Ali Téra : le ‘‘King’’ sorti du trou noir de la Renaissance II après deux années de goulag

Les Nigériens, tant de l’intérieur que de la diaspora connaissent bien l’homme qui était devenu au fil de ses publications qui fâchent, la bête noire du régime d’Issoufou. Activiste des réseaux sociaux vivant aux Etats-Unis dont les publications sont abondamment partagées par les internautes, avait fini par trop déranger le régime d’Issoufou dont il dénonçait, souvent sans vernis, les tares, non sans une ironie caustique qui avait beaucoup agacé. Le « terre à terre » de sa critique gênait et, loin du pays, le régime souffrait de ne pas pouvoir mettre la main sur son détracteur officiel, tapis dans l’ombre bienfaisante et protectrice d’une démocratie américaine qu’on avait cru incapable de se rabaisser pour servir des intérêts personnels, pardon, des haines personnelles. Le régime de l’époque qui s’était ainsi radicalisé, avait alors mis tout en branle, usant de relations et de dénonciations pour avoir, pour ses vanités, son désir de vengeance, ce pour se servir d’un tel « gros gibier » pour se flatter devant les siens, d’avoir enfin eu la peau de l’homme qui le défiait. L’individu servait la raison d’Etat que pouvaient manipuler des hommes qui peuvent descendre de l’échelle de leur rôle pour affronter un homme, comme pour le blesser moralement, et lui faire regretter ses audaces, peut-être pour eux, son incivilité.

Le jour où Issoufou et son système eurent leur victoire rêvée sur l’activiste Ali…


Se servant de ses complices aux Etats-Unis qui peuvent aider à l’extradition d’Ali Téra, sans aucun respect pour sa dignité – car n’ayant jamais tué ni volé – ses images sont diffusées dans le monde, sur les médias sociaux, non sur les médias traditionnels comme pour montrer qu’il s’agit bien d’un règlement de compte, d’une affaire de personne, non d’une raison d’Etat comme on voudrait le faire passer. Ces images envoyées sur la toile, comme on peut l’imaginer firent de bonheur de bien de personnes qui peuvent croire que cette arrestation tout à fait discutable, pouvait régler les problèmes du Niger. Il y en avait donc qui en avait ri, heureux certainement des déboires de celui que ses fans appellent affectueusement, « the king of the king ». On trafiqua même ses images pour nourrir cette aigreur, ce désir morbide de vengeance comme pour ses réjouir de son malheur, de ce qu’il serait devenu, après l’Amérique, l’homme le plus malheureux de la terre, présenté délabré par certaines images manipulées. On pensait que l’homme tenait les discours qui étaient les siens parce que ce qu’il serait loin du pays et donc inaccessible pour la justice du pays, mais ses bourreaux ne pouvaient s’imaginer les convictions tenaces de l’homme, l’engagement d’un homme qui ne se battait que pour la justice, que pour la bonne gouvernance, que pour que chaque Nigérien trouve sa place dans le pays sans avoir besoin de la mendier ni même de la négocier, de la marchander, pour tout dire pour que le Niger aille mieux. Dans ces conditions, on s’en souvient, l’arrivée forcée d’Ali Téra à Niamey avait été vécue comme une grande victoire dans certains milieux du pouvoir de l’époque et ceux qui peuvent se servir de la justice et de leur position de pouvoir pour brimer l’homme, pouvaient croire que leur « colis » expédié de States pouvait avoir les remords de ses critiques qui l’ont conduit dans de telles conditions à revenir au pays, et ce après avoir vécu pendant des décennies dans le pays de l’Oncle Sam, non sans avoir rendu bien de services à des Nigériens de tous bords et de toutes conditions.


Au même moment, ceux qui croyaient à son combat, souffraient de le voir ainsi malmené par des adversaires qui n’ont que faire de sa dignité, prêts à l’agenouiller pour se rire de son rabaissement. Mais ils oubliaient que l’homme à qui ils avaient à faire n’était pas du genre à se dédire, ni même à reculer dans ses combats.


Un homme digne et brave…
Ali Téra, sitôt arrivé, directement des Etats-Unis, trouvera sa cellule à la prison de haute sécurité de Koutouklalé aménagée pour son « confort » gratuit – souriez lecteur de l’ironie –, et on peut imaginer par le décalage de ce qui aura été sa vie pendant ces vingt dernières années en Amérique et ce que ses « amis » lui réservaient là, toute l’amertume de l’homme en ce jour certainement grave dans sa vie et on peut comprendre qu’il faut un moral d’acier pour tenir, et pour rester digne, sans se dédire. Mais ce soir, Issoufou et certains son clan pouvaient enfin dormir bien : Ali Téra est dans leur geôles, en cage pour leur bonheur. Dans les conditions qu’on créait pour l’intimider et pour lui briser le moral, Ali, en face de ses oppresseurs, se fit digne : un homme et un vrai, a une parole et restant droit dans ses bottes, prêts à vivre le calvaire qu’on lui fit pour l’accueillir dans son pays. Ceux qui aimaient sa parole, finirent par se relever, fiers que leur héros ne se soit pas mis à genoux, assumant son combat et acceptant stoïquement les épreuves qu’on lui fit subir : on n’a qu’une vie et il faut la vivre digne. Les enfants qu’il laissait aux Etats-Unis étaient fiers d’une telle conduite du père, la famille d’un enfant qui ne la déshonore pas, heureux tous sans doute de retrouver en lui l’honneur par laquelle, pour toujours, ils resteront debout et fiers. Et pendant deux ans, il est resté dans le goulag de la Renaissance d’Issoufou jusqu’à ce lundi matin du lundi 9 octobre où le Juge consent enfin à le mettre en liberté. Son image avec son avocat, Me. Mossi, à sa sortie de prison, fit le tour du monde, l’information largement partagée sur les réseaux sociaux, suscitant chez beaucoup de fans un sentiment de soulagement.


Par la persécution, la Renaissance élève au rang de martyrs ceux à qui elle fit le mal
Ali Téré n’a pas été détruit. Magnanime, il garde son aura auprès de certains Nigériens. Depuis sa sortie de prison, un soleil se lève aux portes de son coeur et depuis, sa maison ne désemplit pas, parents, amis et connaissances, se bousculent et se relayent chez lui pour lui exprimer leur compassion et la joie qui les animent suite à sa libération pour se retrouver parmi les siens.


Temps nouveau… ?
Il est évident que pour beaucoup d’observateurs, si Issoufou Mahamadou avait été là, Ali Téra ne verrait pas la lumière du jour. Sa libération est ainsi vue dans certains milieux comme le signe que le pays pourrait être dans une nouvelle ère.
Lorsqu’on sait que, après Ali Téra, d’autres – et ils sont nombreux – croupissent encore en prison, arrêtés depuis l’exception d’Issoufou où on peut aller en prison sans une décision judiciaire pour y sortir plusieurs années après, avec un non-lieu, l’on ne peut d’une part que saluer la décision de libérer le « King », signe peut-être d’une décrispation et d’une nouvelle ère de justice et de vérité et d’autre part de prendre la mesure des dérives d’un socialisme issoufien qui n’avait rien de socialiste et de démocratique.


Peut-on en effet comprendre que des hommes qui n’ont de faute que d’avoir porté une parole déplaisante, même injurieuse à la limite, passent des années en prison, quand dans le pays, dans le même Etat de droit, sous les mêmes lois, de grands voleurs qui ont pris au contribuable des milliards, souvent des dizaines, et dans certains cas des centaines, se la coulent douce, intouchables, et arrogants vis-à-vis du peuple ? Au nom de quelle loi – et où en trouver la pertinence – un insulteur, si c’en est un, va pour longtemps en prison, et qu’un Etat qui se veut responsable soit capable de comprendre des hommes qui auront commis le crime de prendre au peuple des milliards, de lui voler son argent pour imposer qu’on les protège ? Ces injustices sont à bannir dans notre société et les Nigériens, appréciant l’allure du nouveau régime, semblent observer une trêve au bénéfice du nouveau président qui doit pouvoir capitaliser un tel acquis quand on sait la rémanence des rancoeurs dans un pays endolori par un socialisme contrefait, belliqueux, presque avarié sous nos tropiques.


Il y a à en prendre conscience car lorsqu’on voit les foules qui se pressent chez le prisonnier d’Issoufou c’est qu’il n’est pas devenu le pestiféré qu’on l’on a voulu créer, le paria qu’on a cru ainsi fabriquer par la stigmatisation dont il a été l’objet. Nombreux sont en effet ceux qui se rendent chez lui pour poser avec lui et cela pourrait montrer que malgré des aspects décalés de ses interventions sur les réseaux sociaux, son discours reste audible, situé dans un contexte fait de malaises et de rancoeurs tenaces. Le Niger a besoin de paix et seul Bazoum peut décider de créer les conditions d’une pacification du pays, d’un apaisement et d’une réconciliation aujourd’hui indispensable. Et tout le monde regarde…
ISAK