Dialogue politique inclusif : Le Niger irait droit dans le mur

Dialogue politique inclusif : Le Niger irait droit dans le mur À quelques six mois des élections locales au Niger, les acteurs politiques continuent de se regarder en chiens de faïence. Depuis l'avortement - la nième tentative - du dialogue politique inclusif que le Premier ministre, Brigi Rafini, a pourtant annoncé avec beaucoup d'enthousiasme, la classe politique donne l'impression d'être engourdie, incapable de se parler pour vider les contentieux politiques qui la divisent et aller vers des élections apaisées, gage de stabilité politique et institutionnelle. Malgré l'urgence d'un consensus politique autour du processus électoral et de ses grands enjeux, tout semble grippé. Les blocs politiques ne se parlent pas alors que tous sont angoissés à l'idée de savoir qu'ils s'acheminent, lentement mais sûrement, vers des échéances électorales chargées de risques majeurs de conflits. Récemment, le Président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), maître Souna Issaka, a clairement dit dans le cadre d'une visioconférence des responsables de structures d'organisation d'élections de la CEDEAO, que le Niger ne pourrait pas faire l'économie d'un dialogue politique inclusif. Le processus électoral, a-t-il déclaré, bute non seulement à des obstacles d'ordre financier, mais il est également plombé par des questions d'ordre politique et légal. C'est dire que le défi est immense. Pourtant, le temps s'écoule sans que les acteurs politiques, le pouvoir en particulier, donne le moindre signe de vouloir décanter la situation.

Aurait-on choisi quelque part de miser sur le chaos ? Tergiversant là où les partenaires traditionnels du Niger en matière d'élection semblent très préoccupés et s'emploient à débloquer les choses, les acteurs politiques donnent l'impression d'avoir du temps devant eux. Pour le pouvoir, l'opposition veut imposer des règles de jeu que le rapport de force ne lui autorise pas. Seulement, la tradition politique au Niger, notamment dans le cadre du Conseil national de dialogue politique (Cndp), n'accorde pas la primauté au rapport de force mais au consensus sur les questions d'intérêt national. Quant à l'opposition, elle estime que le pouvoir souffle le chaud et le froid. S'il se fait publiquement passer pour le chantre du dialogue, en coulisses, il ne manque pas de créer les conditions et les artifices du blocage et de l'échec des pourparlers. Et dans cette confusion générale où les uns et les autres se rejettent la responsabilité de la paralysie, le chef de l'Etat, en fin de second et dernier mandat, joue la carte de l'indécision. Une posture que des partenaires confient avoir du mal à comprendre. Pourquoi refuse- t-il de prêter sa caution au processus de dialogue ? En novembre 2019, c'est son refus de signer un décret portant création du dialogue politique inclusif qui a constitué l'élément de blocage. Et pourtant, le Président Issoufou n'a jamais cessé de clamer qu'il milite et qu'il travaillerait à faire en sorte de passer le témoin à un autre président démocratiquement élu en 2021. À l'allure où vont les choses, le Niger, a fait remarquer un fonctionnaire des Nations unies, irait droit dans le mur et l'on craint le pire pour le pays.

Laboukoye

07 juin 2020
Source : Le Courrier

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