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Le Niger peut-il atteindre l’autosuffisance alimentaire ?

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Riz Niger
L’autosuffisance alimentaire du Niger n’est plus une simple ambition : elle se construit désormais à partir d’infrastructures concrètes, de résultats mesurables et d’une vision stratégique clairement assumée. L’évolution récente du secteur agricole montre qu’un basculement est en cours, avec un axe central : la maîtrise de l’eau.

Le diagnostic est aujourd’hui clairement posé. Selon l’agronome Ibrahim Tiemogo, la souveraineté alimentaire du Niger passe impérativement par une transformation profonde du modèle agricole, encore largement dépendant des pluies. Cette agriculture pluviale, vulnérable aux aléas climatiques, limite les rendements et entretient la dépendance aux importations. Pour rompre avec cette fragilité structurelle, il devient indispensable d’investir massivement dans un système agricole maîtrisé, intensif et durable.

C’est précisément dans cette logique que s’inscrit le développement accéléré des aménagements hydro-agricoles. La mise en service du périmètre irrigué de Kakariya, dans la région de Diffa, marque un tournant significatif. Étendu à 102 hectares, ce site permet plusieurs campagnes agricoles par an, avec une production estimée entre 800 et 900 tonnes, au bénéfice de 345 exploitants. Il incarne une agriculture désormais affranchie de la seule dépendance aux pluies.

Dans le même élan, la réhabilitation du périmètre de la CDA, portée par un investissement de plus de 3,2 milliards de FCFA, renforce les capacités de production grâce à des infrastructures modernes : station de pompage, réseaux d’irrigation et digues. L’objectif est double : accroître durablement les rendements et stabiliser les zones rurales, notamment dans des régions stratégiques comme Diffa.

Ces réalisations s’inscrivent dans une dynamique nationale plus large. Le Programme de Grande Irrigation prévoit l’aménagement de 40 000 hectares entre 2024 et 2027, avec pour objectif de réduire de moitié les importations de céréales. Sur des sites comme Saguia Amont, les résultats sont déjà visibles, avec des rendements en nette progression et une amélioration des conditions de production pour des centaines d’exploitants.

Au-delà des infrastructures, les performances de la campagne agropastorale récente et les perspectives encourageantes du secteur de l’élevage, notamment dans des régions comme Tahoua, confirment que le Niger dispose d’atouts solides pour réussir cette transition. L’agriculture et l’élevage, pensés de manière complémentaire, constituent un socle essentiel pour la sécurité alimentaire.

Mais cette transformation ne pourra être pleinement réussie sans une approche globale. L’accès aux intrants de qualité, la formation des producteurs, la modernisation des techniques agricoles et la structuration des filières restent des leviers déterminants pour consolider les acquis et amplifier les résultats.

En réalité, le Niger est engagé dans une mutation profonde de son système agricole. Les projets de Kakariya, de la CDA, de Saguia Amont et d’autres aménagements en cours ne sont pas de simples réalisations ponctuelles : ils dessinent les contours d’un modèle agricole nouveau, productif, maîtrisé et résilient.

À terme, la multiplication de ces projets à l’échelle nationale pourrait bien changer radicalement la donne. Non seulement le Niger serait en mesure d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, mais il pourrait également se positionner comme un pays exportateur de produits agricoles, transformant ainsi un défi historique en véritable levier de puissance économique et de souveraineté.
Boubacar Guédé (Nigeriaspora)

 

 

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