Lutter contre l’impunité : Oser le pas de l’audace / Par Elhadj Omar CISSE


Depuis dix ans que le PNDS Tarreya est arrivé au pouvoir, les Nigériens, ont découvert les limites objectives de son leadership, et avec sa gouvernance décriée un autre parti qui n’a rien de ses principes dictés et chantés, et de son idéologie revendiquée à tout bout de champ. Jamais les Nigériens n’auront vu une gouvernance aussi chaotique faite d’injustices criardes, d’inégalités érigées en système de gouvernance entre les hommes, entre les régions du pays, de gabegie, de détournements immenses, de vol, de vol de tant d’argent et de milliards, de vol de biens matériels, de détournements même de la Constitution, loi fondamentale du pays qui sans doute, parce qu’écrite de mains de mortels, ne s’impose aux tenants du pouvoir que selon les humeurs et les ambitions poursuivis par les princes régnants. Pour ainsi dire, le Niger ne s’est jamais aussi mal porté que cette ère de socialisme contrefait, presque abâtardi. Sous Issoufou, ceux de son clan avaient licence à tout faire, le droit à tout faire, à détruire, à « manzer », à insulter, à parler n’importe comment, à voler, et, on l’a appris, pour leur confort, jusqu’aux assiettes et au fourchette de la princesse. Voici donc la gouvernance de ceux qui, opposants, pouvaient dans leurs discours démagogiques, prétendre être capables de ne pas s’accommoder d’impunité pour sévir contre la corruption endémique qu’ils finirent par amplifier et moderniser. Comment pouvait-on en douter quand on a la souvenance de cette belle chanson d’une époque qu’ils sortirent pour leur propagande notamment lorsqu’ils disent être capables de « battre les morts pour faire peur aux vivants ».

Embarrassé par la question de leur gouvernance en cinq ans, Bazoum Mohamed en 2016, dans la perspective des élections, lorsqu’interrogé sur le sujet, ne put pas ne pas reconnaitre les failles de leur régime sur un tel aspect de la gouvernance, et – alors qu’il n’était pas tellement maître du navire du Guri-Système – il pouvait, par l’intuition de ses convictions intimes, couper court à un reproche qui fait mal au socialisme et au vrai homme du peuple pour rassurer que le nouveau mandat qu’il cherche pour son compagnon politique sera dédié à la lutte implacable contre l’impunité. Et comme dans une mise en scène, le « nouvel élu » joua l’intrigue, annonçant en grande pompe les premiers jours de sa victoire étriquée, sous la pompeuse « opération Maï Boulala » qui, en réalité, n’obéissant à aucune conviction, s’éteignit vite comme un feu de paille, l’homme ne cherchant le pouvoir que pour sa propre sécurité, pour perpétuer la prédation et pour la continuité de l’impunité pour son clan dont il a grandement conscience des bévues et des crimes.

Depuis plus de six mois que Bazoum Mohamed lui succède au pouvoir, même lorsque son pouvoir est annoncé pour faire plaisir à certains milieux de ceux qui le soutiennent dans son parti, le discours a changé radicalement, et déjà – faut-il le rappeler – à son entrée en fonction le 2 avril dernier, il annonçait les couleurs de ce qui devrait être sa gouvernance. La parole n’avait pas plu à un pan de son parti et depuis, comme qui dirait, il est sous haute surveillance de la part de ceux qui, bouffis de suffisance, pouvaient croire et dire qu’ils l’aient fait roi dans le nouvel empire qu’ils érigeaient au coeur d’un Niger qu’ils croient avoir conquis et soumis aux griffes de leurs cynismes. Bazoum, surtout lorsque ses adversaires politiques lui font la gentillesse de leur léthargie pour ne donner signe de vie que par quelques déclarations sporadiques, ne reste en lutte qu’avec son propre camp où on lui met les bâtons dans les roues, et où, curieusement, il a plus à faire à la plus irréductible et sournoise adversité. Cherchant à se couvrir de son pouvoir, un certain clan tente de lui damer le pion dans son propre pouvoir pour lequel ils peuvent croire ne l’avoir qu’en simple figurant pour se servir de ce qui serait son existence fantôme dans la Renaissance dont ils pensent être, eux, les maîtres indétrônables, absolus, les monarques intraitables. Pourtant, par tant de signes donnés, l’homme semble être sur la même ligne, décidé à lutter sans faiblesse contre l’impunité, à mener une lutte implacable contre les voleurs à col blanc, contre toute une pègre avec des visages bien connus qui infestent son régime et qui croient, au nom du vol électoral, trouver sous son ombre, l’abri protecteur pour ne pas répondre de leurs actes. Le discours est donc là, avec la même volonté ressassée, mais les Nigériens doutent, voient moins d’actes, comme si, ainsi qu’on le susurre, son pouvoir reste attelé à l’influence de son mentor qui est décidé à l’affaiblir et à ne lui laisser, comme pour l’humilier, que la coquille vide de son pouvoir et le laisser jouer au cirque qui risque à terme de dégoûter les Nigériens, assoiffés de justice, qui fondent beaucoup d’espoir sur la lutte implacable contre l’impunité qu’il annonçait non sans courage pour faire droit à une immense volonté populaire. S’il est vrai qu’en plus, depuis quelques jours, l’on peut entendre, que des inspections d’Etat sont conduites dans certaines institutions et ministères, preuve s’il en est une de cette volonté politique inaliénable, il reste qu’avoir des résultats de ces inspections, et donner la suite qu’ils méritent, sont deux choses totalement différentes. Il y a à se poser ces questions quand on sait que, ce ne sont pas des résultats qui manquent dans son héritage même l’on sait que pour certains cas, certaines inspections avaient pour mission de minorer les crimes constatés pour n’en révéler que l’épaisseur la plus risible au regard de la gravité des crimes en question, largement connus de l’opinion. Mais alors que l’on se réjouit de ces inspections nouvelles, souvent avec des têtes nouvelles, et à moins que ce ne soit une manière de jouer au dilatoire, il y a à espérer, pour maintenir la sympathie actuelle, une évolution dans le traitement de ces grands dossiers qui ont mis en faillite l’Etat, l’économie, l’administration et notre réputation commune ; il s’agit ainsi d’oser le pas de l’audace, pour qu’au-delà d’Ibou Karadjé, la victime expiatoire, la rigueur de la loi, aille à d’autres malfrats bien connus des Nigériens car s’il est vrai qu’Ibou est un bandit d’Etat, il reste qu’il y a ses maîtres dans le système qui se sont servi de son immaturité et qui ne sont toujours pas inquiétés, se la coulant douce dans les rouages du nouveau pouvoir qu’ils tentent de verrouiller. Pour les observateurs avisés, tant qu’un tel pas n’est pas franchi en faisant tomber de « gros calibre », il n’est que difficile pour le nouveau pouvoir de démarrer : et les rancoeurs suscitées serviront de déclic, face à d’autres défis immenses, pour remobiliser les Nigériens déjà sur le qui-vive. Les réseaux sociaux en donnent des signes inquiétants…

Par Elhadj Omar CISSE