Editorial / Le Niger, seul, compte… : Par Elhadj Omar CISSE

Le Niger traverse des moments difficiles marqués par le doute voire le pessimisme quand on peut voir le désir ardent d’une camarilla, voire d’un clan, décidée à en faire sa chose pour vouloir s’imposer durablement aux Nigériens, n’ayant que faire des conséquences qu’une telle politique peut avoir sur la stabilité du pays et sur la cohésion nationale. Le Niger ne peut pas être apprivoisé pour être domestiqué par des hommes pour lesquels ne compte que leur confort personnel. Accrochés au maigres mamelles de la mère patrie qu’ils prétendait venir sauver de cinquante années de mauvaise gestion, ils ne purent jamais aller au-delà des mots, se servant d’elle pour s’engraisser alors que le pays, lui, tragiquement, se meurt de vandalisme politique, de crimes. C’est à croire qu’ils avaient souffert de leur condition d’une époque pour vouloir par le pouvoir qu’ils détournaient à des fins personnelles, s’embourgeoiser alors même qu’ils se revendiquait du peuple et du socialisme qu’on doutait d’être tropicalisé et remis aux goûts de politiciens aigris et revanchards pour reposer leur gouvernance sur le profit, l’anéantissement de l’autre et la banalisation de la fonction présidentielle et de la République. Pendant dix ans, le Niger était sous la gouvernance obscure d’un socialisme déviant, vicié. On peut d’ailleurs se souvenir qu’il y a quelques mois, un peu avant les élections générales de 2021, le but machiavélique que la mafia du parti rose se proposait était de conserver pendant au moins trente ans le pouvoir pour ne laisser à personne et le passer à tour de rôle à l’establishment du parti. Et les Nigériens encore crédules pouvaient croire qu’au nom d’une légitimité et d’une popularité acquises auprès du peuple, qu’ils pouvaient déjouer le sinistre dessein. Mais déjà pour les plus avertis, l’homme dont il était question – Issoufou en l’occurrence – ne peut jamais accepter que le pouvoir passe dans les mains d’un autre qui ne soit pas de son sérail et qu’il peut croire capable de lui éviter des ennuis après la présidence pour avoir à répondre – lui et les siens – de leur gestion, conscient sans doute des ratés de sa gestion. Et les Nigériens ont vu survivre chez l’homme la tentation du pouvoir pour être le dieu par lequel, le pouvoir dans le pays, devra fonctionner à sa convenance, n’ayant que faire des attentes des Nigériens dont il a ignoré les souffrances et les colères, les misères et les angoisses.

Le peuple a pourtant mûri et ne peut plus adorer ses bourreaux, en l’occurrence un homme qui est incapable d’avoir pour eux de l’écoute, de l’attention surtout. Alors qu’ils attendaient de manger mieux, de se soigner mieux, d’apprendre mieux dans les écoles, il leur construit des hôtels inaccessibles, des échangeurs inutiles, des rails inopérants, des places vertes vite éteinte par la débauche. Tant il est vrai que l’homme veut faire du pouvoir sa chose, le bien dont il est seul à décider et le Niger, presque un territoire conquis dans lequel ne fonctionnent que sa loi et ses désirs de grand monarque. Et les Nigériens commencent à s’inquiéter des désirs envahissants de l’homme, de ses démesures, de ses suffisances débordantes qui peuvent le faire croire qu’il serait seul maître d’un Niger aujourd’hui vibrant pourtant aux coeurs palpitants de plus de vingt millions d’âmes. Il faut avoir l’ambition modeste pour se libérer de vanités futiles et incarner une humilité qui peut faire rappeler à l’humain qu’il n’est ni ange, ni démurge, ni dieu, ni surhomme.

Aussi, plus qu’un autre, c’est celui qui, à la tête du pays depuis quelques mois, a à s’inquiéter des interférences d’un homme dans le champ de son pouvoir sur lequel il laisse planer quelques confusions comme s’il ne devrait être investi que pour la forme pour ne servir que de marionnette à un autre qui pourrait se croire plus légitime à gouverner et donc à manipuler un autre, ne serait-ce que par procuration. Le Niger est en démocratie et dans un tel cadre le pouvoir est au peuple souverain, seul légataire du pouvoir pour investir un homme de son mandat pour le diriger. On ne peut donc pas confisquer au peuple son pouvoir pour le corrompre et le soumettre à ses seuls désidératas. Ceux qui, autour de l’homme, le couvrent de mythes pour faire croire qu’il serait le meilleur de la terre et de l’Histoire, et qu’il serait de ce fait incomparable, se trompent. Le meilleur juge c’est le peuple et il n’appartient pas à des laudateurs de service d’écriture l’Histoire du pays pour ne pas avoir à la contrefaire. Ils peuvent lui écrire ou lui chanter toutes les épopées que leur imagination peut produire pour l’orgueil de leur idole, la vérité de ce qu’aura été sa gestion est, elle, têtue : le pire souvenir que les Nigériens pouvaient avoir de ce qu’un homme élu démocratiquement pourrait à faire de son peuple.

Le nouveau président doit donc s’affirmer, refuser la banalisation de son rôle pour occuper l’espace que lui donne la Constitution qui l’a investi président du Niger un 2 avril 2021 et ce même dans l’indignation et le rejet d’une opposition qui ne reconnaissait pas une victoire fabriquée. Mais c’est surtout parce que le Niger reste aux seuls Nigériens, non à un groupuscule d’hommes et de femmes qu’il doit assumer sa présidence qui ne dépend plus d’un homme mais d’un peuple auquel il doit travailler à plaire, à faire le bien.

Le Niger est donc aux Nigériens. Il ne saurait être l’héritage d’un clan.

Par Elhadj Omar CISSE