Lutte contre le terrorisme au Niger : Pourquoi l’armée de l’air ne fait pas usage de ses appareils ?

Image d'illustrationImage d'illustration « …Parallèlement, il [Ndlr : Issoufou Mahamadou] choisit de politiser l’armée, écartant, sous des prétextes fallacieux, de nombreux officiers valeureux, pour confier les rênes de l’armée à des hommes dont le seul mérite reste la loyauté, non pas au drapeau, mais au seul prince. Ceci explique l’inactivité coupable de nos moyens aériens pourtant chèrement acquis et l’étonnante inefficience de nos services de renseignement, d’ordinaire si prompts et si « efficaces » dans la traque des militants des partis politiques de l’opposition, des acteurs de la société civile ou même des éléments des forces de défense et de sécurité ». C’est là un extrait de la déclaration rendue publique, le samedi 18 janvier 2020, par le Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République (Frddr). Il faut dire que la situation est plus que cocasse. Le Niger, depuis de longs mois, comptent ses morts en centaines, voire plus, sans que, une seule fois, l’on ait entendu parler de poursuites ou de soutiens aériens de l’armée de l’air nigérienne à une de ses positions attaquées. Pourtant, le pays a acquis, sous Mamadou Tandja, des appareils de guerre (chasseur sukhoi et hélicoptères) qui ont fait la preuve de leur efficacité. Ces appareils, selon les révélations du journal Le Républicain, sont toujours fonctionnels, mais cloués au sol et délaissés, sans maintenances régulières. Une situation confirmée par le chef d’Etat-major générale des armées sortant, Ahmed Mohamed, devant la commission de défense et de sécurité de l’Assemblée nationale.

Une armée en guerre sans possibilité d’user de ses moyens aériens

Pourquoi l’armée de l’air ne fait pas usage de ses appareils ? Sous le titre « ministère de la Défense – Pourquoi tant de laxisme et négligence au sein de l’armée de l’air ? », Maman Abou, fondateur du journal Le Républicain, très proche du pouvoir actuel, a tiré la sonnette d’alarme par rapport à la situation inadmissible de l’armée de l’air. À la Une de l’édition consacrée à cette faillite des responsabilités supérieures de la sécurité et de la défense, Le Républicain a affiché la photo du chasseur Suhkoi, avec cet écriteau en légende : « Chasseur Suhkoï, fonctionnel mais inactif ». Tout est dit. Maman Abou informe ainsi que « si on n’y prend garde, l’armée nigérienne risque de ne plus disposer d’avion pour accomplir sa mission régalienne ». Et d’ajouter : « En effet, trois hélicoptères sont garés en attente de réparation depuis belle lurette. L’état de ces appareils nécessite une intervention en Russie pour leur remise en état opérationnel. Mais, malgré la demande incessante, les autorités de tutelle feignent de ne pas en faire une priorité, malgré les défis du moment ». […] « L’armée nigérienne se trouve présentement privée de cinq appareils volants du seul fait de la négligence de l’autorité compétente ». Et en guise d’explications, Le Républicain souligne que le ministre de la Défense, Kalla Moutari, à l’époque des faits, passe le plus clair de son temps à discuter avec des commerçants en vue de concocter des marchés d’acquisition de véhicules 4X4 qui lui procurent de grosses commissions.

Le chef suprême des armées intrigue

Alors qu’il n’arrête pas de dire que le Niger est en guerre, le chef suprême des armées, Issoufou Mahamadou, intrigue par ses façons de faire. En août 2019, il confie à Jeune Afrique, puis de façon soutenue en d’autres occasions, que « Il est sûr que le statut de Kidal, au Mali, nous pose problème. Kidal est un sanctuaire pour les terroristes et ceux qui nous attaquent s’y replient souvent. Kidal est une menace pour le Niger et il faut impérativement que l’Etat malien y reprennent ses droits ». Le président nigérien est allé loin, confie à par Radio France Internationale (RFI), Aglabass Ag Intallah, Secrétaire exécutif du Haut Conseil pour l’Unicité de l’Azawad (Hcua). Mais, vite, sans que l’opinion nationale y comprenne quelque chose, le Président Issoufou fume le calumet de la paix avec les mêmes hommes qu’il brocardait, il y a peu. Il le reçoit même à Niamey et pose avec eux, montrant aux yeux du monde que tout est désormais rentré dans l’ordre. Pourtant, les attaques, en provenance du territoire malien sont loin de finir. Entre Inates et Chinagoder, en passant par Sanam, ce sont, selon les bilans officiels fournis par le gouvernement, 174 militaires qui ont perdu la vie dans des attaques dont les assaillants sont venus de l’autre côté de la frontière malienne.

Le misérabilisme

Une armée qui ne dispose pas de capacités d’action aériennes est nécessairement vouée à compter ses morts, dit un lieutenant de l’armée, particulièrement dans cette guerre asymétrique. Mais elle est sans doute doublement condamnée lorsqu’elle est privée de renseignements stratégiques. Or, le rapport de l’audition des différents responsables de l’armée, en novembre 2019 par la commission sécurité et défense de l’Assemblée nationale laisse transparaître le misérabilisme dans l’affectation de moyens de travail. Le trafic de drogue, qui a atteint des sommets incroyables sous la 7e République, prospère sur ce terreau fertile. Peut-être qu’avec les récents changements intervenus à la tête de l’armée, l’on s’achemine vers un changement total de paradigmes.

Laboukoye 

30 janvier 2020
Source : Le Courrier

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