Lutte contre la corruption : Bazoum a trop parlé…sans rien faire de quoi a-t-il peur ?

La lutte contre la corruption attendra sans doute des vents plus favorables que ceux agités par Bazoum Mohamed pour répondre aux attentes des Nigériens. Le 2 avril 2021, lorsqu’il a décliné ses desseins dans ce domaine, il y avait déjà peu de Nigériens qui ont applaudi, la plupart étant persuadés que ce n’est ni le temps, ni l’homme par qui la lutte contre la corruption sera une réalité au Niger.

S’il a tenu un discours de vérité lors de son investiture, affichant une fermeté séduisante vis-à-vis du fléau et de ceux qui l’entretiennent, le successeur d’Issoufou Mahamadou n’a toutefois pas su donner un souffle de vie à ce combat qu’il a pourtant déclaré être son cheval de bataille. En six mois de gestion du pouvoir d’État, les observateurs lui reprochent d’avoir multiplié les discours sans jamais passer aux actes. À la suite de la diatribe contre la corruption et ses auteurs, le 2 avril 2021, le Président Bazoum a ainsi claqué la langue, on ne sait plus combien de fois, pour dénoncer, fustiger et menacer. Il l’a fait, entre autres, lors de sa rencontre avec les organisations de la société civile, à l’occasion de la …de la Haute autorité de lutte contre la corruption ainsi que dans le cadre du conseil national de la magistrature. Il l’a fait si bien que l’on commence à douter sérieusement de sa volonté et/ou de sa capacité à faire ce qu’il a promis de faire. Quoi qu’il en soit, il a tellement parlé qu’il ne fait plus peur à ceux qui ont ruiné le Niger.

Une façon propre au régime de vider les scandales financiers

L’affaire Ibou Karadjé que l’on a cru être l’entrée en matière pour le Président Bazoum a rapide- ment fait pissff. Bien qu’identifiés de par leurs responsabilités dans ce scandale de huit milliards 223 millions de francs CFA, les complices d’Ibou Karadjé vaquent tranquillement à leurs occupations.

Aucune inquiétude ne semble planer sur leurs têtes et le Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, à l’époque des faits ordonnateur des crédits de la présidence de la République, s’est même permis de déclarer que l’auteur principal est en prison et tous ses complices, identifiés et écroués. Autrement dit, l’affaire est close. Une façon propre au régime de vider les scandales financiers. Après cet épisode de la sentence prononcée par Ouhoumoudou, il n’est pas exclu, note un observateur, de voir Ibou lui-même libéré et déchargé de toute poursuite. Ce n’est pas exclu et ce ne sera pas nouveau sous ce régime. Depuis son transfèrement de la maison d’arrêt de Say à la prison de haute sécurité de Koutoukalé, seule la presse semble s’en émouvoir. Même les avocats de l’intéressé ne se sont pas sentis en devoir d’expliquer à l’opinion nationale ce qui pourrait ou non justifier ce transfèrement. C’est l’omerta totale, à croire qu’un deal s’est invité dans cette affaire judiciaire.

Si l’affaire Ibou Karadjé ne l’a pas complètement discrédité, elle l’a, en revanche, dépouillé des belles plumes dont il s’était paré le 2 avril

Le Président Bazoum, lui, continue de parler de la lutte contre la corruption, sans se rendre compte que, de l’étincelle d’espoir qu’il a suscitée, il ne reste plus rien qu’un vague souvenir de mots. Pire, il est en train de passer pour la risée, du moins, de ceux qui ont toujours soutenu qu’il fait trop de bruit là où ses compatriotes attendent plutôt des actes. Si l’affaire Ibou Karadjé ne l’a pas complètement discrédité, elle l’a, en revanche, dépouillé des belles plumes dont il s’était paré le 2 avril. Aujourd’hui, presque personne ne croit en son combat. Il a trop parlé et s’est beaucoup illustré dans des mises en scène sans lendemain. Ayant encore répété ce jeu face aux magistrats, récemment, nombre d’entre eux, confie une source judiciaire, sont sortis avec un sourire énigmatique qui en dit long sur ce qu’ils pensent du discours présidentiel. Encore des mots face à des maux ! Et à l’allure où vont les choses, sur fond de «discourmania» (maladie du discours) il est fort à craindre que la corruption prenne davantage d’ampleur que par le passé, tel que le des observateurs le prédisent.

Une attitude anachronique de la part du Président Bazoum qui affiche ainsi, son extrême faiblesse devant la corruption

Les tendances observées à partir du sort réservé à l’affaire Ibou Karadjé sont inquiétantes à plus d’un titre.

Même les propos, somme toute, discourtois ¯ à moins que ce ne soit avec sa pleine complicité ¯ d’Ouhoumoudou n’ont pas suffi à donner un coup d’accélération à son combat. Non seulement la lutte contre la corruption est réduite à un simple slogan de campagne, mais il y a pire, notamment dans l’exonération totale qui semble avoir été accordée à ceux qui ont fait mains basses sur les ressources publiques pendant les deux mandats d’Issoufou Mahamadou. Une attitude anachronique de la part du Président Bazoum qui affiche ainsi, son extrême faiblesse devant la corruption. Serait-il impliqué dans des affaires qu’il craint de voir sur la place publique du jour au lendemain ? Son attitude déconcertante fait nourrir les débats les plus fous. En fin de compte, le pari est en phase d’être gagné par ceux qui ont fait observer que, non seulement Bazoum Mohamed est tout de même partie prenante à la gestion d’Issoufou, mais il a promis la continuité, c’est-à-dire le sauf-conduit à tout ce qui a pu être fait au cours des 10 années passées. Drôle de lutte contre la corruption dans laquelle Bazoum Mohamed s’est engagé, tambours battants, oubliant que l’excuse manifeste qui semble avoir été gracieusement accordée aux auteurs des affaires déjà connues est en soi une grave compromission.

Doudou Amadou