Commune rurale de l’Anzourou : Les déplacés témoignent de leurs expériences douloureuses…

Située à une soixantaine de kms de son chef-lieu de région, Tillabéry, la Commune rurale d’Anzourou n’est pas loin de la frontière nigéro-malienne, dans ce qu’on appelle la zone des trois frontières (Niger-Mali-Burkina Faso). Cette zone, jadis calme et prospère, connait aujourd’hui un véritable problème sécuritaire suite aux attaques de plus en plus récurrentes des terroristes, en provenance du Mali voisin. Cette situation engendre des déplacements des populations vers des localités plus sécurisées dont la commune d’Anzourou et la ville de Tillabéry où affluent des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants. Ils sont près de 7.000 personnes, en provenance d’une douzaine de villages environnants de ladite commune. Ces compatriotes, victimes du terrorisme, l’air fatigué, apeurés, visage sombre, regard triste et absent, témoignent de leurs mésaventures.

«Je me nomme H. A., je viens du village de Zibane-Korazeno. J’ai 35 ans et mère de trois enfants. Mon mari a été tué alors qu’il priait Al Açr (seconde prière de l'après-midi), lors d’une attaque de bandits armés. L’attaque a fait une dizaine de morts et de nombreux blessés. Après les obsèques, je n’ai pas voulu quitter notre village, il a fallu une autre attaque dans un village non loin du nôtre, pour que nous décidions, alors de quitter, surtout que lors de l’attaque de Zibane-Korazeno, les assaillants ont promis de revenir. Avec mes trois enfants, j’ai d’abord fui à Tillabéry. Après quelques jours, les autorités nous ont rendu visite, elles nous ont donné des vivres et ont décidé de nous rapatrier dans nos villages. Une fois au village, la tension et l’insécurité étaient toujours perceptibles car, d’autres villages environnants ont aussi subi des attaques. Alors nous nous sommes retranchés ici à Anzourou où nous nous sentons plus en sécurité. Les gens du Barrage de Kandadji viennent de nous apporter des vivres. Nous en sommes reconnaissants et fiers, mais nous aimerions mieux retourner chez nous pour travailler nos terres, même si nous continuons d’avoir des échos d’attaques terroristes dans notre zone», déclare-t-elle, au bord des larmes.

«Les terroristes nous menacent en permanence et nous avons décidé de partir pour sauver nos vies», explique, quant à lui, le nommé S. H., un des déplacés du village de Gassa-Aoual. «J’ai tout abandonné : ma maison, mon champ, mes greniers, tout. Je ne sais plus dans quels états ils sont. J’ai appris que mon frère, qui lui n’a pas voulu quitter le village, est porté disparu, suite à une autre attaque de notre village, en début du mois. Il faut qu’on nous protège, nous, nos femmes, nos enfants et nos biens, pour que nous retournions dans nos localités. Nous ne pouvons pas continuer à vivre  sous assistance. L’Etat doit nous soutenir et nous protéger de ces barbares», lance-t-il, révolté.

Un vieux poste radio collé à l’oreille, H. I., déplacé du village de Gassa-Koufono, indique être informé, par radio, des atrocités des assaillants. «Le vendredi 7 mai, un chef coutumier a été tué dans une attaque armée contre le village de Bongouro situé dans le département de Bankilaré, près la frontière du Burkina Faso. Le mardi 4 mai, d'autres hommes armés ont attaqué le village d’Intoussane, situé du côté de la frontière malienne. Dans la nuit du 2 au 3 mai, le fondateur d'une école privée a été tué dans une attaque menée par des hommes armés dans le village de Dessa, situé à une cinquantaine de Kms de Tillabéry. Depuis 2017, la région de Tillabéry fait face à des attaques des groupes terroristes opérant dans la "zone des trois frontières". Malgré le renouvellement de l’état d’urgence instauré dans l’essentiel des départements de la région, malgré les patrouilles des militaires, ces attaques terroristes demeurent récurrentes dans la région. Ce qui provoque les déplacements des populations, la fermeture des écoles et des centres de santé, la crainte de se rendre aux champs pour les cultivateurs et aux pâturages pour les éleveurs. Bref, la vie quotidienne est bouleversée, sinon même mise entre parenthèses. Que va-t-on devenir ? Que vont devenir nos enfants ?», s’interroge le vieil instituteur Ismaïlou.

Tenant ses deux enfants entre les mains et venue réceptionner sa part de kit alimentaire, Z. K. est amère : « Je viens du village de Sangara. Nous avons marché durant deux jours pour arriver à Anzourou. Ils (les terroristes) ont tué mon mari et deux de mes frères, lors d’une attaque qu’ils ont menée, tard dans la nuit à Sangara. Il y a eu au total 17 morts dont des femmes et des enfants. Après avoir tué les gens et brûlé les maisons, ils ont emporté plusieurs animaux domestiques, même mes poules qui dormaient n’ont pas été épargnés», déplore la dame. «Je pense qu’ils veulent nous obliger à quitter nos villages, nos champs, notre espace pour qu’ils occupent eux le terrain», estime-t-elle.

De la localité de Zibane-Koirategui à celle de Zibane-Korazeno, en passant par Gadabo, Gassa-Aoual, Gassa-Koufono, Molia, Gatali Dangné, Sangara, les villageois vivent dans la peur. Ce qui pousse beaucoup d’entre eux à quitter. C’est peut être ce que les assaillants terroristes cherchent. Même si aucun espace territorial nigérien n’est occupé, il n’en demeure pas moins que la récurrence des attaques terroristes, auxquelles s’ajoutent les éventuels retraits des forces armées partenaires qui soutiennent nos Etats, notamment de l’autre côté de la frontière, doivent interpeller tous les acteurs de la lutte contre le terrorisme, par rapport au comportement qu’il faut adopter face au terrorisme au Sahel, en général, et au Niger, en particulier qui s’attaque indistinctement aux civils n’épargnant ni les femmes ni même les enfants.

Mahamadou Diallo(onep)

23 août  2021
Source : http://www.lesahel.org/