Malversation financière au ministère de la Défense nationale : Les deux Issoufou sur les traces des 1700 milliards évaporés ?

Iss Depuis quelque temps, le débat public est dominé par la dissipation de plusieurs milliards de francs CFA au ministère de la Défense nationale. Si les détournements de deniers et biens publics n’ont rien d’exceptionnel sous la 7e République — au contraire ! —, les montants dissipés au ministère de la Défense étaient destinés à doter les Forces de défense et de sécurité d’armements et d’équipements militaires adéquats pour l’exécution de leur mission. Une mission qu’elles assument dans la douleur continue de pertes en vies humaines estimées aujourd’hui, à minima, à plusieurs centaines de morts. Souvent éloignés de leurs bases, sans grands moyens de défense face à un ennemi que les officiels décrivent régulièrement en grand nombre et fortement armés, sans équipements sophistiqués de communication et sans moyens de couverture aérienne, les soldats nigériens subissent des revers que d’aucuns disent inexcusables. Pour cause, entre les discours des gouvernants et l’état réel de leur armement, il y a tout un fossé. Un fossé sur lequel la lumière vient d’être faite, des révélations fracassantes révélé les montants investis dans la sécurité et la défense nationale. De 2013 à 2019, c’est plus de 1700 milliards qui ont été engloutis dans cette rubrique.

Où sont passés tous ces milliards ?

Où sont passés ces 1700 milliards ? La question taraude les esprits et ça fouine et depuis lors, on en sait un peu plus. Lors de leur audition devant la commission Défense et sécurité de l’Assemblée nationale, les différents responsables de l’armé, notamment le chef d’Etat-major général des armées de l’époque, le général de corps d’armée Ahmed Mohamed, ont brossé à peu près le même diagnostic : manque de carburant suffisant, insuffisance de pièces détachées et de pneumatiques, commandes d’armements et d’équipements non conformes aux besoins et aux attentes de l’armée, insuffisance de gilets pare-balles, de casques, de couchages, de tenues et de chaussures, non-respect de la périodicité de la maintenance des aéronefs réduction du budget du Service central de lutte contre le terrorisme (Cclct), etc.

L’épais brouillard commence à se dissiper

L’essentiel de ces 1700 milliards ont pris d’autres destinations. Ils sont allés nourrir les comptes en banque de quelques personnels politiques et militaires ou ont servi à construire de villas de haut standing. Depuis l’arrivée d’Issoufou Katambé à la tête du ministère de la Défense, les choses semblent se décanter. L’épais brouillard qui entoure cette affaire est en train d’être dissipé. Ne tenant pas à s’asseoir sur une mine qui pourrait lui être fatale, Katambé a décidé de voir plus clair dans l’héritage qu’on lui laisse. Les inspections et les audits qu’il a diligentés semblent lui donner raison. Des pratiques malsaines sont à la base de l’évaporation de tous ces milliards qui constituent le socle du discours présidentiel sur la sécurité et la défense mais dont on ne trouve pas trace sur le terrain. Des commandes destinées à des entreprises fictives comme dans le cas de la maintenance des avions de l’avion aux fausses commandes en passant par les surfacturations, les délits découverts sont multiples et impliquent beaucoup de personnes. Ainsi à sa prise de fonction, le ministre Katambé a découvert, entre autres, qu’une commande d’entretien d’avion a été faite pour le compte d’une entreprise qui n’existe que dans l’imagination de ses auteurs pour un coût de 1,9 milliards alors la commande, reprise, ne devait coûter à l’Etat que 900 millions, avec des entreprises réelles et justifiant d’une expérience avérée. Pire, avant que la prestation ne soit faite, les1,9 milliards FCFA ont été sortis du Trésor national. C’est également le cas de ces deux hélicoptères de transport de troupes, commandés paraît-il sous Kalla Moutari, mais jamais livrés.

Les auteurs de ces indélicatesses ont les mains entachées du sang des martyrs tombés sur le front de guerre.

Président de la République et chef suprême des armées, Issoufou Mahamadou est forcément interpellé. Pour le moment, il n’a dit mot, se contentant de suivre, de loin, l’évolution du débat public. Peut-il sévir comme le réclament nombre de Nigériens, choqués de constater que l’argent public qui doit servir à préserver le Niger contre les attaques terroristes a plutôt servi à enrichir des individus ? Sur la base d’expériences probantes, il est peu probable que le Président Issoufou prenne les mesures indiquées contre les personnalités impliquées dans ces malversations que ses compatriotes perçoivent de façon particulière. Selon eux, si les détournements de deniers et biens publics se valent, ceuxci sont particulièrement outranciers. Pour eux, les auteurs de ces indélicatesses ont les mains entachées du sang des martyrs tombés sur le front de guerre.

De la responsabilité du président de la République, chef suprême des armées

Ça parle beaucoup dans les fadas et autres lieux de causerie des Nigériens. Au centre des discussions, la responsabilité du président de la République qui se complaît dans un silence assourdissant alors qu’il doit nécessairement sévir. Au nom de sa responsabilité de président de la République, certes, mais également en sa qualité de chef suprême des armées. En 2015, rappelle-ton opportunément, dans son message à la nation au soir du 17 décembre, le Président Issoufou a indiqué que son gouvernement a déjoué une tentative de déstabilisation et que les militaires impliqués sont passibles de haute trahison pour avoir délibérément, dit-il, bloqué les moyens aériens à Niamey alors qu’il n’a eu de cesse de leur demander de les envoyer au front. Là où ils seront d’un grand apport pour leurs frères d’armes.

Yaou

04 février 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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