Lettre au président de la République : Monsieur le Président, vous le savez mieux que moi, les malfaiteurs gagnent des batailles, mais la justice finit toujours par gagner la guerre

Depuis le départ de l’autre, celui qui détestait pratiquement tout ce qui était cher aux yeux de ses compatriotes, tout ce qui pouvait leur donner le sourire, j’ai décidé de ranger ma plume et mon encrier, histoire de fermer cette décennie maudite et de ne plus avoir à parler, à écrire, à un homme qui tirait manifestement du bonheur dans le malheur d’un peuple, son peuple, qu’il a juré, la main droite sur le Saint Coran, de servir. Mais, après mûres réflexions, je me suis résolu à la reprise de ces insolites relations entre le président de la République et moi, un maure au service du roi. La raison essentielle réside, vous vous en doutez, dans la différence que de nombreux compatriotes ont perçue entre l’autre et vous. L’autre avait choisi le champagne pour quelques-uns et rien pour les autres, avec un esprit sectaire jamais connu chez un président dans l’histoire de notre pays. Quoi que quelque peu titubants, vos premiers pas recèlent quelques indices encourageants qui motivent à croire que le Niger peut être sorti de la profonde torpeur dans laquelle l’autre l’a plongé. Je ne vous conterai ni qui est l’autre, ni ce qu’il a fait comme mal à notre pays. Vous en savez certainement plus et pire que moi. Si j’ai repris le fil de ces correspondances, c’est pour servir au mieux les intérêts de mon pays en me faisant le conseiller volontaire de celui qui préside aux destinées de notre peuple. Vous méritez, au regard de vos intentions vis-à-vis du peuple nigérien que vous aimez sans aucun doute mieux que l’autre, qu’on vous informe de façon objective, qu’on vous accompagne et qu’on vous soutienne dans tout ce que vous aurez à entreprendre de bien pour le Niger.

Monsieur le Président,

Avant d’être président de la République, vous êtes d’abord un philosophe. Vous savez, donc, que nous sommes tous appelés à mourir et que savoir cela ne nous empêche pas, ne doit pas nous empêcher, d’agir. Car, qui n’agit pas n’avance pas. Le 2 avril 2021, lorsque vous avez déclaré solen nellement que vous mènerez une lutte sans merci contre la corruption, je dois vous dire que très peu de vos compatriotes n’ont pas affiché sur leurs visages un sourire moqueur. Ils ne croyaient pas en la sincérité de votre déclaration ; ils ne pouvaient pas y croire, l’autre ayant passé 10 ans à entretenir cette corruption en assurant, en sus, l’impunité totale pour les auteurs. Je ne sais pas combien a-t-il gagné dans ce jeu malsain qui a ruiné le Niger. Cependant, il est certain que sa politique, totalement antipatriotique, a dépouillé l’État pour enrichir des individus, devenus aujourd’hui plus puissants du point de vue financier que l’État central.

Vous avez déclaré que : je cite « Le défi de la gouvernance est d’autant plus grand chez nous que prévaut une mentalité pas toujours en harmonie avec les valeurs de l’Etat de droit et ses exigences relatives à la primauté de la loi ainsi qu’à l’égalité de tous les citoyens. Sans verser dans une certaine anthropologie philosophique, mon propos consiste à relever que dans notre société, nous avons tendance, pour diverses raisons, à nous accommoder même des comportements qui s’écartent des normes définies par nos lois et nos règlements. Or, il est temps que nous nous ressaisissions et que nous fassions preuve de rigueur. C’est pourquoi, je voudrais dire clairement ici que quiconque a une responsabilité dans l’administration publique répondra désormais tout seul et entièrement de ses actes. Son parti politique, sa base, sa famille, sa communauté, ne lui seront d’aucun secours au cas où son comportement devrait commander une mesure coercitive à son encontre ». On ne peut être plus clair. Mais un mot me gêne considérablement. Qu’entendez-vous par « désormais » ? Est-ce pour vous une façon de faire le trait sur la gabegie qui a eu cours pendant 10 ans ? Si tel est le cas, je ne suis pas sûr d’avoir la même compréhension de la lutte contre la corruption dans un pays qui est pratiquement à genoux du fait de ce fléau. C’est pourquoi, d’ailleurs, vos compatriotes ne savent plus s’ils doivent continuer à vous accorder le bénéfice du doute ou s’ils doivent se résoudre à admettre que, entre l’autre et vous, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. Moi, je dois simplement attirer votre attention sur le choix obligé que vous avez à faire. Soit, vous décidez de faire exactement comme l’autre en remettant en cause tout ce que vous avez commencé ; soit, vous vous résolvez à faire les choses tel que vous l’avez promis. Il n’y a pas de choix intermédiaire qui vous autoriserait à faire semblant tout en tirant les marrons du feu sans vous brûler. Vous devez rapidement vous résoudre à un choix. Faire comme l’autre est assurément plus facile, mais il est si lâche d’utiliser les pouvoirs et les moyens concédés par le peuple pour brimer ce même peuple. Oser changer de paradigmes comme vous l’avez laissé entrevoir jusqu’ici dans vos discours, vos styles et vos démarches, exigerait de vous beaucoup de courage, de fermeté et de don de soi. Êtes-vous vraiment prêt à assumer ce choix ?

Monsieur le Président,

Ce choix, vous le savez, vous conduit inéluctablement à faire payer aux apparatchiks du parti dont vous n’avez pas encore démissionné officiellement de la présidence, en tout cas, pas à la connaissance générale, pour le mal considérable qu’ils ont fait au peuple nigérien. Je vais être bref et clair : vous avez le choix, entre, rendre justice au peuple nigérien ou protéger ceux qui ont tout pris à ce pays ? Dans cette première lettre qui se veut une sorte de lettre de créance à vous présenter, j’ai le droit et même le devoir de vous dire que notre pays, notre peuple, n’a qu’un problème : le banditisme d’État qui l’a pris en otage et vous êtes mieux placé et plus édifié pour savoir que c’est un euphémisme de le dire. En votre qualité de président de la République, chef de l’État, vous n’avez pas deux, trois voies, pour rendre justice à ce peuple qu’en joignant l’acte à la parole dans votre intention de n’accepter aucun compromis vis-à-vis de ceux qui ont mis le grappin sur les deniers et biens publics. Tout atermoiement, vous devez le savoir, sera assimilé à une volonté de duper et vous n’avez pas tout le temps pour convaincre. Le compteur est déjà très avancé pour ne pas que vous mettiez plein gaz dans la lutte contre la corruption.

Monsieur le Président,

Je crois bien et vous en convenez certainement avec moi, que ce serait pour vous un gâchis considérable de plier l’échine avant même d’avoir commencé. L’échec, c’est surtout de ne pas essayer et dans ce combat contre la corruption, je me demande si vous avez conscience de ce formidable soutien populaire. Je me demande si ceux qui n’ont aucune chance de se tirer d’affaire n’ont pas réussi, en agitant plein d’épouvantes à vos yeux, à vous dégonfler, à vous faire mordre la poussière avant même d’entrer dans l’arène. Souvenez-vous du sketch publicitaire de Nourou Ouallam sur le lait en sachet Laban ? Le bluff ! Vous êtes un homme de culture et vous savez que la grandeur pour un homme d’État, un gouvernant, se trouve dans ce que vous faites de bien à votre peuple, pas en faisant ce que l’autre a passé une décennie entière à faire et à entretenir. Tout ce qu’il vous faut, c’est du courage et une volonté ferme de faire mentir les pronostics, de faire la preuve que le plus patriotique n’est pas forcément celui a une nationalité d’origine. C’est une question d’attachement à un pays, à un peuple pour lequel l’on veut le meilleur. Faites arrêter ceux qui ont détourné les milliards de l’État et vous verrez si vous n’aurez pas fini d’avec un second mandat avant même d’avoir terminé le premier. Ne vous trompez pas de combat ou vous aurez trahi encore plus que l’autre. Et vous le savez mieux que moi, les malfaiteurs gagnent des batailles, mais la justice finit toujours par gagner la guerre.

Votre dévoué serviteur,
Mallami Boucar