Incertitudes sur le processus électoral : Issoufou, Salou, Hama et Bazoum ont-ils dit leurs derniers mots ?

Les élections générales de fin de mandat se précisent davantage. Dans cinq jours, précisément le 13 décembre 2020, doivent avoir lieu les élections municipales et régionales. Mais, c’est l’incertitude totale. Alors que la campagne électorale est ouverte depuis le 2 décembre, la commission électorale n’a pas mis à la disposition des partis politiques, groupements de partis et candidats indépendants, les spécimens de bulletins avec lesquels ils battent campagne. C’est la première fois que cela arrive. La Ceni est manifestement prise à la gorge avec cette date du 13 qui lui a été imposée par le Président Issoufou Mahamadou. Par faute de mise à disposition des logos et autres caractéristiques nécessaires pour l’impression des bulletins, les imprimeurs retenus n’ont pu commencer le travail que le vendredi 4 décembre. Il leur est demandé de finir la production des bulletins dans un délai de six jours. Un engagement qui ne pourrait être tenu du fait du volume et de la complexité de la tâche, note un imprimeur de la place. Selon des sources crédibles, certains imprimeurs auraient carrément décliné l’offre qu’ils disent ne pas être en mesure d’honorer dans un délai aussi comprimé. Quoi qu’il en soit, même avec le délai de six jours, on se trouverait à l’avantveille de la date du scrutin. Le 10 décembre, serait-il possible pour la Ceni de mettre en place les bulletins dans les 25 798 en deux jours ? Le Niger fait tout de même 1 267 000 km2.

La Ceni qui n’a pas mesuré l’ampleur et la complexité du travail à faire dans la production des bulletins

Outre cette incertitude sur les préparatifs techniques des élections locales, eu égard au retard immense de la Ceni qui n’a pas, selon une source, mesuré l’ampleur et la complexité du travail à faire, précisément en ce qui concerne la production des bulletins de vote, c’est l’expectative totale du côté de la classe politique nigérienne. Un semblant de clarté entoure la tenue des élections. E fait, tout le monde s’interroge sur la tournure que risque de prendre ce processus électoral insolite à plus d’un titre. Issoufou, Salou, Hama et Bazoum ont-ils dit leurs derniers mots ? Rien n’est moins sûr. On ignore pourquoi, mais les Nigériens s’attendent à un retournement de situation brusque. La note de mission de la Cedeao est assez illustrative de ce climat politique particulièrement tendu. La méfiance est toujours de rigueur, note-t-elle, ce qui est forcément préjudiciable à la tenu d’élections apaisées. Mais ? la Cedeao est a mauvaise presse auprès des Nigériens. Au lieu de s’investir depuis longtemps à conjurer ce mauvais d’élections contestées, source d’une crise qui pourrait coûter cher au Niger, la Cedeao a attendu le tournant décisif pour venir en appeler les parties au calme et à la retenue. Autrement dit, elle demande à l’opposition d’aller gentiment se faire guillotiner sans broncher.

Au regard du conflit qui pourrait naître entre le Président Issoufou, Bazoum et Djibo Salou, il n’y a pas mieux que d’attendre l’épilogue d’une perspective politique qui se présente de plus en plus avec beaucoup de certitude.

Il règne sur le Niger un climat politique délétère et tout le monde s’en inquiète. Les Nigériens ont l’impression qu’on leur enlève, à la fois leur souveraineté à choisir leurs dirigeants à travers des élections transparentes, et leur liberté à contester toute manipulation visant à leur imposant des gouvernants. Hama Amadou, le chef de file de l’opposition est éliminé de la course à l’élection présidentielle, mais son parti reste sans doute le plus fort de l’échiquier politique national. Il n’a, donc, pas dit son dernier mot. Il peut, dans le pire des cas, être le faiseur de roi, exactement comme en 2011. En plus, son parti devrait en principe progresser aux législatives pour gagner plus de sièges qu’en 2016. Il est par conséquent incontournable. En outre, au regard du conflit qui pourrait naître entre le Président Issoufou, Bazoum et Djibo Salou, il n’y a pas mieux que d’attendre l’épilogue d’une perspective politique qui se présente de plus en plus avec beaucoup de certitude. Hama Amadou est, donc, plus que jamais debout, dans une posture presque convoitée par beaucoup d’autres leaders politiques.

Issoufou Mahamadou pourrait-il, en fin de compte, détruire Bazoum pour favoriser une convergence d’intérêts autour de Salou entre le Pjp Doubara et le Pnds, sans candidat ?

Chef de la junte militaire qui a fait tomber feu Mamadou Tanja en 2010, Djibo Salou a déposé la vareuse militaire pour s’engager en politique. Il a créé pour cela un parti politique, le Pjp Doubara au titre duquel il est, aujourd’hui, candidat à l’élection présidentielle. Selon une révélation faite par Hama Amadou, l’intéressé est lié à Issoufou Mahamadou par un deal. Ce dernier devrait lui retourner l’ascenseur en fin de second et dernier mandat. Est-ce ce deal qui a motivé Djibo Salou à quitter l’armée pour devenir un chef de parti politique ? On attend de voir. Pour le moment, l’intéressé ne fait pas partie des foudres de guerre de la scène politique. Et on s’interroge sur ce qui semble faire son assurance. Il bat campagne mais il n’y a que ses proches qui lui voient la moindre chance de réaliser son rêve de reconquérir le fauteuil présidentiel par les urnes. Une vraie chimère, Bazoum étant là d’abord pour lui enlever tout espoir. Malgré tout, des observateurs estiment que Salou n’a pas encore dit son dernier mot. Issoufou Mahamadou pourrait-il, en fin de compte, détruire Bazoum pour favoriser une convergence d’intérêts autour de Salou entre le Pjp Doubara et le Pnds, sans candidat ? Les Nigériens attendent, là aussi, de voir la fin du feuilleton avant d’avoir une opinion définitive.

Bazoum est sur des braises ardentes

Bazoum, lui, a officiellement les faveurs du pouvoir. Président et candidat du Pnds Tarayya, il a été adoubé par le Président Issoufou qui l’a imposé aux instances de son parti. Il est présenté par une certaine presse internationale comme étant le favori de cette course présidentielle. Mais il a été récemment rattrapé par une affaire de faux documents d’état-civil, des candidats aux législatives l’ayant attaqué en justice pour faux et usage de faux portant sur son acte de naissance et son certificat de nationalité. Et du jour au lendemain, celui qui est perçu comme le prétendant le plus sérieux est devenu un homme sur la tête duquel il y a une épée de Damoclès. Il continue de battre campagne – hier encore, il était à Maradi – mais il vit, selon des sources crédibles, un drame intérieur. Il est habité par l’anxiété et la peur d’être, malgré tout, recalé pour ses pièces d’état-civil. Une autre plainte est en cours d’examen devant la Cour constitutionnelle et le verdict est attendu, en principe, aujourd’hui. C’est dire que Bazoum est sur des braises ardentes. S’il passe, à nouveau, cet écueil important, Bazoum va malgré tout concentrer sur sa personne la rancoeur d’une très grande partie de la population nigérienne, persuadée que l’intéressé jouit d’une complicité malsaine au sommet de l’État. Bazoum n’est pas encore, par conséquent, hors de course.

Les Nigériens ont l’impression qu’il veut rouler tout le monde dans la farine.

Quant à Issoufou Mahamadou, les Nigériens ont l’impression qu’il veut rouler tout le monde dans la farine. C’est tout de même bizarre qu’il n’est pas parvenu à convaincre ses compatriotes qu’il s’en irait au soir du 2 avril 2021 en passant le témoin à un autre démocratiquement élu. D’abord, le processus électoral est bancal et n’offre pas les assurances d’élections démocratiques. Ensuite, les Nigériens doutent profondément de la volonté d’Issoufou de quitter le pouvoir comme il l’a annoncé si souvent. Ce doute, qui a toujours existé, s’est amplifié davantage ces derniers temps et son refus de parrainer le dialogue national comme souhaité par l’opposition n’est pas étrangère à cette persistance du doute qui entoure les propos du Président Issoufou. Et plus les échéances approchent, plus ce doute grossit, nourri régulièrement par des rumeurs malsaines colportées de bouche à oreille.

Pour le moment, Bazoum est toujours dans la course et il est le candidat désigné par Issoufou Mahamadou. Le Niger, assurément, fait face à une équation à plusieurs inconnues. Et personne ne sait de quoi demain sera fait.

Doudou Amadou