Le président et l’audit / Qui aurait pu ordonner l’audit ?

 La secrétaire de direction qui a rédigé une correspondance curieuse ? Le planton du Ministère de la Défense Nationale qui, par inadvertance a découvert un courrier compromettant ? Le fonctionnaire qui observait effaré un remue-ménage inhabituel ?

Ils auraient bien voulu le faire, mais il leur manquait les compétences et le pouvoir.

C’est le président qui a ordonné l’audit, nous dit-on. Depuis que l’information a été révélée, sa répétition est truisme, tautologie, pléonasme et lapalissade. Le président dont on parle, n’est président ni d’un club, ni d’un clan, ni d’une entreprise personnelle. C’est le président d’un République. Et la République, la Res - publica - c’est la chose publique. Parce qu’il est président de la chose commune, il a des responsabilités et des devoirs envers tous.

Il est le chef. Il est garant de l’unité nationale, de l’intégrité du territoire. Il assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et de la continuité de l’État. Il jure sur le Livre Saint, en l’occurrence le Coran, devant Dieu et devant le peuple nigérien :

  • de remplir les hautes fonctions dont il est investi ;
  • de ne jamais trahir ou travestir les aspirations du peuple ;
  • de préserver l’intégrité du territoire et l’unité de la nation ;
  • de respecter et défendre les droits et libertés des citoyens ;
  • de veiller à la neutralité de l’administration et au respect des textes qui consacrent sa dépolitisation ;
  • de se conduire partout en fidèle et loyal serviteur du peuple.

Et, en cas de parjure, il accepte de subir les rigueurs de la loi.

Ce qui s’est passé au Ministère de la Défense Nationale, en ce qu’il touche l’intégrité du territoire nigérien, l’unité nationale, les droits et libertés des citoyens, la neutralité de l’administration, la continuité de l’État et la loyauté du chef de l’État, appelait le président de la République à ses responsabilités et à ses devoirs.

Qui, mieux que lui devait ordonner cet audit?

Il aurait pû ne pas l’ordonner. On le lui aurait reproché. Il aurait failli à ses devoirs et responsabilités. Il l’a fait, il faut lui en reconnaître le mérite, dans les limites strictes de ses fonctions, de ses devoirs et de ses responsabilités. Que l’on arrête donc de chanter le refrain : « C’est le président qui a ordonné l’audit « comme s’il s’agissait d’une bravoure, d’un exploit ou d’une faveur. Du président de la République du Niger, qui qu’il soit par ailleurs, on attendrait qu’il agisse de la même façon, c’est-àdire qu’il accomplisse ses devoirs, et assume ses responsabilités, dans l’exercice normal de ses fonctions.

Farmo M.

06 juin 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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