Lettre fraternelle à Mohamed Bazoum suite à l’adoption de la résolution du parlement européen exigeant sa libération immédiate : par Djibril Baré
Mon cher frère Bazoum,
Lorsque je t’écrivais la semaine dernière, j’étais loin de m’imaginer que quelques jours plus tard, le parlement européen allait adopter une résolution urgente exigeant ta libération immédiate avant le 2 avril 2026, date marquant la fin de ton mandat en tant que président de la République démocratiquement élu par les Nigériens.
Et pour ne rien arranger, les autorités allemandes demandent à leurs ressortissants de quitter immédiatement le territoire national.
J’ai beau expliquer que je t’ai écrit au nom de la fraternité qui nous lie à travers ton cousin et frère, le défunt Ali Sahad disparu, assassiné le même jour et dans les mêmes circonstances que mon frère, le Président Ibrahim Baré Mainassara (paix à leur âme), 27 ans auparavant, un certain 9 avril 1999, certains personnages se présentant comme tes partisans se sont sentis obligés de réagir dans une affaire dont ils ne connaissent ni les tenants, et les aboutissants.
Pourtant, ils ont lu ce que j’ai révélé ce qui me donne le droit de m’adresser à toi à savoir, tes propos tenus dans le célèbre entretien paru dans l’hebdomadaire « Le Démocrate » n°328 du 3 mai 1999, soit moins d’un mois après les évènements : « je ne crois pas révéler un secret en vous disant que la disparition de la 4e République (consécutive à celle du président Baré et ton cousin Ali Sahad), dont nous avons toujours récusé la légitimité, ne nous cause aucun regret ».Et plus tard tes promesses fermes faites à moi au mois de juillet 2010 en présence de ton neveu, mon neveu Ibrahim Ali Sahad de réaliser une enquête sur la mort de Baré dès votre accession au pouvoir à la fin de la transition en cours au mois d’avril 2011. C’est leur droit, sauf que, face à l’urgence, provoquée par l’adoption par le parlement européen d’une résolution demandant ta libération immédiate parce que tu serais un partenaire clé de l’union européenne, je suis tenu en tant que proche et ancien camarade de parti, de t’écrire à nouveau pour te demander, cette fois-ci de présenter purement et simplement au président de la République ta démission écrite afin d’éviter à notre cher pays qui t’a tout donné, des épreuves inutiles et nocives.
J’ai bien écrit que j’ai bien compris ta frustration, celle d’avoir été trahi, mai, dis-moi qui n’a pas le sentiment d’avoir été trahi au moins une fois en politique au Niger ?
J’ai même ajouté que je comprenais d’autant plus cette frustration, que dans l’interview du 9 mai 1999 citée plus haut, tu avais précisé : « avec Baré je pouvais rester ministre dans son gouvernement autant que je le voudrais ». C’est dire les sacrifices que tu avais consenti pour que celui que tu considérais comme ton ami de 30ans, accède au fauteuil rêvé.
A qui la faute si tu n’as pas pu détecter à temps la trahison. Pourtant, ton ami de trente ans n’a jamais caché face à ses partisans, les plus irréductibles qu’il avait « le anago », terme haoussa se traduisant en français facile par manque ou addiction au pouvoir ?
Tu sais très bien en tant que politicien que gouverner, c’est prévoir, alors pourquoi n’as-tu pas daigné exécuter l’Arrêt t N°ECW/CCJ/APP/25/13 du 23 octobre 2015 de la Cour de Justice de la CEDEAO demandant l’ouverture d’une enquête sur la mort du président Baré, au nom du droit à la vérité ? En effet la Cour avait tenu à préciser, au point 54 dudit arrêt, que « les lois d’amnistie ne sauraient constituer un voilage forcené du passé, une fin de non-recevoir péremptoirement opposée à toute entreprise légitimement curieuse de connaître la vérité. La loi d’amnistie laisse intact le droit à la vérité…. ».
Pourtant, tu m’avais promis cette enquête qui conditionnait la reprise de nos relations fraternelles dès le début du mois de juillet 2010 ? L’arrêt a, en effet conclu, que la loi d’amnistie des auteurs, co-auteurs et complices de l’assassinat, votée en janvier 2000 ne peut s’opposer à l’exercice à ce droit à la vérité. Et la vérité, tu le sais, doit toujours précéder le pardon. Cette enquête aurait pu favoriser le plaidoyer pour ta libération. Si tu avais exécuté ce volet de l’arrêt, personne n’aurait trouvé à redire sur la demande de ta libération réclamée par tes partisans, puisque tu as également bénéficié d’un arrêt de la cour de justice de la Cedeao demandant ta libération.
Le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, en tant que président de la République adoubé par les Assises Nationales a procédé, sur les recommandations de ce forum, à l’élargissement de dizaines de prisonniers politiques de ton régime, quelques temps après leur détention.
Encore une fois, n’y a-t-il pas lieu de t’interroger sur ta part de responsabilité dans tes déboires pour avoir voulu partager ce qui n’est pas partageable, en d’autres termes pour ne pas avoir usé de ce que Robert Badinter a appelé le devoir d’ingratitude envers ton mentor, en tenant coûte que coûte à partager ce qui a toujours été indivisible jusqu’à ce que la natte de la terre soit pliée, à savoir le fauteuil présidentiel ?
Mon cher frère Bazoum,
Si Allah SWT t’a fait commettre ses erreurs fatales parce qu’Il avait programmé que le Général TIANI devait accéder à la charge suprême le 26 juillet 2023. Puisqu’en tant que musulman, tu n’ignores pas la souveraineté Divine magnifiée dans la Sourate Al-Imran, 3:26 du Saint Coran : « Dis: "Ô Allah, Maître de l'autorité absolue. Tu donnes l'autorité à qui Tu veux, et Tu arraches l'autorité à qui Tu veux et Tu donnes la puissance à qui Tu veux, et Tu humilies qui Tu veux. Le bien est en Ta main et Tu es Omnipotent ».
Avant toi, celui qui était affectueusement appelé « Baba Tanja » par ses partisans, a commis des erreurs tout aussi fatales qui ont permis à ton ami d’assouvir son destin présidentiel, pour lequel il était prêt à toutes les compromissions. Le président Léopold Sédar Senghor après la sentence condamnant les assassins de Demba Diop a failli y renoncer. Finalement il s’y est résolu en disant : « la politique ne se fait pas avec un cœur de jeune fille ». Tu as également dû entendre le président Ibrahim Baré Mainassara menacé d’assassinat tous les mois par certains de ses opposants, dont certains faisaient le tour des casernes pour demander son renversement, affirmer lors de sa célèbre conférence du 28 mai 1998 tenue au Palais des Congrès : « je devais les raccourcir….idiot sera l’officier qui fera un coup d’Etat et les laisserait vivants ». Un quart de siècle plus tard, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le pays est sur cale avec les mêmes acteurs dans des rôles différents jouant à la roulette russe avec la vie des Nigériens. J’aurais souhaité que le président Baré aie eu tort de prononcer ces mots forts et que sa déclaration fut mise sur le compte de l’humour que nous les intimes, nous lui reconnaissions.
Mon cher frère Bazoum, tu le sais la politique est un jeu d’adultes mais un jeu très dangereux en Afrique où le taux de létalité est élevé quand on se trouve au dernier étage de la fusée pouvoir. Ton ami de trente ans et toi vous avez applaudi tous les coups tordus qui se sont succédés au sommet de l’Etat depuis le 29 juillet 1991, jour de l’ouverture de la Conférence Nationale Souveraine qui vous a ouvert toutes les portes au détriment du MNSD et du président Ali Saibou qui avait accepté au nom de la paix sociale d’être dépouillé à la fin de tous ses pouvoirs sans broncher. A présent , il te faut prendre de la hauteur et savoir avaler la pilule en proposant aux autorités ta démission écrite « pour l’intérêt supérieur de la Nation » qui t’a donné plus que n’importe quel autre Nigérien, depuis l’an 1991 : Secrétaire d’Etat, plusieurs fois député et vice-président de l’Assemblée Nationale ou président de groupe parlementaire , plusieurs fois ministre, 10 ans ministre d’Etat sans discontinuer, et enfin président de la République du 2 avril 2021 au 2 juillet 2023. Et à présent, chose inédite, jamais vue nulle part dans le monde, prisonnier de luxe aux côtés de ta tendre moitié, logé au Palais présidentiel, nourri et blanchi aux frais du contribuable fiscalement pressuré du fait d’un embargo financier décrété par les partenaires du Niger qui estiment que tu es leur partenaire clé. Qui dit mieux ? Même le Président Nicolas Sarkozy n’a pas eu droit à un tel traitement de faveur pendant ses jours de détention. Le président Nicolas Maduro enlevé par les militaires d’un pays étranger, encore un activiste sur la télévision nationale a fait la confession que tu a droit au saumon fumé, aux autres spécialités culinaires non accessibles au commun de nos compatriotes les plus nantis qui dînent au « Radisson » et au Bravia Hôtel.
Il faut t’estimer heureux que malgré les risques encourus par le Général d’Armée Abdourahamane Tiani et le Général Amadou Ibro, en engageant ta mise à l’écart dans l’enceinte présidentielle avec le Général Mohamed Toumba, assurant les arrières à l’extérieur au petit matin du 26 juillet 2023, au vu des forces étrangères sur notre sol., ces braves patriotes aient tenu à préserver ta vie et ton intégrité physique. Pense au sort du président Baré avant d’agir à l’avenir pourtant il était au courant du sort à lui réservé , mais il n’a pas voulu avoir du sang sur les mains. Normal, il venait d’effectuer son pèlerinage à la Mecque une semaine auparavant.
Mon seul conseil à mon frère Bazoum, n’en déplaise aux opportunistes de tous bords qui ne l’ont connu que très récemment et qui s’agitent sur la toile pour des considérations purement partisanes : démissionne de tes fonctions de président de la République par écrit devant un homme de loi pour couper l’herbe sous les pieds des Nations démunies qui ont juré de nous esclavagiser à nouveau pour des intérêts connus de tous. Le peuple Nigérien t’en saura gré. Les arabes sont des peuples dignes et fiers, bénis d’Allah Subuhana wata alla. Tu ne dois pas faire exception.
Comme je l’ai dit la dernière fois, j’ai beaucoup à dire sur une relation de près d’un demi-siècle, et trois décennies avec mon digne grand frère Ali Sahad, mais je me limite aux présents propos en vertu d’un célèbre adage wolof dévoilé dans le livre autobiographique du Président Abdou Diouf, grand Homme d’Etat du pays de la Téranga, réputé pour sa sagesse, qui dit : « Du Lu nit xam, wax », se traduisant en français facile par : « la sagesse recommande de ne pas dire tout ce que l’on sait ».
Salutations fraternelles à ma sœur Hadiza.
Qu’Allah SWt guide vos pas !
A Niamey le 23 mars 2026
Djibril Baré, petit-fils de Cherif Mahamane Haidara
Membre et Président fondateur de la section PNDS TARAYYA Sénégal
Ancien Conseiller Spécial du Président Ibrahim Baré Mainassara
Ancien Auditeur Interne au siège de la BCEAO à Dakar
Candidat à l’élection présidentielle 2020-2021 au titre de l’UDFP SAWABA