Insécurité : Sauver la région de Tillabéry

Depuis que les forces russes ont commencé à frapper les djihadistes au Mali, le Nord de ce pays est en train d’envoyer des vagues de terroristes tant au Burkina qu’au Niger. En effet de plusieurs sources concordantes, on a appris que les soldats russes ont réalisé des prouesses que jamais les français n’ont enregistrées depuis leur très longue présence au Mali à travers deux opérations tonitruantes. Sans atermoiement ni fébrilité, comme les Français, les Russes ont commencé à frapper très fort les djihadistes du Nord du Mali ; au point où on parle déjà de la libération très prochaine de cette région que les djihadistes ont transformée en un bastion acquis grâce à la complicité tacite des soldats français. Ainsi, menacés dans leur repaire patenté, les djihadistes sont en train de fuir le Nord Mali. Leurs directions, le Burkina et le Niger.

C’est dans ce contexte scabreux que nos autorités ont annoncé leur décision d’accueillir les réfugiés du Mali ! Étonnant ou imprudent ? Certes le Président Bazoum Mohamed a témoigné de compassion et de bonne foi en acceptant d’héberger les réfugiés maliens. Et, ce sont des vagues qui seraient entrées au Niger, notamment dans le département de Tillabéry, aux confins de la zone des trois frontières (Burkina- Mali-Niger). Certes, nous sommes solidaires de notre Président. Cependant, apprenons à retenir et même à appliquer les enseignements de l’Histoire, surtout si elle est très récente. Souvenez-vous de la manière dont nous avons amené Boko Haram dans la région de Diffa. C’est bien par l’intermédiaire des réfugiés du Nigéria que certains combattants de Boko Haram sont arrivés dans la région de Diffa. Que voulez-vous ? Quelle différence y at- il entre un djihadiste de Boko Haram et un pur habitant de la région de Diffa ? On peut se poser la même question sur les réfugiés ou djihadistes venant du Mali ou du Burkina et les habitants de la région de Tillabéry. Ce sont pratiquement des populations qui ont les mêmes habitudes tant alimentaires, vestimentaires que coutumières. Ils s’habillent de la même façon, ils ont les mêmes traits physiques, ils parlent les mêmes langues et dialectes, bref, rien ne peut les distinguer véritablement. A la rigueur, on peut dans leurs comportements déceler des troubles psychologiques liés à l’une ou l’autre des situations. Un simple réfugié ayant fui la guerre n’a pas le même degré de déstabilisation qu’un mercenaire djihadiste. Néanmoins, ce sont des différences difficiles à saisir, notamment par des populations déjà traumatisées par des attaques sporadiques et meurtrières C’est dire que la décision prise d’accueillir les réfugiés du Burkina ou du Mali risque de nous coûter très chère. D’ores et déjà, en moins de deux mois, les attaques les plus sanglantes sont enregistrées dans la région. En effet, après avoir carrément pris en otage l’axe Niamey- Burkina qui passe par Torodi, Makalondi et Kantchari, les djihadistes s’en prennent à présent à l’axe Téra-Dori. La dernière des attaques vient d’emporter de manière effroyable une dizaine de gardes nationaux et des gendarmes, calcinés après des tirs de roquettes sur leur convoi. Cet acte dénote non seulement la proximité des djihadistes des populations mais aussi une présence relativement catastrophique. Voyez à quelle distance on peut lancer des roquettes, que ce soit sur les épaules ou d’un point fixe d’un engin. Voyez la grandeur de telles armes et artifices ! Dire que des individus peuvent circuler allègrement avec de tels engins de morts jusqu’au bord d’une route officielle, cela dénote d’une prise de risque énorme. Ceci dit, les djihadistes sont non seulement nombreux mais aussi très présents dans tous nos villages et hameaux, dans toutes nos villes, dans tous les recoins de notre paysage et environnement. Aujourd’hui, sortir à sept kilomètres de Niamey, ou même moins, serait une prise de risque énorme. Qui sait si ces individus ne sont même pas présents à Niamey ? En tout cas, l’efficacité du contrôle de la police a permis de mettre la main sur deux djihadistes présumés venus acheter des motos en plein centre de Niamey. Comment sont-ils rentrés ? Où ont-ils séjourné ? Quels sont leurs liens parentaux, amicaux ou d’action ici à Niamey ? Toutes ces questions ne sauraient trouver de réponse concrète et cela corrobore nos appréhensions sur le fait que ces individus ont les mêmes pratiques et habitudes que les gens du terroir. Circuler avec les photos des deux suspects à Niamey et repérer combien de personnes sont habillées de la même façon qu’eux.

Ceci dit, le danger est réellement présent, très proche et même tapis au sein de la population. Nous n’avons nullement besoin d’en rajouter en achetant un autre par l’intermédiaire des réfugiés que nous accueillons sur notre sol. Il y a certes des clauses tant bilatérales qu’internationales que défendent plusieurs institutions et organismes des Nations Unis et de la coopération internationale. Le premier cité dans ce cas est le Haut-commissariat aux Réfugiés qui veille au grain sur toutes les questions d’admission et de traitement des réfugiés. Cependant,ces gens doivent savoir que nous avons une histoire et une expérience inébranlable sur cette question. Nous ne saurions commettre l’erreur qui a prévalu à Diffa ou avec le Mali qui a accueilli sur son sol les réfugiés libyens qui ont fini par diviser leur territoire. Nous respectons tous les accords qu’il faut, cependant nous ne saurions ouvrir les bras au danger. Du reste, même avec la constitution des camps de réfugiés, l’Histoire a démontré que les fuites et infiltrations sont monnaie courante dans ces situations. En effet, certains camps de réfugiés sont régulièrement fréquentés souvent nuitamment pas des djihadistes. Que voulez-vous ? Certains ont des liens de parenté directs avec les réfugiés. Que feriez-vous de quelqu’un qui vous présente un certificat de mariage et qui est venu rejoindre son épouse au camp ? Que feriez-vous d’un parent qui vous présente une carte de famille composée des gens qui sont dans le camp ? La situation est très difficile à maîtriser de façon effective. Pour l’heure, ces zones sont en état d’urgence et on doit le faire comprendre à qui de droit. Aucune personne étrangère n’a le droit d’être admise dans cette zone. Aucun nouveau camp ne doit être implanté. Aucune personne ne doit rentrer dans le pays à partir de cette zone des trois frontières même si elle est handicapée des pieds et des mains. C’est une question de temps. Les choses,les visites, les voyages, les va-etvient reprendront dès que la situation aurait été maîtrisée. C’est le genre de décision que nos autorités doivent prendre de façon courageuse. Au vu des attaques sanglantes et ignobles que nous enregistrons ces derniers temps dans la région de Tillabéry, il y a lieu de serrer les coudes et de ne tergiverser sur aucune décision qui peut alléger ou mettre fin à la souffrance de nos frères. C’est toute une région du Niger qui est aujourd’hui inactive ; toutes les écoles du département de Téra sont fermées ; rien ne circule; les commerces à travers les marchés hebdomadaires sont suspendus. A cela il faut ajouter une saison pluvieuse des plus catastrophiques. Du reste, ces populations n’ont jamais eu la quiétude nécessaire pour mener à bien leurs activités agricoles ; si ce ne sont des camps entiers brûlés ou détruits par les djihadistes.

Pour cette région de Tillabéry, un sursaut national s’impose. En effet, la solidarité doit se manifester à tous les niveaux en faveur des populations de cette région. Un plan national doit être mûrement réfléchi afin de sauver tous les secteurs de vie de cette région. La communauté tant nationale qu’internationale doit se mobiliser pour arrêter la descente aux enfers des populations. Il faut agir vite, très vite car petit à petit, les djihadistes s’y installent chaque jour que Dieu fait.

Kailo