophone du tutorat français. Ceux qui étaient contre la «monnaie coloniale», nombreux, n’en voyaient qu’un outil de domination et d’exploitation. Ils n’ont pas tort : pourquoi les pays anglophones n’ont-ils pas eu à rattacher leurs monnaies à la livre sterling ? L’Angleterre ne s’est pas encombrée de cet attelage et a préféré libérer pour que ses ex-colonies puissent se prendre en charge, décider de leurs orientations économiques car dans le fait, leurs monnaies ont beau être instables, fluctuant en toute saison, leurs économies restent les plus dynamiques, les plus prospères de l’Afrique de l’Ouest. Le Ghana est le Nigéria sont de bons exemples de ce courage économique. C’est pour dire qu’on ne peut comprendre que la sécurité financière vienne de ce que la nouvelle monnaie serait rattachée à l’euro, redoutant pour nos économies une inflation qui pourrait les déstructurer. La France nous regarde toujours comme des enfants, comme des peuples incapables.

C’est en Côte d’Ivoire où le président français était en visite que l’annoncesurprise de la création de la nouvelle monnaie a été faite, venant ainsi d’où on ne l’attendait pas. Faut-il croire que dans la dynamique enclenchée, un lobby a triomphé sur un autre ? Le président ivoirien dit parler au nom de ses paires de l’UEMOA, alors même qu’initialement, c’était la CEDEAO qui conduisait le projet. Il se trouve qu’au sein de la CEDEAO, il y a des pays anglophones qui ne pouvaient pas accepter d’intégrer le projet tant que la France devait avoir une place dans la gestion de la nouvelle monnaie. Depuis, l’on avait compris que les deux blocs ne pouvaient pas cheminer plus longtemps ensemble.

L’UEMOA a-t-elle dribblé la CEDEAO ?

Les anglophones, après cet autre jeu malsain, peuvent-ils faire confiance aux francophones ? On peut comprendre que la France s’étant rendu compte qu’avec le copinage avec les pays anglophone dans cette aventure de monnaie unique, son précarré pouvait lui échapper et sans doute, aurait-elle manipulé certains de ses marionnettes francophones, pour mettre en branle un autre projet – un plan B – afin de faire foirer le projet initial voulu par la CEDEAO et que conduisaient les présidents nigérien et ghanéen qui peuvent avoir été surpris par la déclaration d’Abidjan. Mais le président béninois, qui annonçait il y a quelques jours que les réserves des pays seront retirées de la France, en savait quelque chose. Il doit être au parfum de la combine.

L’avènement de l’éco, est-ce vraiment un événement ?

Si certains peuvent saluer le fait qu’avec l’éco, les Etats devraient retirer leurs réserves de la Banque de France, sans qu’on ne nous dise cependant qu’une nouvelle banque centrale serait érigée pour gérer l’éco dans la droite ligne de l’indépendance financière que demandaient les peuples depuis quelques années, il reste que certains autres n’y voient qu’un bluff, car quoi qu’on dise, dans le nouveau projet, la France a bien une place d’abord parce qu’on aura pris soin d’exclure du projet – puisque qu’on ne parle désormais que d’UEMOA – les pays anglophones avec lesquels, initialement, on travaillait depuis des années pour la mise en place d’une monnaie commune, l’éco.

Pour ces raisons, certains n’y voient pas pourquoi l’on devra se gonfler trop pour un exploit qui n’en est pas un. Quand on peut voir les conditions dans lesquelles l’annonce spectaculaire a été faite, c’est qu’il y a un objectif qu’on vise, à savoir faire oublier les tensions qu’il y a dans nos pays mais aussi, soigner l’image d’une France qui consentirait enfin de se détacher du cfa pour laisser les pays concernés chercher leur voie. Si tant est la volonté de la France, pourquoi ne pas le faire globalement, en libérant l’Afrique centrale qui travaille aussi avec le même type de monnaie ? Pour certains donc, l’on n’a pas tout dit aux populations de l’UEMOA.

Comme quoi, peut-on croire qu’une fois encore, la France a réussi à nous jouer un tour, en trouvant le moyen, de nous garder dans son giron financier pour perpétuer la même domination de laquelle nous avons voulu nous libérer ? Certaines annonces ne sont d’ailleurs pour d’autres que des artifices car le problème demeure, entier. Le seul progrès, si c’en est un, est le changement de nom qui ne saurait suffire pour s’en glorifier et pour changer énormément de choses dans nos économies autant que dans nos rapports avec la France toujours garante de notre monnaie pour nous garantir sa parité qui serait un bien à ne jamais laisser échapper.

Si le Nigéria et le Ghana ne sont pas «morts» de leurs monnaies indépendantes, pourquoi les pays de l’UEMOA devaient-ils en mourir, pour ne pas se passer d’un rattachement à une autre monnaie, fut-elle l’euro ?

Peut-on s’attendre à des contestations les prochains jours ? Ce n’est pas si sûr, car les dirigeants de l’UEMOA – tous francophones – ont dû être travaillés à accepter cette autre arnaque dans laquelle, malheureusement encore, les peuples n’ont rien à dire. Mais déjà quelques voix s’élèvent pour dénoncer la maldonne, ne trouvant rien pour se vanter de l’exploit d’Allassane Ouattara.

Mais en attendant d’avoir l’appréciation des pays anglophones trahis dans le projet, peutêtre ne nous reste-t-il que la résignation : le vin est tiré, il faut le voire…

Gobandy 

31 décembre 2019
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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