Niger - Algérie : vers des projets concrets après la 2e session de la Commission mixte à Niamey
La visite de travail effectuée à Niamey par le Premier ministre algérien, Sifi Ghrieb, du 21 au 24 mars 2026, marque une séquence diplomatique de premier plan dans les relations entre le Niger et l’Algérie. Au-delà du protocole, la 2e session de la Grande Commission mixte nigéro-algérienne de coopération apparaît comme un moment de clarification politique et de projection stratégique entre deux États décidés à donner davantage de contenu à leur partenariat.
Reçu dans l’après-midi du lundi 23 mars 2026 par le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine, son homologue algérien a pris part, le même jour, à l’ouverture officielle des travaux de cette commission mixte au Centre international des conférences Mahatma Gandhi de Niamey. Aucun propos n’a été livré à la presse à l’issue de leur entretien en tête-à-tête, mais les messages portés lors de la session publique ont permis de cerner l’orientation recherchée par les deux parties.
Du côté nigérien, cette rencontre est présentée comme l’expression d’un repositionnement diplomatique assumé, fondé sur le bon voisinage, la souveraineté et la recherche de coopérations jugées mutuellement avantageuses. Ali Mahamane Lamine Zeine a inscrit cette dynamique dans une perspective historique, en rappelant que les deux pays avaient mis en place dès 1967 un cadre institutionnel destiné à organiser leurs relations. Mais il a surtout insisté sur l’idée d’un nouveau départ, dans lequel Niamey entend renforcer ses liens régionaux en dehors de toute influence extérieure sur ses choix stratégiques.
Cette session s’inscrit d’ailleurs dans le prolongement direct de la visite effectuée en Algérie, les 15 et 16 février 2026, par le président nigérien, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani. Pour les autorités nigériennes, les échanges de Niamey doivent désormais transformer les engagements politiques déjà pris en avancées visibles, notamment dans des secteurs structurants. Les infrastructures, l’énergie, les hydrocarbures, les transports, la santé, l’agriculture ainsi que la formation technique et professionnelle figurent parmi les priorités mises en avant.
Le discours algérien converge sur l’essentiel. Sifi Ghrieb a lui aussi donné à cette session une portée particulière, en la décrivant comme une étape nouvelle, à la fois historique et stratégique, dans la coopération entre Alger et Niamey. L’objectif affiché est clair : convertir l’impulsion politique donnée par les dirigeants des deux pays en projets réalistes et en résultats tangibles, susceptibles de bénéficier directement aux populations. Cette approche accorde une attention particulière aux zones frontalières, perçues comme un espace naturel de coopération, d’intégration et de complémentarité.
Dans cette logique, la partie algérienne a structuré ses attentes autour de quatre axes : consolider les acquis existants, accélérer l’achèvement des grands projets d’infrastructures, élargir les domaines de coopération bilatérale et redynamiser le partenariat économique et commercial. Cette grille de lecture montre que la relation ne se limite pas à une affinité politique ou diplomatique, mais cherche à produire des effets concrets sur le terrain.
Les travaux menés en marge de la session confirment cette volonté d’élargissement. Une séance de travail a réuni le même lundi le ministre d’État nigérien chargé de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de l’Administration du territoire, le Général de Division Mohamed Toumba, et le ministre algérien Said Sayoud. Les échanges ont porté sur plusieurs dossiers sensibles et structurants, parmi lesquels la sécurité, la migration, la coopération transfrontalière, la formation et le partage d’expériences dans différents domaines socio-économiques. La présence du ministre nigérien en charge des transports et de l’aviation civile à cette rencontre souligne, elle aussi, l’importance accordée à une coopération transversale.
Commencée dès le 22 mars avec la réunion des experts, cette 2e session de la Grande Commission mixte nigéro-algérienne porte un objectif plus large qu’un simple exercice institutionnel. Elle révèle la volonté des deux capitales de remettre à niveau une relation ancienne, de l’adosser à des intérêts bien identifiés et d’en faire un levier de développement, de stabilité et d’intégration régionale. À Niamey, le mot d’ordre semble désormais être celui de la concrétisation.
Boubé G. (Nigerdiaspora)