Diffa N’Galaa et controverses : La boucle de la Renaissance Acte 1 et 2 !

On la croyait morte et définitivement enterrée sous l’ère Issoufou Mahamadou, nous avons nommé la fête tournante du 18 décembre 2020, ‘’Diffa N’Galaa’’, pour raisons d’insécurité et de retard enregistré dans l’exécution des différents chantiers. ’Diffa N’Galaa’’, vient d’être ressuscitée par le président Mohamed Bazoum. En effet, de sources bien informées, l’on apprend, plaise à Dieu, que cette fête tournante marquant le jour-anniversaire de la proclamation de la République du Niger se tiendra dans la capitale du Manga ! Faut-il le rappeler, l’édition 2020 n’avait pas eu lieu pour de raisons sécuritaires et sanitaires liées à la COVID-19. Cette situation avait eu pour conséquences, le retard dans l’exécution des chantiers de construction des infrastructures prévues à cet effet. A l’époque des faits, le pays devait faire face à un contexte électoral pour renouveler les instances politiques nationales. Face à toutes ces contraintes rédhibitoires, le pouvoir de l’époque, en dépit d’un entêtement jusqu’à la dernière minute, s’était, finalement, résolu à reporter sine die cette célébration nationale sous les airs sensuels du ‘’Algaïta’’, la trompette béribéri. Durant ses deux quinquennats, Issoufou Mahamadou avait, en fait, plagié Tandja Mamadou, qui fut le premier à rendre tournante la Fête du 18 décembre dans les différents Chefs-lieux des régions du Niger, en dotant la ville-hôte d’ouvrages culturels, sportifs, sociaux et routiers afin de moderniser ces entités territoriales décentralisées.

Une fois élu à la magistrature suprême du Niger, en mars 2011, Issoufou Mahamadou jugea utile de poursuivre cette oeuvre de modernisation de nos villes à travers des investissements publics dans la conception et la réalisation d’infrastructures socioéconomiques, sportives et culturelles dans les chefs lieu des régions. C’est ainsi que dans la foulée, il y avait eu successivement ‘’Dosso Sogha’’, ‘’Maradi Kolliya’’, ‘’Zinder Saboua’’, ‘’Agadez Sokini’’, ‘’Tahoua Sokola’’ et ‘’Tillabéry Tchandalo’’. Et il ne restait que ‘’Diffa N’Gala’’ pour boucler la boucle de la Renaissance Acte 1 et 2 ! Cependant, si l’intention de moderniser les villes de l’intérieur du pays n’était  pas, en soi, mauvaise, force est de constater, en revanche, que, dans la réalisation des différents ouvrages, il y a beaucoup à dire et à redire sur cette question de la Fête tournante du 18 décembre. D’après certaines sources, jusqu’aujourd’hui, ‘’Dossa Sogha’’, la première édition sous Issoufou Mahamadou, où on avait prétendu investir près de 40 milliards de francs CFA, n’aurait pas été réceptionnée officiellement, car de nombreux travaux furent restés inachevés, et une fois les festivités finies, le Comité d’organisation a disparu à son tour et les crédits se perdirent dans la grande masse des créanciers publics dont on sait toutes les difficultés pour les sortir du Trésor Public. D’ailleurs, ‘’Dosso Sogha’’ n’est pas la seule concernée dans cette situation, on parle aussi des autres éditions dont certains travaux n’ont pas pu être achevés. Faute de crédits déblocables rapidement, les chantiers sont à l’arrêt, pour ne pas dire, tout simplement, à l’abandon pur et simple !

En réalité, deux (2) causes principales pourraient expliquer le goût d’inachevé de ces fêtes tournantes. Premièrement, on peut avancer l’impréparation, la lourdeur administrative, qui ne permettent pas de se prendre à temps pour être dans les délais, mais de lambiner pour vouloir, après, essayer de mettre les bouchées doubles dans la dernière ligne droite. Evidemment, l’impréparation rime toujours avec l’improvisation, et le résultat final est connu de tous ! La deuxième raison de ces échecs est politique, car ces fêtes tournantes sont des occasions de grosses dépenses publiques, qui suscitent bien des convoitises au sein des différents clans du pouvoir. En effet, de véritables mafias régionales sont apparues à l’occasion de ces fêtes tournantes, entre politiciens et milieux d’affaires locaux, en donnant les différents marchés publics à de militants politiques acquis au régime en place, ou encore à des proches parents, amis et connaissances, souvent au détriment des entreprises locales compétentes, dont le seul tort était d’être du ‘’mauvais côté’’ ! Ainsi, par ce jeu de clientélisme de bas étages, on en arrive à des résultats mitigés, comme on a pu le constater partout où ces fêtes tournantes ont été organisées, qui sont, hélas, aujourd’hui, de vrais gâchis nationaux ! On pensait ou espérait que le président Bazoum désirerait s’inscrire dans une rupture totale d’avec la politique de la gabegie instaurée par son prédécesseur, comme ses premiers jours d’exercice du pouvoir l’ont fait croire.

Mais, au fil du temps, l’on doit s’incliner à croire que le président Bazoum n’est pas l’hirondelle annonciatrice du printemps au Niger, car, peu à peu, les vieux démons de la ‘’Renaissance’’ sont en train de faire leur retour dans la gouvernance politique du pays. Sans inventaire aucun pour savoir ce qui a bien marché, moins bien et pas du tout dans l’organisation de ces fêtes tournantes, il décide, bonnement, de perpétuer l’oeuvre très critiquable de son prédécesseur et mentor politique, dans un contexte sécuritaire préoccupant où, chaque jour, certaines contrées du pays sont victimes d’attaques terroristes meurtrières. On avait pensé en finir avec cette république folklorique d’Issoufou Mahamadou qui était prête à injecter une soixantaine de milliards dans ‘’Agadez Sokini’’, alors que la Route Tahoua-Agadez (RTA) se trouvait dans un état lamentable et dont la réhabilitation était reportée aux calendes grecques. Hélas, la même insouciance ou indifférence dans la définition des grandes priorités nationales semble caractériser, aujourd’hui, la présidence de Bazoum, dont les uns et les autres commencent à se dessaouler, après l’enivrement des premiers jours ! Chasser le naturel, il revient toujours au galop, nous enseigne un proverbe français.

Balkissa Ibrahima