Perspectives sécuritaires et politiques : À qui profite le chaos en perspective?

Perspectives sécuritaires et politiques : À qui profite le chaos en perspective? C’est la question que se posent nombre de Nigériens, de plus en plus angoissés par les perspectives politiques et électorales. Le Niger, dit-on, se prépare à des élections générales. À ce titre, la commission électorale nationale, contestée et boycottée depuis de longs mois par l’opposition qui dénonce son parti pris en faveur du pouvoir en place, et principalement du Pnds Tarayya, s’arrache pratiquement les cheveux pour élaborer un fichier électoral biométrique. Et pourtant, si les Nigériens se prêtent à ce jeu de l’enrôlement, après une phase ratée d’audiences foraines à demi-teinte, ils sont profondément traversés par des doutes. Des doutes, mais aussi des inquiétudes quant à l’issue finale de ce processus électoral plein de périls. Pouvoir et opposition se regardent en chiens de faënce, sur fond dialogue politique avorté. Si, de temps en temps, les deux camps se lancent des piques, se jetant la responsabilité de l’échec du dialogue et la volonté de provoquer un chaos aux conséquences imprévisibles, plus personne ne s’investit dans la recherche d’une voie de sortie de crise. Pour le pouvoir en place, l’opposition rue dans les brancards, le soupçonnant d’une volonté de fraudes électorales parce qu’il se sait perdant à l’avance tandis que celle-ci accuse le régime de chercher à rééditer le hold-up électoral de 2016. Un véritable dialogue de sourds qui n’est pas pour rassurer sur l’aboutissement du processus électoral.

Entre l’ancien général Djibo Salou que l’on dit lié à Issoufou Mahamadou par un deal, et le président et candidat officiel du Pnds Tarayya, à qui profite cette chienlit généralisée?

Depuis longtemps, des voix allant des plus anonymes aux plus officielles, ont attiré l’attention sur le sous armement, l’insuffisance et l’inadéquation des équipements dont dispose l’armée nigérienne pour faire face efficacement à l’ennemi. Parmi ces voix officielles, celle de Mohamed Bazoum, ministre de l’Intérieur qui a laissé entendre, au lendemain d’une attaque meurtrière qui a fait 13 morts dans les rangs des gendarmes dans la région de Tillabéry, que si les Fds nigériennes étaient disposaient d’armements à la hauteur des forces ennemies, il est clair que les rapports de force tourneraient immanquablement en leur faveur. Mais, cela n’a pas suffi pour amener le gouvernement à changer de fusil d’épaule. Les mêmes conditions ont continué à prévaloir, enrobés de discours creux et fantaisistes. Pendant ce temps, des commis, investis de la mission d’utiliser les allocations budgétaires prévues pour relever le défi, vital, de l’armement, les détournaient à leurs profits personnels tandis que des soldats continuent de tomber comme des mouches par faute d’armements adéquats et suffisants. C’était le cas à Inatès, le 1er juillet et le 10 décembre 2019, puis à Sanam, le 25 décembre et à Chinagoder le 9. janvier 2020, avec au total, selon les bilans officiels, 174 morts au total.

Le Président Issoufou, tenu responsable du chaos par le Frddr

Il n’y a pas que le Code électoral et la Ceni qui soient contestés par l’opposition. Dans une récente déclaration rendue publique par le Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République (Frddr), le président de la République a été tenu pour responsable de tous les travers de la gouvernance : économique, politique, sociale, sécuritaire, etc. Le Frddr a d’ailleurs demandé « le départ du Président Issoufou afin que vive le Niger ». Si, donc, le processus électoral est sujet à caution, porteur de crises électorale et postélectorale éventuelles, il n’est pas l’unique source d’inquiétudes qui alimente les angoisses des Nigériens. La situation sécuritaire du pays, avec en toile de fond des révélations sur de graves détournements de fonds immenses destinés à l’équipement et à l’armement des Forces de défense et de sécurité (Fds), préoccupe au plus haut point. Les tenants du pouvoir ne sont pas alignés sur la même longueur d’onde Outre la situation sécuritaire qui se dégrade continuellement, avec de nombreuses communes du pays, notamment dans la région de Tillabéry et de Diffa, sous état d’urgence, la situation, aux plans politique et économique; est des confuses. La mise en état d’urgence de nombreuses localités dans les deux régions précitées a abouti à une lente mais inexorable décadence de l’économie, avec en toile de fond la fermeture de certains marchés jadis florissants et les restrictions de déplacement imposées par l’interdiction de circuler à moto, de nuit comme de jour. Quant au plan politique, par delà les relations tendues entre le pouvoir et l’opposition, les choses ne semblent pas totalement clean au sein du principal parti au pouvoir. Le Pnds Tarayya se trouve dans une sorte de clair-obscur. Après l’épisode Hassoumi Massoudou, douché par le Président Issoufou dans ses prétentions présidentielles, l’on a cru que tout est désormais rentré dans l’ordre. Or, depuis quelque temps, de fortes rumeurs font état d’un flou total quant au maintien jusqu’au bout de la candidature de Mohamed Bazoum. Un Bazoum qui travaillerait d’arrache-pied pour que les élections, quoi qu’il advienne, se tiennent à date. Car, les soupçons d’hypothèques possibles sur la tenue des élections à date se constituent de plus en plus au sein de l’opinion nationale, empoisonnant davantage un climat social et politique plutôt tendu. En cause, l’insécurité qui semble se propager et s’intensifier. Mais, que fait, pendant ce temps, l’ancien général à la retraite, déclaré par ses partisans comme étant le candidat probable du Jpj Génération Doubara? En dehors d’une sortie publique où il s’est affiché comme le leader de ce parti, à l’Académie des arts de Niamey, Djibo Salou reste silencieux, discret et presque effacé de la vie politique. Pourtant? L’on est à une dizaine de mois des élections locales et le Pjp Génération Doubara ne semble pas être particulièrement pressé de faire son congrès constitutif. Entre l’ancien de la junte militaire de 2010 que l’on dit lié à Issoufou Mahamadou par un deal secret qui consisterait à lui restituer le pouvoir, une fois les deux mandats convenus du Président Issoufou, et le président et candidat officiel du Pnds Tarayya, on ne sait plus à qui profite la situation actuelle et les perspectives qui se dessinent.

Le Niger, à nouveau à la croisée des chemins

Si, comme l’ont rapporté des sources crédibles, Mohamed Bazoum travaille sur tous les plans pour que les élections se tiennent à date, conformément aux délais légaux, il faut bien se demander à qui profite le chaos en perspective? Le Niger, selon toute vraisemblance, se retrouve à nouveau à la croisée des chemins. Entre ce qui se dit publiquement et ce qui se chuchote, il y a un écart considérable. Tout comme es faits semblent démentir les discours. Entre autres soucis des Nigériens qui semblent désormais s’en remettre à Dieu comme on l’entend ici et là, il y a bien entendu la question sécuritaire, le processus électoral, mais également l’enrichissement illicite, la corruption, les détournements massifs des deniers et biens publics, le népotisme et surtout l’école, de plus en plus malade de la gouvernance actuelle.

15 février 2020
Publié le 05 février 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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