Quand le Covid-19 étrangle la presse

Quand le Covid-19 étrangle la presse

Une démocratie sans presse n’en est pas une. Une démocratie sans voix plurielles, contradictoires, n’en est pas une. Aucune démocratie ne peut vivre sans une presse indépendante, capable de faire voir à tous les acteurs leurs défaillances. La critique journalistique. Une presse, malgré ces conditions de précarité que l’on sait, est restée digne, à accomplir sa mission, autant que possible dans le respect scrupuleux de la déontologie. Et elle a tenu le coup, bon an mal an. Mais non sans fierté. Pour la démocratie. Pour le Niger. Cette presse peut d’ailleurs s’en féliciter car le lectorat nigérien ne manque pas de lui devoir une fidélité qui en fait aujourd’hui, la presse la plus cotée du pays, la plus lue, et sans doute aussi, en même temps, la plus crédible car ne pouvant se nourrir que d’éloges mais de liberté d’esprit.

C’est surtout le confinement imposé par la pandémie du coronavirus qui a aggravé la situation de la presse écrite. Déjà, depuis quelques mois, certains titres n’apparaissent plus, ayant disparu des kiosques, n’ayant pas tenu au contexte de pandémie. Des plumes se sont ainsi cassées depuis des mois, et d’autres ne pouvant plus paraître régulièrement. Cette situation, peut-elle faire l’affaire d’un régime ? Quel régime ne peut pas saisir l’importance d’une presse libre à côté de lui pour l’aider à comprendre ses tares afin de les corriger éventuellement ? Comment ne pas se poser ces questions au Niger quand on sait que l’effort des socialistes à un moment était d’étouffer les libertés, de museler la presse dont les acteurs ont connu moult harcèlements, la prison, la bastonnade, et s’attaquer à leurs espaces de travail mille séquestrés et violés. Souvent, l’on s’est permis de les éteindre dans l’environnement médiatique par des redressements fiscaux qui n’avaient d’objectif que de nuire. Sous la Renaissance, c’est moins dire, que d’affirmer que la presse avait connu des moments difficiles.

Qui n’a d’ailleurs pas en mémoire, la manière peu civile et peu morale, de traquer ce journaliste célèbre du Groupe Bonférey – Baba Alpha – jeté en prison avec son vieux père puis jeté sur une frontière comme un déchet humain sous la signature de l’actuel ministre de l’Intérieur, candidat du pouvoir qui pouvait savoir qui est, dans ce pays, Nigérien, et qui ne l’est pas pour signer le sauf-conduit qui l’expulsait sans la manière du pays, sans aucun respect ni pour sa femme nigérienne et ses enfants, Nigériens aussi par le droit nigérien. Mais taisons ces pages sombres d’un pays où des hommes politiques se sont refusé à grandir pour gouverner et avoir de la magnanimité dans leurs actions et dans leurs gestes.

On ne gouverne pas pour faire le mal, mais pour faire, autant que possible, le bien pour tous, car comme le dit un adage songhoy, « même la corde rapiécée pourrait servir un jour ». On ne sait jamais quand on aura besoin d’un autre, la vie étant imprévisible. Or, les socialistes, comme si leur nouvelle fortune est irréversible, ne peuvent soigner leurs relations avec un autre. Que font-ils de la foule de leçons de morale tirées des contes étudiés à l’école ou écoutés au village auprès de grands-parents ?

L’environnement des médias est des plus précaires, avec des entreprises peu viables, des journalistes sous-payés, une subvention modique de l’Etat, octroyé depuis un an, sous la conduite éclairé du président de l’autorité de régulation, sélectivement, à la tête du client comme dirait un autre. Peutil oublier que cet argent, n’est que celui du contribuable nigérien ni d’un régime, auquel il pourrait être soumis, afin de servir d’interface avec les médias, pour, au plaisir de ceux dont ils jouent la politique, non pour l’épanouissement réel de la presse nigérienne, faire payer à certains organes, leur insoumission. Mais, en dépit de toutes les justifications à l’emporte-pièce données par l’organe partisan, tous les observateurs ont fini par comprendre la manoeuvre : et ça rabaisse les missions de l’organe de régulation comme ça rabaisse le niveau d’un homme qui aurait pu s’élever au-dessus de certaines considérations, pour faire honneur à son rang. Les critères inventés et subjectifs pour exclure de la subvention ne visaient pas moins que les redressements fiscaux d’une époque, et ça, même les abrutis ont fini par le comprendre. C’est bas. Il fallait, en effet, trouver le moyen d’étouffer financièrement des organes de presse qui résistent et peuvent même dans les conditions difficiles qui sont les leurs, sans soutien particulier, tenir jusqu’au bout sans s’aliéner, jouant librement leur rôle.

Soutenir la presse c’est aussi, soutenir la démocratie et la liberté d’expression.

Toute la presse, toutes tendances confondues, vit des périodes de vaches maigres que les mesures restrictives liées à la gestion de la pandémie du coronavirus sont venues compliquer. Les portes de certains grands clients sont fermées depuis le confinement et cela a réduit drastiquement la clientèle des journaux. Au même moment, par le confinement qui a considérablement réduit la mobilité de la population dans la ville, sur les carrefours notamment, les clients sont devenus rares au point où presque tous les journaux ont été contraints de réduire le tirage pour juste servir une clientèle fidèle qui leur permet de survivre. Les organes, tant bien que mal, essaient de tenir dans un tel contexte, sans aucun soutien, ni de l’Etat qui aura dicté ces mesures qui les étouffent ni même de la part de partenaires qui apprécient et exhortent le rôle de la presse dans la vie laborieuse de notre démocratie.

Faut-il d’ailleurs se demander si cette situation qui arrive aux médias nigériens, arrangent un gouvernement, qui après avoir échoué à éteindre bien d’organe, a enfin, une situation qui peut lui faire disparaître bien d’organes redoutés, encombrants, de l’environnement médiatique nigérien. Au premier mandat d’Issoufou l’on avait vu, à l’avantage du régime, une floraison de titres qui ornaient les kiosques, traduisant de la variété et de la richesse des voix et des plumes qui animent l’espace médiatique. Mais aujourd’hui parmi cette multitude de titre, il n’en reste pas plus de huit qui sont réguliers avec quelques autres qui paraissent occasionnellement. Plus de la dizaine ont carrément disparu, ne pouvant plus paraître.

Un plan Marshal pour la presse…

Il y a quelques jours, le président nigérien demandait au profit des pays africains un plan Marshal pour les aider à faire face aux difficultés liées aux mesures restrictives commandées par le pandémie du corona virus. Pour des entreprises de presse qui accomplissent, par un certain volontarisme, un service public d’une importance capitale, surtout dans un environnement où ils manquent cruellement de soutien, il y a à soutenir la presse dans ces moments difficiles qu’elle traverse car la mort de la presse ne peut qu’être celle aussi de la démocratie où les voix doivent autant être diverses et différentes. Certes beaucoup d’autres secteurs vivent mal ces moments, mais il y a à considérer le cas des médias qui ont vu leur espace d’influence se réduire du fait du confinement.

Cet appel au soutien à la presse, en ces moments, n’est pas une mendicité comme, ne peut l’être, l’aide que nos dirigeants demandent aux puissances du monde pour les aider à traverser ces moments particulièrement difficiles. Il ne s’agit pas d’aider des hommes, mais une institution – la Presse – qui reste, faut-il ne jamais l’oublier, le 4ème pouvoir.
Soutenir la presse c’est aussi, soutenir la démocratie et la liberté d’expression.

A.I
16 mai 2020
Source : Le Canard en Furie

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