Hommage à Mme Abdoulaye Diori née Kadidiatou Ly : Une héroïne de l’histoire démocratique du Niger ! / Par Moustapha Kadi Oumani

Mme Kadidiatou Ly, veuve du fils aîné du Président Diori Hamani, Monsieur Abdoulaye Diori, décédé en 2011 alors qu’il présidait le Parti Progressiste Nigérien (PPN-RDA) qui porta le Niger à l’indépendance en 1960, vient de nous quitter ce samedi 12 décembre 2020 aux environs de 23 heures à Niamey, alors qu'elle venait d'être hospitalisée à l’âge de 68 ans.

Souffrant de problèmes cardiaques, elle a subi ces dernières années plusieurs hospitalisations en France, elle savait que la vie n’est donnée qu’en usufruit aux vivants et que « la mort est quelque fois un châtiment ; souvent un don ; pour plus d’un c’est une grâce » disait Sénèque. La nouvelle a été aussi brutale qu'inattendue. Le Niger vient de perdre son ancienne Présidente de la Cour constitutionnelle. Titulaire d’un doctorat en droit public de l’Université Paris-Saclay, elle a été élue à la tête de la Cour Constitutionnelle en 2013 où sous sa clairvoyance le droit acquiert, à l’abri des passions humaines, ses titres de noblesse.

C'est une grande perte pour la démocratie et la bonne gouvernance. Une femme de caractère, très volontaire et dynamique. Une femme engagée dans la défense des droits humains. Une femme de tête qui aura marqué l'histoire de notre pays à travers ses nombreux engagements dans la lutte démocratique. Mais, dit-on souvent, la vie est comme un conte : ce qui compte ce n’est pas sa longueur mais sa valeur. Celle de Mme Abdoulaye Diori née Kadidiatou Ly est assurément de cet ordre, car elle a su nourrir sa vie.
Elle reste une Grande Dame qui a eu la chance d’appartenir à la troisième catégorie car partir après avoir accompli sa tâche est un bienfait de Dieu. Sortir de la vie comme on sort de table c'est-à-dire avec le respect des siens et de la nation qui plus est, démontre que « la vie n’a de prix que par le dévouement à la vérité et au bien.»

Ses bienfaits sont innombrables et reconnus : d’abord dans sa vie personnelle, elle a été la compagne parfaite de son mari Abdoulaye Diori dans sa lutte politique. Sur le plan national, elle a honoré la plus haute institution juridique de la République par son sens du devoir, sa belle vision du droit, du juste et du bien. Je me permets dans ce moment d’émotion, au vu des actions menées au sommet du temple de la démocratie nigérienne qui est la Cour Constitutionnelle, d’appliquer ce proverbe arabe à cette Maman : « Quand tu lances la flèche de la vérité, trempe la pointe dans du miel ».

Mme Abdoulaye Diori née Kadidiatou Ly appliqua cette maxime avec toute l’intelligence que tous nous lui reconnaissons. Sans découragement ni défaillance, elle savait se défendre surtout défendre les intérêts de son pays. Elle ne cachait jamais sa position, elle avait un caractère entier, une franchise et une honnêteté indéfectibles. Elle préférait dire maintenant, à ses risques et périls, plutôt que de se taire sur un malentendu. Elle était très courageuse et combative, respectueuse dans la victoire et digne dans la défaite.
Je me souviens encore aujourd’hui, avec émotion, avoir pris part à son invitation à la proclamation des résultats de l’élection présidentielle de 2016 en présence de Monsieur Nouhou Mahamadou Arzika. Nous avons écouté cette femme intègre et reconnaissante et je me sens honoré d’être parmi ses proches. A la mort de mon défunt père Chef de Canton d’Illéla Elhadji Kadi Oumani, le 3 septembre 2013, elle était la première présidente des Institutions à venir à mon domicile au quartier poudrière en compagnie de son vice-président, Monsieur Abdou Dangladima Attou.

Grande dame au grand cœur, aimée de tous, figure de proue pour l’émancipation de la femme nigérienne, elle se place en bonne place parmi les femmes dignes du Niger. Sa disparition afflige la société civile dans son ensemble, de par les multiples réactions dans la presse ou sur les réseaux sociaux et même au-delà de nos frontières nationales, prouve encore une fois que « La vie des morts consiste à survivre dans l’esprit des vivants.»

Mme Abdoulaye Diori Kadidiatou Ly, source d’inspiration, tu pars avant nous, bien trop tôt, bien trop vite… Ta disparition nous rappelle comme une évidence que le mérite de la vie est dans le dévouement et le bien. « Une journée bien employée donne un bon sommeil, une vie bien employée procure une mort tranquille » dit-on. Mme la Présidente Kadidiatou, tu peux te réjouir parce que tes proches auxquels se joint toute la nation te pleurent. Tu laisses un vide immense derrière toi.

Et c'est avec beaucoup de tristesse et de compassion que je présente mes plus sincères condoléances à tes enfants, tes frères et sœurs, à ta famille pour leur témoigner de ma profonde affection et de ma nostalgique fidélité dans ce moment douloureux.

Moustapha Kadi Oumani