La ville de Niamey en saison de pluies : Une situation à plusieurs variables

La ville de Niamey en saison de pluies : Une situation à plusieurs variables

La saison des pluies s’est définitivement installée sur l’ensemble du territoire national avec des disparités d’une localité à une autre. L’eau  qui est une richesse constitue  aussi un obstacle au regard de ce qui se passe de par le monde.  En effet, les fortes pluies qui sont en train de s’abattre sur Niamey ont d’ores et déjà engendré d’énormes dégâts. C’est une situation qui devient de plus en plus récurrente à Niamey depuis plus d’une décennie. D’importants ouvrages ont cédé, des périmètres irrigués  emblavés, des champs ainsi que des maisons effondrées. Bref, des quartiers sont devenus inaccessibles. Il a été souvent déploré des pertes en vies humaines.

 Les inondations que Niamey observe ces dernières années inquiètent les populations ainsi que les décideurs politiques aux différents niveaux de prise de décisions.  Niamey grandit de manière exponentielle tant sur le plan démographique qu’urbain. Les ouvrages des eaux de pluies sont rares, à savoir les caniveaux et les collecteurs. La croissance urbaine échappe quelque part au contrôle de la municipalité. Ce qui est à l’origine des constructions anarchiques et de crise de logements. De nouveaux quartiers ont vu le jour sans aucune étude technique des autorités compétentes. Pourtant, les autorités municipales doivent avoir un regard sur ce qui se passe en matière d’occupation du sol. Au bout de quelques années, ces nouveaux quartiers sont inaccessibles voire inondés. La politique de l’aménagement urbain doit être au centre des occupations des autorités pour d’une part protéger les populations, et d’autre part promouvoir l’économie nationale au regard des pertes financières et humaines que les inondations occasionnent. Il est constaté que très peu de quartiers sont dotés des caniveaux et des collecteurs.

Notons que les ouvrages existants sont aujourd’hui débordés compte tenu de la forte pression démographique, urbaine, cumulée aux effets du changement climatique. En outre, les fortes pluies du mois d’Août ont entrainé la stagnation des eaux dans de nombreux quartiers parmi lesquels Bassora, Niamey 2.000, Harobanda, SONUCI, Dar-Es-Salam, Lazaret, Koira Tegui, Dan Zama Koira, Zarmagandey, Banga Bana, et bien d’autres. L’occupation anarchique des espaces publics est également une entrave aux écoulements normaux des eaux de ruissellement vers ses points de chute. Le mardi 10 Août aux environs de 20 heures, Niamey, la capitale a été arrosée par une forte pluie qui s’était poursuivie jusqu’au petit matin. A cet effet, ceux qui étaient surpris dehors par la pluie en ville pour diverses raisons ont appris à leurs dépens. C’était  un parcours de combattant pour atteindre le domicile. De l’avenue de Zarmakoye en passant par l’avenue Mali Béro, le Rond-point Gadafawa, les rues étaient complètement submergées. Des véhicules étaient stationnés de part et d’autre des goudrons attendant le passage des eaux, tandis que d’autres étaient tombés en panne.

A partir du Camping Touristique, il était quasi impossible de se rendre vers la Cour d’Appel. Il faut des acrobaties  pour échapper  aux eaux à moins d’être dans un camion. Ce sont des véhicules ayant décidé de changer d’itinéraire par crainte de s’embourber dans certains quartier. Le niveau des eaux atteignait le capot des petits  véhicules. C’est un fait qui est aussi vécu sur le boulevard Tanimoune. Cette belle infrastructure  réalisée à grands frais est en train de se détériorer à certains endroits. Les eaux occupent une grande partie du goudron vers Dan Zama Koira. Ce qui impacte  l’écoulement des eaux.  Il est à noter que le véritable obstacle à ce niveau est surtout le manque d’ouvrages d’évacuation. Or, la construction d’une infrastructure de telle envergure doit être accompagnée  des caniveaux.

Visiblement, ce qui n’a pas été réalisé. Chaque forte pluie est synonyme de calvaire pour de nombreux habitants de Niamey compte tenu non seulement de la précarité des ouvrages d’évacuations des eaux, mais aussi des risques d’inondations avec toutes ses conséquences. Des quartiers  à Niamey sont connus  de par leur inaccessibilité.

Les usagers de la latérite menant à la station Petroba SONUCI ont vécu aussi le calvaire du mauvais état de la route du fait que toute la voie était submergée et les eaux en amont convergaient vers l’Ecole FAZA. Dans ce quartier, des mares de circonstance, qui sont des facteurs favorisant le développement de plusieurs maladies, ont vu le jour. Pour dire que les habitants sont  exposés aux maladies diarrhéiques, le paludisme et bien d’autres maladies liées à l’hygiène et l’assainissement.

 Des travaux sont en cours pour la réalisation des caniveaux. Cela est loin de répondre aux aspirations des habitants du quartier dont certains ont des années abandonné leurs maisons laissant aux eaux qui sont stagnées tout au long de l’année. Ici, on trouve des maisons bâties en matériaux définitifs abandonnées. C’est une perte considérable pour les propriétaires ayant investi des ressources nécessaires en vue de sécuriser leurs familles.

Certes, des ouvrages en cours de réalisation vont soulager certains, tandis que d’autres attendent des actions plus profondes afin de rendre l’ensemble du quartier accessible à toutes les saisons. Le quartier Bobiel est également exposé aux aléas de manque d’ouvrages même si certains sont en train d’être réalisés à des endroits. Cette action doit être élargie sur l’ensemble du quartier pour mettre les populations à l’abri des inondations et des maladies.

Les habitants des quartiers difficiles d’accès sont par ailleurs  confrontés au manque des moyens de transports en commun, et les taximen refusent d’y accéder. C’est un dilemme qui s’ajoute à leur préoccupation et nombreux se demandent à quand la fin de ce calvaire ? La vallée de Gounti Yena qui a été aménagée dans le cadre du programme Niamey Gnala a également été affectée. Les ouvrages réalisés à cet effet ont été paralysés par endroit et menacent les infrastructures se trouvant aux environs. Par ailleurs, des routes ont cédé face à la pression des eaux. Les voies sont obstruées par des constructions anarchiques. Précisons que même des services publics ont été victimes de débordement des eaux ayant occasionné des dégâts.

Les problèmes auxquels les populations sont confrontées nécessitent des solutions rapides pour que la saison des pluies ne rime plus avec souffrances. C’est ainsi qu’il est important de réaliser un schéma directeur urbain de la ville de Niamey qui prendra en compte l’ensemble des préoccupations des populations, permettre à l’Etat de faire de l’économie, et éviter des financements infructueux.

Par Laouali Souleymane(onep)

20 août  2021
Source : http://www.lesahel.org/