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Semences, engrais et mécanisation : le Niger veut refonder son modèle agricole


Au cœur de la stratégie agricole des autorités nigériennes figure désormais une priorité : moderniser profondément les bases de production afin de sortir durablement d’une agriculture de subsistance encore largement dominée par des méthodes traditionnelles.

Lors de son passage à la RTN, le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, le Colonel Mahaman Alhadji Ousmane a dressé un constat sans détour sur les faiblesses structurelles du secteur agricole nigérien. Faible mécanisation, accès limité aux semences améliorées, déficit d’engrais et insuffisance de l’encadrement technique figurent parmi les principaux obstacles identifiés.

Le ministre souligne notamment que l’utilisation des engrais au Niger reste très inférieure aux standards régionaux. Avec environ 3 kg d’engrais utilisés par hectare contre une moyenne régionale largement supérieure, les rendements agricoles demeurent insuffisants pour répondre aux besoins alimentaires du pays.

Face à cette situation, le gouvernement affirme vouloir miser sur la production locale d’intrants agricoles. Des discussions avancées seraient en cours avec plusieurs partenaires pour l’installation d’unités de fabrication d’engrais, notamment organiques, afin de réduire la dépendance extérieure.

La question des semences constitue également un enjeu central. Les autorités considèrent désormais les semences améliorées comme un instrument stratégique de souveraineté. Le ministre révèle que l’Institut national de la recherche agronomique du Niger (INRAN) dispose déjà de plusieurs variétés à haut rendement adaptées aux conditions climatiques sahéliennes.

L’objectif affiché est désormais d’accélérer le transfert des résultats de la recherche vers les producteurs. Selon le ministre, l’un des grands problèmes du système agricole nigérien réside dans la faible diffusion des innovations agricoles pourtant déjà disponibles dans les laboratoires.

Le gouvernement entend également renforcer la production nationale de semences dans le cadre de la Confédération des États du Sahel (AES). Une alliance régionale des producteurs privés de semences a ainsi été lancée afin de limiter la dépendance vis-à-vis des importations.

Autre chantier majeur : la mécanisation agricole. Les autorités veulent rompre avec les politiques d’importation ponctuelle de tracteurs jugées peu efficaces dans le passé. La nouvelle orientation privilégie désormais l’assemblage local de matériels agricoles.

Des discussions sont actuellement menées avec des partenaires étrangers, notamment indiens et américains, pour installer au Niger des unités d’assemblage de tracteurs et d’équipements agricoles adaptés aux réalités des sols nigériens.

Pour le ministre, cette modernisation progressive constitue une condition indispensable à l’augmentation durable de la productivité agricole. “Le Niger ne peut plus continuer avec une agriculture dominée par la houe et des outils rudimentaires”, a-t-il affirmé.

Cette stratégie de transformation agricole s’accompagne également d’un appel à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes. Les autorités souhaitent encourager l’émergence d’une nouvelle génération d’agro-entrepreneurs capables de dynamiser les filières agricoles nationales.
Aïssa Altiné (Nigerdiaspora)