Interdictions répétitives des manifestations de la société civile : Que cache cette tendance dictatoriale du pouvoir de Mahamadou Issoufou?

aLes manifestations projetées par des organisations de la société civile, pour apporter leur soutien aux forces de défense et de sécurité (FDS) et protester contre la présence des bases militaires étrangères au Niger, n’ont pas eu lieu le dimanche 29 décembre dernier. Elles ont été systématiquement interdites par le pouvoir. A Niamey et à Zinder, ce sont des arrêtés que les responsables de ces villes ont signés pour interdire les manifestations. A Maradi, les responsables de la société civile ont indiqué avoir été informés «verbalement» que la «prière collective» qu’ils ont projetée a été interdite. Au niveau de Niamey, c’est le troisième fois que le président de la Délégation spéciale de Niamey, M. Moctar Mamoudou, interdit une manifestation des organisations de la société civile. Ce fut le cas les dimanche 15 et 22 décembre. On est donc à des interdictions répétitives des manifestations de la société civile, comme si la Constitution nigérienne, qui a consacré le droit à la manifestation, n’a plus aucune valeur chez les tenants du pouvoir. Dans les rangs de la société civile, on s’attend encore à d’autres interdictions car, pense-t-on, ces interdictions font suite aux propos tenus par le Président de la République Issoufou Mahamadou dans une interview à deux médias français, en l’occurrence Radio France Internationale (Rfi) et France 24. Dans cette interview, qui faisait suite à la sommation faite par le Président français Emmanuel Macron aux chefs d’État des pays du G5 Sahel, afin que ces derniers clarifient les positions de leurs pays par rapport à la présence des troupes françaises, le Président Issoufou Mahamadou a martelé qu’il ne tolérera plus des manifestations contre les forces alliées, dont celles françaises, sur «son» territoire. Au niveau des organisations de la société civile, on croit dur comme fer que les raisons des interdictions des manifestations sont essentiellement liées à la demande relative au départ des bases militaires étrangères du Niger. Mais au-delà de ce seul aspect du départ des bases militaires, des analystes se demandent si la décision du pouvoir à interdire systématiquement les manifestations de la société civile ne cache pas de choses plus profondes. Pour ces analystes, cette tendance du pouvoir à verser dans la dictature peut être une préparation des esprits aux différents scénarios qui peuvent marquer la fin du mandat du Président Issoufou Mahamadou, qui interviendra dans quinze (15) mois. Le scénario le plus craint par les analystes est que le pouvoir refuse d’organiser des élections démocratiques et imposent le candidat de son choix à la tête de l’État. Bien entendu, si une telle option est envisagée, c’est dès maintenant que le régime du Président Issoufou Mahamadou va commencer à faire toutes les voies susceptibles de constituer un obstacle à son projet. Et, face à une opposition devenue totalement amorphe et dormante, il n’y a que cette frange de la société civile, qui critique sa gouvernance, qui peut être en mesure de dénoncer les éventuelles manoeuvres de ce régime pour se maintenir au pouvoir, y compris contre la volonté populaire. I.B

05 janvier 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Like what you see?

Hit the buttons below to follow us, you won't regret it...