Fichier électoral : L’opposition rejette totalement l’audit de l’OIF

L’opposition nigérienne regroupée au sein de la nouvelle coalition pour l’alternance a re jeté, lundi dernier dans un point de presse, l’audit du fichier électoral fait sous la supervision de l’Organisation internationale de la francophonie. Elle sans ambages que cette opération est une mascarade. C’est même dans la forme que le processus a été biaisé. Le président de la CENI avait, dans une lettre adressée au chef de file de l’opposition le 24 août dernier, sollicité deux experts pour participer aux travaux et action d’un comité du suivi de la liste électorale. Le président de la commission chargée des élections avait aussi demandé à l’Union Africaine, à la CEDEAO et à l’OIF de « soumettre le fichier biométrique à un audit conjoint » pour la première semaine de septembre. L’un des animateurs de ce point de presse, le président Amadou Ali Djibo dit Max relèvera qu’après la remise du fichier, le président Issaka Souna parlera, dans un arrêté du 4 septembre, d’un comité ad’hoc présidé par le viceprésident de la CENI, un militant PNDS. Il est composé de 7 autres membres qui, pour la majorité, seraient des militants du parti au pouvoir. Dans ce comité les experts des partis politiques ne seraient que des observateurs. Pourtant en écrivant à l’UA, à la CEDEAO et à l’OIF, le président de la CENI disait que « cette démarche se veut inclusive et transparente. » Le président Max constate que les experts des partis politiques n’ont été que de simples figurants : « ils n’ont pas pu avoir accès au serveur, donc au contenu du fichier électoral. Ils n’ont pas pu interroger la machine pour savoir ce qu’elle contient. » Des trois partenaires sollicités par le président de la CENI, seule l’OIF a envoyé des experts. Le temps mis pour l’audit est preuve qu’il n’y a eu rien de sérieux. Il a duré moins d’une semaine. Le président Max a donné l’exemple du Togo dont le fichier compte environ 3 600 000 électeurs validés. L’audit réalisé « avec l’assistance des experts de la CEDEAO et de l’OIF, a duré du 13 décembre 2019 au 14 janvier 2020, soit un mois. » L’opposition se demande « comment pourrait-on auditer le fichier électoral du Niger (7 446 556 citoyens enrôlés), un pays deux fois plus grand que le Togo en termes de population électorale, en seulement quatre ou cinq jours ? »

Audit du fichier électoral biométrique, l’accès au serveur a été interdit aux experts de l’Opposition

Dans un point de presse qu’elle a aminé le lundi 7 septembre sur l’audit du fichier électoral biométrique, l’opposition politique, par la voix du président Amadou Ali Djibo dit Max, n’a pas tremblé pour dire que l’audit du fichier électoral en cours est une mascarade. En présence de certains leaders politiques, dont Mariama Bayard Gamatié, Omar Hamidou Tchiana et Ibrahim Yacoubou, le président de la coordination des fronts de l’opposition, encadré pour la circonstance, de deux experts mandatés, a tiré la sentence : l’opposition rejette l’audit du fichier électoral ainsi que les résultats qui en découleront.

La fiabilité du fichier électoral a été toujours une préoccupation majeure pour l’opposition politique nigérienne qui a maintes fois dénoncé le flou qui caractérise le processus électoral, les procédures troubles et le refus de transparence, notamment dans la contractualisation de l’opérateur technique et le contenu du contrat liant l’Etat du Niger à Gemalto qui reste toujours un secret du pouvoir en place. Malgré tout, l’opposition politique, qui entend toutefois confondre le régime dans ses manoeuvres frauduleuses, a décidé de participer à l’audit du fichier électoral en désignant ses deux représentants, à savoir Koroney Massani et Michael David, deux experts de renom sur lesquels l’opposition compte pour mettre à nu toutes les fraudes insérées dans le fichier électronique.

Koroney Massani et Michael David ont été interdits d’accès au fichier électoral

« Ce fichier, nous le savons, est tout sauf sérieux et crédible et l’attitude affichée à l’encontre de nos experts le prouvent, a déclaré le président Max. «Nos deux experts, Koroney Massani et Michael David, se sont retrouvés à faire de la figuration. Pourquoi ? Ils n’ont pas pu avoir accès au serveur, donc au contenu du fichier électoral biométrique. Ils ne peuvent pas interroger la machine pour savoir ce qu’elle contient concrètement, on les a réduits à de simples observateurs qui devraient attendre qu’un rapport de l’audit soit établi pour juste signer», a déploré Amadou Ali Djibo dit Max. Une chose que l’opposition dit inacceptable. D’où le retrait de ses deux représentants qui ont immédiatement rendu compte à leurs mandants.

Selon Max, les experts de la CEDEAO et de l’UA n’ont pas fait le déplacement de Niamey et que seuls ceux de l’OIF étaient présents. Or, l’OIF ne fait pas l’unanimité en matière d’audit, tant au Niger que dans plusieurs autres pays de la sousrégion africaine. L’audit a commencé le 4 septembre, et un rapport est attendu, hier, mardi 8 septembre 2020. D’après l’opposition, même les termes de référence de la mission d’audit document (TDR) qui doivent déterminer les contours dudit audit ont été élaborés par le pouvoir sans associer les autres parties prenantes.

Ce qui s’est passé avec les experts de l’OIF est tout sauf un audit du fichier électoral Après avoir expliqué ce qu’est un audit de fichier électronique, les deux experts mandatés par l’opposition politique, Koroney Massani et Michael David, ont démontré que ce qui a été fait par la CENI est tout sauf un audit sérieux et crédible. Pour avoir un fichier électoral sérieux, il faut devoir interroger le serveur pour savoir ce qu’il contient afin de pouvoir répondre à d’éventuelles anomalies. Mais rien de tout cela. Pour le pouvoir en place, les représentants de l’opposition ne devraient pas avoir accès à ce fichier électoral, mais devraient tout simplement se contenter du rapport préétabli qui leur sera présenté par cette CENI qu’elle a déjà qualifiée de partisane. Pour conclure, le président Amadou Djibo dit Max a rappelé que l’audit du fichier électoral réalisé au Togo, avec l’assistance d’experts de la CEDEAO et de l’OIF, a duré un mois (1), du 13 décembre 2019 au 14 janvier 2020 alors que ce pays n’a que 3 614 056 électeurs validés. Comment, at- il relevé, peut-on objectivement auditer le fichier électoral du Niger qui comporte 7 446 556 citoyens enrôlés, soit deux fois la population électorale togolaise, en quatre ou cinq jours ? « De qui se moque-t-on ? Cet audit, nous le rejetons totalement », a conclu le président Max.

Pour une démarche inclusive et trasparente, l’OIF se discrédite

Il faut rappeler que c’est par lettre du président de la CENI, adressée au chef de file de l’Opposition le 24 août 2020, que la CAP 20-21 a été invitée à désigner deux (2) experts pour prendre part aux travaux et actions du comité. Le président de la CENI, Me Issaka Souna, écrivait notamment que son institution avait demandé à l’OIF, à la CEDEAO et à l’UA de «soumettre le fichier électoral biométrique à un audit conjoint prévu pour se dérouler la première semaine de septembre et que cette démarche se veut inclusive et transparente. Une mission composée d’experts qui examinera le fichier électoral biométrique et veillera à ce que les éventuelles anomalies pouvant exister, soient identifiées et corrigées ». Voilà pour les intentions. Dans les faits, les experts des partis politiques sont considérés comme de simples observateurs dans le comité ad’ hoc présidé par le vice-président de la CENI et non moins militant du Pnds Tarayya, Aladoua Amada, et où siègent sept (7) autres représentants de la CENI, dont Oumarou Mallam, Attahir Mahamat, Oumarou Saidi, Ousmane Ly, Issoufou Boubacar, tous militants du Pnds Tarayya, ainsi que Moubamba Moubamba et Ismaël Déré au titre de Gemalto, l’opérateur technique.

Dans cette démarche frauduleuse, c’est l’association de l’OIF à la manoeuvre que les Nigériens dénoncent comme une volonté de semer la chienlit dans leur pays. Certains, notamment sur les réseaux sociaux, n’hésitent pas à écrire que c’est un complot visant à susciter des situations préjudiciables à la paix sociale au Niger.

Arouna Yacouba avec MODIBO

 

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