Flagrant délit de fraude d’hydrocarbures : La base militaire américaine au Niger, objet d’une plainte à la HALCIA

/images/Halcia-Renaissance.jpgLa base militaire américaine à Agadez, au Niger, est désormais dans le collimateur de la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (Halcia). Au centre d’un scandale qui fait beaucoup jaser, ces derniers temps, la base militaire américaine ou plutôt ses responsables est plutôt mal barrée. En fin août, selon des sources dignes de foi, une plainte la visant a été formellement déposée auprès des services de la Halcia par un citoyen nigérien qui avoir requis l’anonymat sur son identité. Dans son courrier portant en objet ‘Déclaration de fraude », le témoin à charge indique que le 21 août 2019, neuf camions citernes immatriculés au Ghana et disposant d’une capacité de 54 000 litres ont livré du gasoil de type 50 pour la base américaine. Ces camions citernes viennent du Ghana et ne disposent d’aucun document les autorisant à importer du carburant au Niger. Pour tout document, les camions- citernes en provenance du Ghana, au nombre de 12 au total, les chauffeurs ont été munis d’un sauf-conduit signé par le deuxième conseiller au nom de l’ambassadeur du Niger, Alhousseïni Ousmane. C’est ce laissez-passer que les conducteurs des camions citernes ont dû montrer à toutes les douanes et polices du Ghana, du Togo, du Bénin et du Niger.

L’ambassadeur Alhousseïni Ousmane, un plus-que-proche de Mahamadou Issoufou

Dans ce document, qu’une source politique a qualifiée de belle insulte pour le Niger, le diplomate nigérien en poste à Accra depuis deux ans, a demandé aux autorités civiles et militaires des pays traversés, y compris le Niger, de laisser passer le convoi qui transporte, a-t-il souligné, du carburant pour la base militaire américaine. Ce plus-que-proche du Président Issoufou dont il a été un conseiller spécial jusqu’à sa nomination au poste d’ambassadeur au Ghana, le vendredi 16 juin 2017, à l’issue d’une réunion du gouvernement. Il soufflait, dit-on dans l’oreille de Mahamadou Issoufou dont il était, confient certaines sources, l’homme des affaires qui ne sauraient être connues de tout le monde. Autant dire que Alhousseïni Ousmane est un homme de confiance du Président Issoufou. Et si de nombreuses spéculations l’ont présenté comme un maure qui ne tient pas sa langue et qui aurait écopé de cet éloignement du centre du pouvoir parce qu’il aurait rapporté plein d’informations confidentielles à Mohamed Bazoum, il reste qu’une source interne au Pnds a confié au Courrier qu’Alhousseïni Ousmane reste et demeure un homme de confiance du Président Issoufou. Formel, il soutient que si vous voyez Alhousseïni Ousmane quelque part, ne cherchez pas loin, Mahamadou Issoufou y est.

Qui vend du carburant à la base militaire américaine sur le dos de la Sonidep ?

Ce trafic de carburant importé au détriment de la Sonidep et du Niger implique certes, l’ambassadeur Ousmane qui a fourni le saufconduit. Or, c’est un marché de plus de quatre milliards de francs CFA, concocté avec des responsables de la base militaire américaine au Niger. Pour de nombreux lecteurs du Courrier qui ont réagi à la révélation, la semaine dernière, du scandale, il est clair qu’Alhousseïni Ousmane, dont on connaît la servilité vis-à-vis du Président Issoufou bien avant son accession au pouvoir, ne peut se permettre une telle permission sans la «bénédiction» de son patron. Du reste, le ministre des Affaires étrangères a été soigneusement tenu à l’écart de l’affaire. Pourtant, le jour de la signature du laissez-passer, l’ambassadeur Ousmane était encore à Niamey depuis belle lurette. Il avait tout loisir d’en parler à son supérieur hiérarchique direct. Mais il a plutôt instruit un de ses collaborateurs, le conseiller Dan Barma Aboubacar afin qu’il signe le sauf-conduit par ordre. Tout laisse croire que certaines autorités publiques nigériennes et des responsables de la base militaire américaine au Niger ont négocié entre eux ce deal frauduleux. À Niamey bien avant la 33e conférence de l’Union africaine, Alhousseïni Ousmane a été, selon des sources politiques très crédibles, aperçu à plusieurs reprises en compagnie de l’ancien directeur général de la Sonidep, Ousmane idi Ango. Ces entrevues régulières ont-elles un lien avec ce deal d’hydrocarbures importés ?

Le Fmi épingle la HALCIA pour son indolence préjudiciable à la lutte contre la corruption

La société américaine basée au Ghana et dénommée CRUDENERGY par laquelle le carburant est transporté via Agadez , une société de transport, aurait d’ailleurs contacté la Sonidep aux fins de négociation. « C’était, de l’avis du témoin à charge qui a dénoncé l’affaire auprès de la HALCIA, une vulgaire façon de dissimuler la fraude ». Quoi qu’il en soit, l’affaire a atterri à la HALCIA. Mais il n’y a pas de quoi s’emballer pour les organisations de lutte contre la corruption. Outre le fait qu’Alhousseïni Ousmane est un homme-clé de la galaxie Issoufou et que la HALCIA est rattachée à la présidence de la République, l’affaire du permis biométrique a montré la sélectivité des dossiers de corruption et infractions assimilées traités par cette institution qui fait finalement beaucoup de boucan pour rien. Dans un communiqué rendu public le 18 septembre 2019, le ministre des Transports, Karidio Mamadou a informé les usagers que les activités de traitement et d’édition du permis biométrique reprendront sur toute l’étendue du territoire national à partir du 23 septembre prochain. Selon des informations de source policière, des instructions ont été données à la HALCIA pour arrêter toute enquête à propos de l’affaire qui met pourtant en cause la société qui les permis . C’est dire si la HALCIA va mettre le coude sur ce scandale. Dans un rapport officiel rendu public en août 2019, le Fonds monétaire internationale (Fmi) a clairement indiqué que « la corruption est répandue et enracinée au Niger ». Et à propos de la HALCIA, le Fmi note que « alors qu’elle a été saisie d’un grand nombre d’affaires, elle n’en a référé jusqu’à présent qu’une poignée au procureur de la République ».

Laboukoye 

21 septembre 2019
Source : Le Courrier

Imprimer