HUMEUR : Le retour du désordre dans la capitale !


On a coutume de dire que l’habitude est une seconde nature, puisque chasser le naturel, il revient toujours au galop, dit-on aussi ! Après des débuts prometteurs, l’opération de désengorgement de de la capitale, initiée tambours battants par la Délégation Spéciale de Niamey, semble, aujourd’hui, s’essouffler. En effet, progressivement, le désordre se réinstalle dans l’occupation des voies publiques, le même bordel revient avec des rues toujours encombrées par des commerces, soit ambulants, soit sédentaires, quand tout simplement les chariots de vendeurs d’articles divers et les brouettes de vendeurs de fruits ne viennent clore tout ce capharnaüm. Les cas les plus illustratifs du retour du désordre d’antan dans la capitale sont sans doute les places de Karam-Karam (Tagbati pour les plus jeunes) et les abords du Grand-Marché où, petit à petit, les gens déguerpis se réinstallent, en toute tranquillité d’esprit ! Et dans tout cela que fait-on pour faire respecter les décisions municipales édictées dans le sens de cette politique de modernisation de Niamey ? En tout cas ce n’est pas cette Police municipale, dont le statut légal n’est pas très défini, une police municipale qui ressemble plus à une agence de sécurité privée (vigiles) qu’à de véritables agents publics, qui permettra de résoudre le problème d’urbanisation à Niamey ! A la limite, on pourrait qualifier cette police municipale d’une ‘’police de copinage’’, (le mot n’est pas trop fort, mais bien un doux euphémisme par rapport à l’expression populaire de ‘’imbanga’’), dont on ne sait, finalement, à quoi elle sert réellement. Ailleurs, dans le monde, l’utilité de la police municipale ne se discute plus, elle est une émanation de la gouvernance territoriale, et à ce titre, elle participe au maintien de l’ordre public dans les différentes villes auxquelles elle est affectée. Elle y régule même la circulation urbaine et dresse des procès-verbaux de contravention. Comme on peut le constater, beaucoup de progrès restent à faire, au Niger, dans la conception et la mise en place d’une police municipale véritable, en la dotant d’un statut légal bien précis et en mettant à sa disposition de moyens conséquents pour accomplir ses missions.

 

 Au bout du compte, le grand volontarisme du départ, qui avait présidé à cette initiative de désengorgement de la capitale, initiative somme toutes salutaire, a baissé d’intensité ; du côté de la Délégation Spéciale de Niamey, les choses semblent revenir à la routine, les ardeurs des débuts s’étant sans doute émoussées. Aujourd’hui, les enthousiasmes des uns et des autres dans cette mission importante questionnent et embarrassent plus d’un citoyen, car la modernisation de la ville de Niamey tant recherchée passe nécessairement par la capacité des autorités municipales à faire régner la loi et l’ordre public dans toutes leurs rigueurs ! Pour réussir la construction et la viabilité d’une ville, il faut toujours disposer d’une politique en la matière, que l’on se donne les moyens de mettre en œuvre. L’improvisation, le ‘’kamé kamé’’, en toutes choses, sont sources d’échecs et sont surtout révélateurs d’une absence de démarche programmatique dans la mise en œuvre d’un plan directeur de l’aménagement territorial national. Jusque-là, peut-être que la ville de Niamey peine à trouver ‘’l’oiseau rare’’ capable de relever le grand défi de réussir cette transition vers l’avènement d’une ville propre, viable, agréable, offrant à ses habitants un cadre de bien-être permanent, et à ses visiteurs une hospitalité inoubliable. Ce rêve citoyen est-il si inaccessible, utopique, fantasmagorique, bref, est-ce là une simple vue idyllique des choses ? Oui, peut-être que l’on a mis la barre un peu plus haut dans cette exigence d’une ville autre en si peu de temps. Nos réalités sociologiques nous condamnent souvent à plus de relativisme dans l’appréciation des différentes situations du pays. Peut-être que la mentalité populaire a encore du chemin à faire, justement, dans le processus d’internalisation des normes sociales, afin de lui faire comprendre le bien-fondé des normes publiques. Toute la problématique actuelle, dans ce cas, se ramènerait à la question de la gouvernance et de la citoyenneté responsables dans un pays. Partout au monde où les villes se sont développées, il a fallu conjuguer ces deux impératifs, c’est-à-dire la gouvernance responsable et la citoyenneté consciente et responsable. Alors, pour que le Programme Niamey Nyala ne soit pas seulement une étiquette, du ‘’koskorima’’ (de la poudre aux yeux !), il lui faudra impérativement trouver cette alchimie entre l’appropriation des normes publiques par les populations de Niamey et la capacité des autorités municipales à être à la hauteur de leur mission directionnelle. Toute autre posture condamnerait ce programme, cher au Président de la République, à un échec retentissant, en dépit des ressources matérielles et financières importantes mises à la disposition dudit programme. Pour relever un tel défi, il faudra plus d’imagination créatrice pour repenser les choses et frapper les esprits, de courage pour initier, et sans doute, de responsabilité pour s’assumer.

 

Ce sont-là sans doutes les ingrédients essentiels pour réussir la concrétisation de ce programme. La ville de Niamey a besoin, aujourd’hui, de dirigeants territoriaux capables de l’arracher à toutes ces chaînes de résistances qui l’étranglent de toutes parts et l’empêchent de s’épanouir et de se développer ; de l’arracher à tout ce conservatisme rétrograde qui veut que les choses demeurent telles qu’elles ont toujours été. Mais, pour cela, le choix des hommes et des femmes dans l’accomplissement de cette mission revêt une importance toute particulière, et à ce sujet, les partis politiques légalement reconnus, qui concourent à l’expression du suffrage dans le cadre de la gouvernance territoriale, ont un grand rôle à jouer afin de présenter des candidats valables pour occuper les fonctions de maires municipaux. Il ne faut point se voiler la face, la décentralisation, tant souhaitée ces quinze dernières années au Niger, n’a pas, véritablement, répondu aux immenses attentes placées en elle, la plupart des conseils municipaux du pays ayant été dissouts pour des fautes de gestion de la part des Conseillers, y compris le Conseil Régional de Niamey. Ces maires indélicats sont, soit emprisonnés pour abus de biens sociaux, soit révoqués purement et simplement pour incompétence notoire. Les partis politiques nigériens portent une grande part de responsabilité dans cette situation lorsqu’ils se montrent peu exigeants dans le choix des postulants ou accordent un intérêt presque lointain aux scrutins de proximité où, souvent, les affinités personnelles l’emportent sur les appartenances partisanes. Ces maires faillis n’ont pas été, très souvent, préparés à ce genre de missions, parfois le manque de formation scolaire des élus locaux y étant pour beaucoup. Pour le cas spécifique de la capitale, manifestement, le schéma traditionnel de la décentralisation, tel que défini par les différentes lois en la matière, ne concourt pas à la réussite du modèle retenu, et a donc besoin d’une réadaptation afin de relever le défi de la modernisation de la ville de Niamey. Peut-être que les réflexions devront être menées dans cette direction si l’on désire réussir une transformation heureuse de la capitale. Des délégations Spéciales, qui sont des situations de circonstance, ne pourraient, en fin de compte, que s’inscrire dans le court et le moyen terme, et non dans le long terme. Pour avoir vocation à s’inscrire dans la durée, la politique de la ville devra être définie et exécutée dans un environnement juridique et institutionnel stable, assaini, avec des acteurs bien responsabilisés et disposant d’une feuille de route clairement tracée. C’est là, assurément, tout l’enjeu actuel de la gouvernance territoriale, après l’échec des expériences du passé et du présent. La mèche en vaut donc la chandelle, dit-on souvent !

Par Zakari Alzouma Coulibaly

02 octobre 2020

Source : http://www.lesahel.org/