Entente Issoufou/AREVA : Brader l’uranium du Niger en contrepartie du soutien de la France au hold-up électoral de 2016 ?

Entente Issoufou/AREVA Brader l'uranium du Niger en contrepartie du soutien de la France au hold-up électoral de 2016 ?L’histoire est trop récente pour être oubliée. Le Directeur de cabinet du président de la République Hassoumi Massoudou avait mené, on se rappelle, des négociations secrètes avec le directoire d’AREVA en France. Malgré sa présence dans l’Hexagone, le ministre des Mines Omar Hamidou Ladan dit Tchiana a été soigneusement tenu à l’écart des discutions portant pourtant, sur son secteur de prédilection : l’uranium. En son temps, cette affaire avait suscité beaucoup d’émois et de polémiques. Pourquoi, c’est le directeur de cabinet du Président Issoufou qui négocie directement avec AREVA en lieu et place du ministre des Mines ? Se demandait-on. Désormais, un coin de voile est levé sur cette interrogation ….

C’est un Accord de partenariat stratégique (APS) que le gouvernement nigérien avait choisi de signer en mai 2014 avec la multinationale française AREVA au lieu d’un contrat du genre habituel qui court sur dix ans. Plus tard, le Niger a annoncé avoir signé un accord « normal » avec sa partenaire. Malgré les exigences de la société civile notamment du ROTAB, Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire – Publiez ce que vous payez –le gouvernement s’est refusé de publier ledit accord, préférant verser dans le dilatoire.

Aujourd’hui, avec la publication du bilan des activités d’AREVA conformément à une exigence de l’Union Européenne, l’on en sait un peu plus sur les dégâts que cet accord, pompeusement qualifié de « gagnant-gagnant » par nos autorités, a causé dans les caisses de l’Etat. « en 2015, le Niger n’a reçu que 7% des paiements d’Areva au pays producteur » c'est-à-dire que notre pays n’a bénéficié que de 7% de l’enveloppe totale déboursée par AREVA au profit des pays dans lesquels elle extrait l’uranium. Le Kazakhstan s’en est sorti avec 37%.

En termes moins techniques, le Niger a été grugé du fait de ses propres dirigeants. Lisez un extrait du Rapport publié  à cet effet.

« En 2013, la redevance versée par Areva pour l’exploitation de la mine d’uranium de la Somaïr – l’une des plus grandes au monde – était de plus de 15 millions d’euros (ndlr, environ 9 825 000 000 FCFA). En 2015, elle n’atteignait même pas 11 millions d’euros (ndlr, environ 7 205 000 000 FCFA), alors que le volume de production était équivalent. Les données publiées par le groupe français mettent en lumière que la baisse de la redevance est en partie due à la diminution du prix d’enlèvement de l’uranium [le prix auquel Areva achète l’uranium à la mine], passant de plus de 110€ (ndlr, environ 72 050 FCFA) par kilo d’uranium à moins de 79€ (ndlr, environ 51 745 FCFA). Cette baisse du prix a fortement influencé la rentabilité des mines d’Areva. Or, c’est justement sur la rentabilité des mines que le taux de redevance est indexé. Cette baisse du prix n’est pas un aléa du destin, c’est le fruit de négociations entre Areva et le Niger, en parallèle des discussions portant sur le régime de redevance. Les négociations ont en effet entériné l’indexation du prix d’enlèvement de l’uranium sur des indices de marché aux prix très bas qui ne correspondent pas au modèle économique réel d’Areva. Si le prix n’avait pas été renégocié, le nouveau régime de redevance aurait permis au Niger de toucher une redevance de plus de 25 millions d’euros (ndlr, environ 16 375 000 000 FCFA) pour l’exploitation de l’uranium de la Somaïr, soit près de 15 millions d’euros de plus. En croisant les données publiées par Areva avec celles publiées par les douanes nigériennes, notre analyse a également mis en exergue que l’uranium exporté par Areva serait sous-évalué par rapport aux exportations d’uranium nigérien. En moyenne, une tonne d’uranium vendue par la branche d’Areva Niger à sa maison mère serait ainsi valorisée à moins de 79€ (ndlr, environ 51 745 FCFA), alors que le même uranium, provenant des mêmes mines, serait en moyenne exporté à plus de 90€ (ndlr, environ 58 950 FCFA) par les autres acteurs au Niger. Cette vente à un prix sous-évalué diminuerait les bénéfices de la branche nigérienne d’Areva, ce qui permettrait à l’entreprise française d’échapper à l’impôt sur les bénéfices nigérien. Correctement valorisées, les exportations d’uranium d’Areva auraient pu rapporter jusqu’à 30 millions d’euros (ndlr, environ 19 650 000 000 FCFA) d’impôts au Niger en 2015, soit 18% du budget de la santé, dans un pays où l’espérance de vie dépasse à peine 60 ans. »

« Cette baisse du prix n’est pas un aléa du destin, c’est le fruit de négociations entre Areva et le Niger … » c’est la phrase qui retient l’attention. Ainsi, le gouvernement Nigérien a sciemment négocié pour perdre et faire gagner à AREVA plus d’argent que par le passé. Pourquoi un tel choix fait par tout un gouvernement qui prétend œuvrer au bonheur de son peuple ? Cette question nous permet de répondre à une autre à savoir pourquoi, c’est le Directeur de cabinet du chef de l’Etat qui a négocié et conclu les « Minutes de discutions » avec AREVA à l’insu du ministre des Mines Omar Hamidou Ladan. Ce dernier ne pouvait être associé parce qu’il est juste un allié du président de la République et en tant que leader d’un parti politique, il pouvait se révéler un adversaire aux élections de 2016.

AREVA a gagné de l’argent et le Niger ?

L’APS a donc été très bénéfique en espèces sonnantes et trébuchantes pour le géant nucléaire français. Notre pays a lui, perdu une vingtaine de milliards rien qu’en 2015. Où se trouve donc son intérêt ou celui de ses dirigeants dans les accords conclus avec la société française ? Tout porte à croire que la réélection du président Issoufou en 2016 a été mise dans la balance. L’on s’étonnait du silence de la France face au hold-up du 20 mars 2016 et de la violation des libertés publiques qui s’en ont suivis. Désormais, la raison est limpide : tu me donnes ton uranium, je te laisse poursuivre ton règne. Et la France ayant obtenu le bradage de l’uranium Nigérien, ne pouvait que se taire en soutenant le président Issoufou auprès des autres puissances désignées sous le vocable de « communauté internationale ». Voilà pourquoi, la France a rappelé manu-militari son ambassadeur en poste à Niamey aussitôt que celui-ci ne semblait pas vouloir jouer le rôle de complice du hold-up électoral en gestation. Et il a été remplacé par quelqu’un d’autre, ayant fait ses preuves dans un autre pays africain où le président en place a aussi réussi un hold-up électoral contre son peuple. D’ailleurs, aujourd’hui, certains nigériens désignent ironiquement l’ambassadeur français au Niger comme un « militant du PNDS-Tarayya », le parti du président Issoufou. C’est donc tout naturellement que la Grande France ferme les yeux sur ce qui s’est passé au Niger entre le 21 février et le 20 mars 2017, reniant du coup les valeurs qu’elle a toujours défendues chez elle et dans le monde. Aujourd’hui encore, les libertés publiques souffrent énormément dans le Niger, cette ancienne colonie de la France, sans que celle-ci n’ouvre la bouche pour piper mot. Mais c’est normal, elle a la bouche pleine, remplie de l’uranium Nigérien. Et ses soldats se pavanent sur la terre nigérienne comme bon leur semble ; ses avions de chasse survolent le pays à volonté, il n’y a pas de doute ; la France est en terrain conquis au Niger. Pourquoi se cramponner à des valeurs de démocratie et de république pour mettre mal à l’aise ses « amis » du Niger alors qu’aucun président Nigérien ne lui avait accordé tous ces privilèges auparavant. C’est vrai : « la France n’a pas d’amis mais seulement des intérêts ». Et visiblement, le Niger n’a pas d’intérêt, seul son Président Issoufou Mahamadou en a, pourrait-on imaginer.

Ibrahim Yéro

21 juin 2017 
Source: L'Eclosion

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