Rebondissement dans l'affaire des fonds de l'armée : La société civile relance l'affaire au plan judiciaire "

Le mouvement international Tournons la page (TLP), sa branche nigérienne (TLP- Niger) et les associations ROTAB, publiez ce que vous payez Niger et Alternative Espace Citoyens demandent au procureur de la République du Tribunal de grande instance hors classe de Niamey d'ouvrir une enquête pour détournement de biens publics, corruption d'agents publics nationaux, corruption dans le secteur privé, trafic d'influence et faux et usage de faux en écriture, dans l'affaire dite MND Gate ". Telle la plainte qui a été déposée, hier, mercredi 9 décembre 2020 contre X et contre toute autre personne ayant participé en qualité d'auteur et/ou de complice à la commission de ces faits ayant eu lieu au Niger entre 2017 et 2019. La dimension internationale de la bataille judiciaire qui s'ouvre avec cette plainte est indéniable. Non seulement, c'est TLP international qui est leader de la plainte, mais l'association et ses partenaires nationaux ont choisi de se faire assister par Elise Le Gall, avocate au Barreau de Paris. En outre, une autre plainte sera déposée bientôt à l'extérieur du Niger, histoire de traquer sans merci les auteurs, commanditaires et complices de ce scandale sans pareil dans l'histoire du Niger.

Une démarche citoyenne et républicaine

Contrairement, donc, à une certaine opinion, l'affaire des détournements des fonds de l'armée est loin d'être enterrée. La volonté de vider l'affaire à travers une démarche insolite de pouvoir étouffer l'affaire. Mais la justice encore de plus saisie pour éclairer la lanterne des Nigériens sur ce qui s'est réellement passé, comment ça s'est passé, par qui et avec qui, pour quel intérêt. La démarche, judicieuse, car citoyenne et républicaine, vise à replacer davantage l'institution judiciaire au centre de l'affaire afin de situer toutes les responsabilités et de châtier les coupables.

Des morts, des morts et des morts à n'en plus finir dans les rangs des FDS

L'affaire, aujourd'hui, portée en justice par une plainte formelle des organisations de la société civile, a fait grand bruit au Niger et au-delà des frontières nationales. En février 2020, alors les Nigériens s'interrogeaient sans cesse sur l'explication possible de ces morts qui s'accumulaient du fait d'attaques armées régulières, le ministre de la Défense, Issoufou Katambé, enregistré à son insu, enfonce le clou. Nommé, il y a peu de temps, il informe son auditoire que ce qui s'est passé au ministère de la Défense avant lui est un crime et que ses auteurs méritent d'être jetés à la mer ou fusillés comme des criminels que rien ne semblait émouvoir. Pas plus les morts, militaires et civiles, qui s'entassaient que les veuves et les orphelins qui pleuraient indéfiniment maris et pères décédés.

Il fallait gagner de l'argent et sacrifier des soldats qui ont choisi de mourir, s'il le faut, pour la patrie, leur paraissait juste et naturel. Katambé ne prend pas de gants et souligne que, dans leur quête effrénée d'argent, les auteurs des détournements survenus ont agi en croque-morts, passant par tous les stratagèmes possibles pour se faire de l'argent sur des vies sacrifiées.

Une amoralité sans pareil Sans état d'âme, ils ont fait dans les fausses commandes, des commandes réelles de matériels militaires défectueux et inutilisables, des prestations de maintenance imaginaires et des surfacturations dans des achats d'équipements pour l'armée. Et pendant qu'ils accumulaient des milliards en banque, des soldats, démunis de l'essentiel pour faire face à l'ennemi, tombaient comme des mouches. Le bilan se passe de tout commentaire et a laissé le Niger entier dans une situation de mort cérébrale. À Inatès, le 1er juillet 2019 avec 18 morts, puis le 10 décembre 2019 avec 71 morts ; à Sanam, le 24 décembre 2019 avec 14 morts, puis le 8 janvier 2020 à Chinagoder, avec 89 morts, les forces de défense nigériennes ont été littéralement décimées. Au total, on compte 192 morts sur ces quatre attaques. Des morts sommairement enterrés, parfois à l'insu des parents directs. C'est cette amoralité des commanditaires, auteurs et complices de ce scandale qui a choqué les Nigériens. Et en décidant de portant l'affaire devant les tribunaux, les organisations de la société civile, soutenues par leurs partenaires internationaux, font d'abord droit à une attente forte du peuple nigérien en général et des veuves et orphelins en particulier.

Laboukoye