Renaissance Acte III : Après six (6) mois de gouvernance, stagnation et doute !

Voici six mois que Bazoum Mohamed trône à la tête du Niger, succédant à son mentor qui, effrayé de sa gestion catastrophique et clanique, s’accroche à lui comme à un gilet de sauvetage, pour échapper à son destin, pour s’éviter de rendre compte au peuple, et surtout pour que les siens dont il a la conscience de la mauvaise gestion, n’aient pas à répondre de leurs forfaitures devant la Justice nigérienne que le nouveau magistrat semble pourtant vouloir réhabiliter dans ses fonctions pour travailler en toute indépendance. Du 2 avril 2021 au 2 octobre 2021, jour pour jour, cela fait exactement six mois que le pouvoir échappait à Issoufou après la parodie de transfert pacifique du pouvoir qu’il peut organiser après les élections bancales qu’il organisait pour dire au monde entier qu’il réussissait la première alternance pacifique dans le pays, et se servir de ce laurier peu brillant, un bijou de pacotille, pour bluffer le monde et lui faire croire qu’il serait exceptionnel et qu’il serait d’une espèce en voie de disparition sur le continent. Il n’en fallait pas plus pour la France qui ne peut se soucier de la manière, pour que celle-ci, d’Yves Le Drian à Emmanuel Macron tout récemment, ne s’arme d’éloges calculées pour couvrir leurs pions de superlatifs hypocrites auxquels aucun Africain ne peut croire. Ayant lutté contre le PNDS, y compris contre la coordination de sa région, avant la désignation officielle d’un candidat à la présidentielle au titre du parti à qui il finit par l’imposer dans la douleur, et contre le Niger pour qui il finit aussi par le désigner « président élu démocratiquement » par ce qui serait pour l’opposition des résultats trafiqués – s’en plaint Ousmane et son camp. Issoufou Mahamadou peut ainsi par le gangstérisme politique choisir à la place du peuple le souverain qui doit le diriger, et ainsi il a cru qu’il peut maintenant continuer à diriger le Niger par procuration, espérant que son successeur, par un certain devoir de gratitude, pourrait être corvéable et taillable à merci pour le manipuler pendant cinq ans et gouverner à sa guise le Niger jusqu’à ce qu’un jour, sortant ses vraies cartes, il déroule l’agenda secret qu’il pourrait avoir pour le pays qu’il ne s’est pas fatigué de diriger car, pouvait-il le dire chez lui à Tahoua, devant « son » peuple, en langue locale, qu’il a toujours la nostalgie du pouvoir, faisant entendre ainsi sans doute que le pouvoir le tente toujours. Un mauvais message à l’endroit de son successeur qui pourrait dès lors savoir à qui il à faire pour savoir comment s’y prendre lorsque par de tels comportement, son bienfaiteur voudrait lui disputer le pouvoir. La visite à Tahoua, pouvait-elle être un message à son endroit pour lui rappeler, à un moment où chez Bazoum Mohamed se lisent quelques velléités d’affranchissement pour gouverner de manière autonome, signes qui inquiètent le camp d’Issoufou, qu’il reste le maître-d ’oeuvre de sa victoire à l’arrachée et qu’il lui reste redevable de ce point de vue ? Cette situation qui bloque le nouveau président dans son énergie et son action, dans ses initiatives et ses décisions, est la cause des malaises que vit le parti depuis qu’une faction tente de lui confisquer le mandat pour le gérer en 3ème mandat déguisé.

Le PNDS au coeur des malaises et des contradictions
Même lorsque cela ne s’étale pas encore dans la rue, tout le monde sait que le parti de Mahamadou Issoufou ne se porte plus bien. Indépendamment de sa gestion, l’on peut relever sa régionalisation qui fait croire que c’est une région qui fait le parti pour vouloir pour ce motif faire la part belle à ses ressortissants, ce qui, pour un homme d’Etat est une très mauvaise politique surtout pour des hommes qui prétendent qu’ils jouent à détribaliser la démocratie dans le pays quand pourtant, eux, ne gouvernent que par le clanisme. On peut à ce propos avancer d’autres exemples… L’on a d’ailleurs vu comment, certains, dans l’administration et ailleurs, profitant de ce grand espace qu’on leur a laissé au nom de la ʺrégionalitéʺ en leur faisant croire qu’ils méritent ces largesses politiques, se sont vachement enrichis en l’espace de quelques années. Cette situation, à l’évidence, ne pouvait que créer des frustrations dans le parti et plus largement dans le pays, quand nombreux ceux qui, pour avoir galéré et aidé à construire le parti dans leurs régions souvent déjà « minées » par certains grands partis qui s’y sont implantés depuis de longues années, n’ont pas pu véritablement implanter là le parti. Pour être alors de la « mauvaise région », le parti socialiste ne pouvait y émerger, gardant Tahoua seule comme fief et pour cette contre-performance, ils pouvaient être oubliés et marginalisés pour ne promouvoir que le clan même lorsque, dans les rangs, et dans le parcours du parti, certains membres devenus subitement importants n’étaient jusque-là pas connus. En reprenant le pouvoir, c’est aussi, au-delà de la gestion du pays qu’il faut carrément revoir, Bazoum avait aussi à rationaliser la gestion du parti dans la redistribution des rôles pour gouverner dans l’efficacité, la justice et l’équité un parti qu’une région, veut aujourd’hui faire sien au nom de résultats électoraux fabriqués qui sont loin de donner la réalité du parti dans la région. Tout au plus, ils ne permettent que de cultiver le régionalisme. Et c’est d’autant compliqué que l’on sait aussi que c’est pourtant cette même région qui pouvait rejeter la candidature et l’homme dont elle voudrait se servir pour s’en accaparer et faire du président « élu » une simple marionnette. Comme on le voit, il n’est que très compliqué pour l’homme qui dirige le pays de concilier ces deux projets, gérer autrement le parti et différemment le pays, car une telle situation le place entre deux tendances qui peuvent, dans les faits être cohérentes, mais parce que dans le premier cas, le président devra faire face au mécontentement de gens devenus puissants par l’argent volé, et dans le deuxième qui fâche il lui faudra faire face aux amis-adversaires, les mêmes qui voudraient se servir de lui pour se mettre à l’abri de probables poursuites. Dans les deux cas l’homme a à affronter son parti, du moins un clan de son parti, plus proche dans bien de cas de son successeur que de lui-même, à la vérité.

Cela, explique et renforce les courants contradictoires qui traversent le parti. Ils sont nombreux du parti qui ne se cachent plus pour dire la réalité des malentendus qui divisent le parti et qui compliquent la situation à un président qui trouve un pays vidé, une économie raclée, une société fracturée, des haines cumulées, renforcées. Le parti, quoique puisse dire son secrétaire général réhabilité, ne garde plus son unité et cette unité de façade avec laquelle, l’on voudrait tromper les Nigériens, ne saurait longtemps résister à la cruelle réalité. Bien s’observateurs estiment que pendant que Bazoum s’efforce de redresser, une opposition à l’intérieur de son parti, avec pour chef de fil, son ami qui lui fit le bien d’être président et qui pouvait le défier à Tahoua pendant que lui partait en vacances comme pour lui signifier que le peuple – le sien – est avec lui, Issoufou, non avec le président Bazoum, tente de le contrarier dans son action. Certains, dont un des gouverneurs de région qui tombait la semaine passée, remplacée pendant qu’il pouvait croire pour le même motif à un règlement de compte, on le sait, ne s’en cache pas pour rappeler au nouveau président que c’est bien le parti qui le faisait roi dans le pays. Finalement, la lutte des clans, face aux intérêts divergents, se durcit et fait rage quand de plus en plus, certains des ténors, ne peuvent plus être capables de s’écouter. Cette situation a conduit le régime à se planter comme on le dit en informatique, incapable de bouger, et donc d’avancer.

Un pouvoir pris en otage ?

C’est à croire donc que le pouvoir de Bazoum Mohamed est pris en otage par une camarilla qui croit avoir les moyens de se servir de lui pour continuer à régenter le pays et à décider de tout, cachée derrière un homme qu’elle croit avoir dépouillé de ses prérogatives, de son pouvoir pour ne faire de lui qu’un faire-valoir. Les Nigériens n’ont pas l’impression que c’est Bazoum qui décide dans le pays, tellement l’ombre pesante d’Issoufou semble planer sur son pouvoir, sur son mandat. Bazoum Mohamed n’a donc pas les coudées franches pour agir, aujourd’hui c’est certain. C’est évident. Pourtant il ne peut pas avoir de raison à vouloir s’accrocher à son successeur comme pour l’étrangler dans ses nouvelles fonctions. Avec Salou Djibo, c’était bien un transfert pacifique du pouvoir qui lui permettait d’accéder au pouvoir, même si aujourd’hui, pour se faire une certaine réputation, il fait croire aux naïfs qu’il serait le premier à réussir une alternance pacifique dans le pays. Le 7 avril 2011, après la passation des pouvoirs au Palais des Sports, c’était dans l’humilité et la dignité que Saloiu Djibo, son bienfaiteur qu’il oublia vite, juste après la cérémonie, repartant dans le peuple, se débarrassant là, au stade, de tous les attributs du pouvoir, repartait dans un véhicule banalisé, laissant là, ceux luxueux que le pouvoir lui donnait jusqu’à cette matinée. Et l’homme, même dans la conscience de ses arrangements, ne s’est pas accroché à lui, le laissant gouverner selon ses choix. Pourquoi aujourd’hui, ne peut-il avoir les mêmes élégances que son prédécesseur pour laisser le nouveau président gouverner tranquillement, librement ?

Cette situation ne peut pas perdurer et il faut bien que cette situation inédite pour laquelle certains peuvent dire que le Niger serait dirigé par deux présidents, le sortant, qui, ne pouvant maitriser son ʺanogoʺ – la nostalgie du pouvoir – vit des tentations morbides qui risquent de précipiter le clash au sein d’un parti déjà miné par ses clivages, par ses clans, miné par des rivalités internes destructrices. Dans de telles conditions, il va sans dire que l’on ne facilite pas la tâche à celui qui gouverne et qui a des responsabilités immenses sur lesquelles le peuple l’attend et le jugera. La moitié d’une année est déjà passée sans qu’on ne voit des actes concrets qui peuvent convaincre que le nouveau président tient bien son pouvoir, et qu’il le gère en fonction de ses propres choix et de ses propres convictions.

La Niger ne saurait être la propriété d’un clan a fortiori d’une personne pour croire qu’elle pourrait le gérer à sa convenance et dans le mépris des citoyens. L’ancien président doit donc se ressaisir pour comprendre que ce n’est plus lui qui est au pouvoir et que le comprenant, il consent à s’éloigner du pouvoir comme d’autres l’ont fait, ici et ailleurs, pour ne pas étouffer son successeur, la vérité étant aussi que – et tout le monde le sait aussi – le pouvoir ne se partage pas. Il doit le faire pour l’image qu’il doit laisser à la postérité, si celle-ci n’est pas déjà gravement écornée, et pour préserver la qualité de ses relations avec son successeur, peut-être aussi l’unité fragile du parti. C’est aussi l’histoire du PNDS qui se joue dans cette affaire. Bazoum a à réparer une image humiliante qu’on a donné du socialisme pendant ces dernières années : vol, pillage, enrichissement illicite, corruption, manque de respect pour la parole donnée, etc. Mais le parti ne lui donne pas la latitude d’agir, d’avancer…

Quand le nouveau système fait du surplace…

Un vieil adage dit : « qui ne marche pas n’avance pas ». C’est le drame que vit la renaissance acte III, plombée depuis des mois parce que certains semblent l’avoir apprivoisée et domptée. Aussi, durant ces longues semaines, les Nigériens ont l’impression que le nouveau pouvoir a du plomb dans l’aile, incapable de prendre son envol pour apporter les réponses aux différents problèmes des Nigériens. Si ce n’est les nominations – alors qu’il y a beaucoup à redire même à ce niveau – il n’a aucun acte concret qui pourrait montrer qu’enfin le train de la renaissance a retrouvé les rails pour « avancer ». Mais relevons tout de même une certaine amélioration sur le front de guerre avec le terrorisme, toute chose qu’on ne peut que saluer car dès son entrée en fonction, le nouveau président a montré tout l’intérêt qu’il porte à la question de la sécurité nationale et notamment celle des populations durement éprouvée par les violences terroristes. Sur le reste, les Nigériens attendent, le discours ne s’étant pas traduit par des actes concrets : lutte contre la corruption, dépolitisation, dialogue politique, réconciliation, etc…

Est-il d’ailleurs possible au nouveau magistrat de se libérer ?

C’est la question que beaucoup de gens se posent. Bien de personnes sont pessimistes quant à la capacité de Bazoum Mohamed à prendre ses responsabilités pour agir en toute liberté et en toute connaissance de cause. Pour ceux-là, l’ancien président tient bien son successeur si bien qu’il ne peut rien entreprendre sans l’aviser, or dans un tel coaching qui transcende le copinage et la complicité, il ne peut qu’être difficile pour lui d’avoir la main sur « son » pouvoir. Pourtant, quand on sait le tempérament du Philosophe, l’on peut aisément douter qu’il puisse plus longtemps supporter la pression de son ami, et s’accommoder de ce bicéphalisme dont il pourrait vite d’agacer. Pour d’autres, parce qu’il vient de s’installer et qu’il lui reste à maitriser bien de choses et à avoir bien de ficelles du pouvoir entre ses mains, il ne pourra pas aussi facilement se démarquer du tutorat. Mais le temps passe et son mandat s’égrène laborieusement, l’action tardant à venir pour convaincre qu’il a désormais le volant de son pouvoir.
Il lui reste à mettre le clignotant à Gauche…

Par Waz-Za