Problème d’hygiène et d’assainissement à Gaya : Le kori Forgo-béri ou la tourmente des habitants de la capitale du dendi

Gaya est une ville frontalière où les échanges commerciaux sont assez intenses. Ses caractéristiques de ville carrefour, font de Gaya un pôle d’attraction pour le business. Cette convergence vers la ville de Gaya accélère l’urbanisation qui induit de facto un certain nombre de défis liés aux problèmes d’hygiène et d’assainissement dans la ville. Aujourd’hui, le véritable problème de la municipalité de Gaya repose sur le kori du quartier Forgo-béri qui trouble le sommeil des responsables de la commune urbaine de Gaya et des riverains, victimes directes de ce kori. La dégradation de ce kori qui empêche de façon systématique la ville de Gaya de s’agrandir du coté Sud a pris de l’ampleur que ces cinq (5) dernières années.

Comme la ville de Gaya se trouve dans une zone où il pleut abondamment, le kori du quartier Forgo-béri charrie, en cette période des pluies, les eaux de pluies jusque dans la ville. Du coup, les habitants de ce quartier scrutent constamment le ciel et suivent attentivement le moindre mouvement des nuages car, chaque pluie est un moment d’inquiétude et de stress. En effet, une récente évaluation des dégâts causés par le kori du quartier Forgo-béri fait état, selon le maire de la commune urbaine de Gaya M. Boureima Mounkaila, de 30 ménages qui ont quitté leur habitation et 200 parcelles de 400 m2 littéralement envahies. Le kori avance à un rythme accéléré et pourrait, si rien n’est fait, séparer la ville de Gaya et les autres villages environnants comme par exemple celui de Kessa.

Fort heureusement, une mission parlementaire de la Commission Finances et Budget qui avait séjourné à Gaya a été alertée. C’est ainsi que des instructions ont été immédiatement données à la direction départementale du génie rural d’aller étudier le terrain afin de voir quel type d’ouvrage convient pour freiner la dégradation des berges de ce kori. Sur le terrain, les travaux ont commencé. Les équipes du génie rural sont à pied d’œuvre pour contrecarrer ce Kori long de trois (3) kilomètres. Des tas de grosses pierres sont visibles par endroit sur le terrain. La seule voie qui mène vers les champs des populations au sud menace de céder. Dès qu’il pleut, les responsables de la mairie et les riverains sont dans la tourmente. La fragilité du sol fait en sorte que le Kori gagne de plus en plus d’espace.

Un peu plus loin, des travaux de génie rural sont en cours. Les agents tentent colmater les brèches pour éviter que la voie cède. Dans ce quartier périphérique de la ville de Gaya, les champs de mil et de sorgho à proximité ne sont guère épargnés par la furie dévastatrice du kori. C’est pourquoi, le maire de Gaya conseille aux riverains d’être vigilants aux éventuelles précipitations de nuit. Ce qui accentue la menace, a expliqué le maire Boureima Mounkaila, c’est surtout la colline de Tondi-Kaina située à quelques encablures de Gaya qui draine les eaux vers le kori. Il ya aussi l’action des charretiers qui prélèvent du sable. Face au second obstacle, le maire envisage une patrouille pour démanteler les acteurs.

Un ouvrage en construction pour sécuriser les populations

Selon le directeur départemental du génie rural M. Abdou Idi, la ville de Gaya est menacée par plusieurs koris. Il y a d’abord un kori du premier pont à coté de la préfecture. «Ici, la menace est réelle parce que c’est tour ce qu’il y a comme infrastructures administratives qui vont partir si rien n’est fait. Je vais parler du service des impôts ; la sureté ; la préfecture et le goudron principal. Cette situation avait fait l’objet d’une visite conjointe à trois reprises : deux missions parlementaires et une mission du Conseil régional», a souligné le directeur départemental. S’agissant du kori Forgo-béri, celui-ci est un véritable casse-tête parce que le problème de Forgo-béri est qu’il croise l’unique voie d’accès qui relie la commune de Gaya aux autres villages jusqu’au Nigéria. Il y avait la voie du projet fruitier qui servait de contournement. Mais, dès que la saison des pluies commence, elle est inaccessible. Le seul recours, c’est Forgo-béri où on relève aussi deux, voire trois contraintes majeures qu’il faut rapidement résoudre.

«En saison de pluies comme c’est le cas maintenant, lorsqu’on se trouve de l’un ou de l’autre coté et qu’il a plu, il vous faut trois ou quatre heures d’attente, le temps que l’eau finit son écoulement. La seconde contrainte du kori Forgo-béri, ce sont les habitations tout autour. La zone est lotie et toutes les maisons sont envahies par les eaux du kori. La troisième contrainte, c’est que le kori Forgo-béri est une des sources d’ensablement du fleuve Niger. Il y avait donc ces trois soucis combinés : rendre le trafic permanent ; stopper l’ensablement du fleuve et assurer l’évacuation des groupes vulnérables», a expliqué M. Abdou Idi. 

L’ouvrage actuellement en train d’être réalisé sur le kori Forgo-béri est appelé dans le jargon génie rural «Macadam». C’est un ouvrage qui ne répond pas à une seule fonction. Cet ouvrage doit répondre aux trois contraintes énumérées ci-haut. La caractéristique principale du kori Forgo-béri, c’est qu’il a une pente raide qui fait tomber plusieurs personnes à mort et même des animaux à attelage. C’est pourquoi, dans le cadre des travaux en cours, le génie rural a cassé la pente. Le terrain est devenu plat à la satisfaction des populations.

Un investissement lourd pour être supporté par la commune 

Avec la décentralisation, il revient aux mairies de prendre en charge ces problèmes liés à l’hygiène et l’assainissement. Toutefois, il faut reconnaitre que les municipalités n’ont pas les ressources nécessaires pour faire face aux effets environnementaux sur les communes. M. Abdou Idi rassure toutefois les populations de Gaya qu’avec la réalisation de ce «Macadam» le problème sera réglé dans deux ans, à condition bien entendu que la mairie s’y mette, parce qu’il faut rehausser l’ouvrage chaque année. Le taux d’exécution de l’ouvrage «Macadam» est quasiment à 100 % car, c’est le seul bassin de dissipation qui reste à traiter par le génie rural pour un montant global de 12 millions TTC. Au départ, c’était un devis de 800 millions pour le traitement global. Cependant, explique le directeur départemental du génie rural, la morphologie du terrain a changé. «A chaque jour qu’on avance, c’est des initiatives nouvelles qui viennent. Si l’ouvrage «Macadam» arrive à résoudre tous les problèmes, l’enveloppe ne peut plus atteindre ce montant. Notre souhait ardent, c’est de finir définitivement avec les ravinements. Pour ce faire, il faut réaliser des endiguements en gabion le long de la partie aval pour stabiliser l’érosion», a relevé le directeur départemental du génie rural. 

Hassane Daouda, Envoyé Spécial

21 septembre 2021
Source : http://www.lesahel.org/