Message à la Nation de l’Opposition Politique Nigérienne à l’occasion du 60ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance

Message à la Nation de l’Opposition Politique Nigérienne à l’occasion du 60ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance

Nigériennes, Nigériens,

Chers hôtes vivant parmi nous,

L’Opposition Nigérienne, regroupée au sein du :

Front pour la Démocratie et la République (FDR) ;

Front de l’Opposition Indépendante (FOI) ;

Front Patriotique (FP) ;

Front pour la Restauration de la Démocratie et la Défense de la République (FRDDR) ;

Avons l’honneur de vous adresser ce jour, 2 août 2020, le message solennel ci-après :

3 août 1960 – 3 août 2020,

Soixante (60) saisons pluvieuses exactement que notre cher pays est devenu indépendant.

C’est le lieu de rappeler ici, qu’en 60 ans de son existence, notre jeune Nation a connu quatorze (14) ans de régime de parti unique, 15 ans de régime d’exception, trois (3) coups d’Etat, sept (7) Républiques, neuf (9) chefs d’Etat dont six (6) présidents élus.

Que de chemin parcouru !

Mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’à la suite des espoirs de liberté et de progrès de la Conférence nationale du 29 juillet 1991, qui a instauré la démocratie pluraliste, notre pays, après des décennies d’errements sur le plan économique, s’est inscrit au dernier rang du classement mondial de l’Indice de Développement Humain (IDH) du PNUD pour la 9 ème fois, cette année encore, en 9 ans de gouvernance du régime en place, derrière des pays en guerre depuis des dizaines d’années et dépourvus de ressources naturelles.

Ce classement ne serait pas scandaleux si notre pays n’était pas riche de son uranium, de l’or, du manganèse, du charbon, du molybdène, de la cassitérite,…et plus récemment du pétrole, pour ne citer que ces ressources naturelles.

Triste record !

Ce verdict est donc sans appel sur l’échec de notre système multipartite qui a généré à ce jour 145 partis politiques, et ce n’est pas fini, pour une population de près de 21 millions d’âmes, constituée de 60 %  de jeunes de moins de 18 ans et 80% de moins de 30 ans.

Nigériennes, Nigériens, quel pays a fait pire ?

C’est pourtant dans un tel contexte que notre jeune démocratie s’apprête à vivre sa première expérience de passation démocratique et pacifique du pouvoir dans la même République.

Ce pari ne sera sans doute relevé que si les conditions de transparence et d’équité dans la gouvernance économique et politique est assuré.

En effet, le président de la République, qui s’apprête à livrer ce soir son dernier message à la nation pour l’accession à l’indépendance de notre pays, omettra sans nul doute d’avouer à la nation, qu’il aura profité de ses neuf années d’exercice solitaire du pouvoir pour mettre en place :  

  • un système de prédation fondée sur la corruption et l’impunité qui ont gravement impacté l’ensemble des secteurs de la vie sociale, économique, politique, administrative, culturelle et surtout la situation sécuritaire du Niger ;
  • un véritable système de captation des richesses nationales, de mainmise sur l’appareil d’Etat et sur l’Administration Publique.

Ceci naturellement eu pour conséquence d’empêcher l’Etat d’assumer ses fonctions régaliennes de sécurité et de développement, et a conduit le Niger au bord du gouffre et compromis la stabilité dans notre pays du Sahel. avec, notamment :

  •  l’immixtion flagrante d’intérêts privés qui ont pris le contrôle de la gestion des affaires publiques ;
  •  les détournements massifs et documentés des fonds alloués, y compris ceux alloués à nos Forces de défense et de sécurité, pour un pays en guerre et sous assistance Africaine et Internationale ;
  • l’instrumentalisation de la crise dans les Régions de Tillabéry à l’Ouest et de Diffa à l’Est ;
  • le développement de toutes sortes de trafics et de pratiques impactant la sous-région ;
  •  la remise en cause de l’unité nationale et du vivre-ensemble par le concassage des partis politiques ;
  • le laxisme et les complicités dans la lutte contre le terrorisme qui a été importé à tort des pays voisins par des postures va-t’en guerre des gouvernants pour des raisons inavouables ;
  • le non-respect de multiples engagements pour la décrispation de la situation sociopolitique et sécuritaire ;
  • l’abandon de secteurs entiers de la vie socio-économique (Ecole, Santé, Secteur Agricole, infrastructures …) ;
  • des arrestations arbitraires et les incarcérations d’opposants
  • Des violations répétées de la Constitution ;
  • des fraudes électorales qui ne permettent plus aux élections de jouer leur rôle régulateur, notamment lors l’élection des députés en 2015 et du holdup électoral de 2016 ;
  • des interdictions systématiques des manifestations et/ou leurs répressions sanglantes.

Cette circonstance exceptionnelle de la Fête de l’Indépendance de notre pays  nous impose « d’éviter les vaines querelles »,et la communion des cœurs et des esprits  nous interdit d’énumérer les centaines de scandales financiers et les dizaines de milliers de morts et de blessés qui ont émaillé les neuf dernières années  de  gouvernance du régime en place.

Nigériennes, Nigériens,

Au regard de tout ce qui précède, la célébration ce 60 ème anniversaire, nous donne, nous membres de l’opposition politique nigérienne, l’occasion de rappeler aux autorités en place, qu’au regard de la situation chaotique qui se pointe à l’horizon, seule, la création dun cadre de dialogue national inclusif et sincère, tel que recommandé dans notre Livre blanc sur le processus électoral en cours, publié la fin du mois dernier, pourrait éviter des graves périls à notre pays.

Nigériennes, Nigériens,

Nous avons pris le soin de rappeler que ce dialogue national, qui se veut inclusif et sincère, devrait impérativement traiter des questions fondamentales ci-après :

  • l’apaisement du climat politique et social par la libération des prisonniers politiques et des acteurs de la société civile ;
  • l’indépendance de la justice et la fin de l’impunité ;
  • l’Audit international du fichier électoral ;
  • l’adoption d’un Code électoral et la mise en place d’une CENI consensuels ;
  • la démission des membres actuels de la Cour Constitutionnelle et sa recomposition sur une base consensuelle ;
  • dissolution de la CENI ;
  • la réhabilitation du Conseil National de Dialogue Politique (CNDP) ;
  • Dissolution du Conseil, Supérieur de la Communication ;
  • le Respect de la Charte des partis politiques ;
  • le respect du Statut de l’opposition ;
  • le respect de l’administration des collectivités territoriales ;
  • la neutralité de l’Administration Publique et la réhabilitation de la Fonction publique ;
  • l’accès équitable des partis politiques aux médias d’Etat ;
  • l’accès équitable aux médias d’Etat ;
  • l’enrôlement et le vote des nigériens de l’extérieur ;
  • la décrispation du climat politique et social.

Nous réaffirmons, que tout autre discours d’autosatisfaction et d’autoglorification auquel nous aura habitués le Chef de l’Etat à l’occasion de chacun de ses discours à la Nation depuis neuf (9) ans, ne saurait intéresser notre nation.

Nigériennes, Nigériens,

Pour finir,

Nous invitons chacune et chacun d’entre vous à planter un arbre au moins. Souvenez-vous, « celui qui a planté un arbre dans sa vie n’aura pas vécu inutilement ».

Vive le Niger !

Vive la République !

Pour  l’opposition Nigérienne,
Amadou Djibo Ali

 

 

 

 

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