Niger : la réforme qui veut faire de la compétence le moteur de l’administration publique
Évaluation des agents de l’Administration publique : Assainir l’État par la compétence
Adopté en Conseil des ministres le jeudi 4 septembre 2025, le décret relatif à l’évaluation de la performance individuelle des agents de la Fonction publique de l’État apparaît comme une mesure salutaire dans le contexte de la Refondation. À travers ce dispositif, chaque agent public devra désormais répondre de son rendement, de sa discipline, de son éthique et de sa contribution réelle au service de l’intérêt général. Une réforme attendue, qui pourrait permettre d’assainir une administration longtemps minée par l’incompétence, le clientélisme, le favoritisme et l’absence de culture du résultat.
Une réforme qui tombe à point nommé
L’évaluation des agents de l’Administration publique constitue une mesure importante dans la marche vers une véritable Refondation de l’État. Le décret adopté lors du Conseil des ministres du jeudi 4 septembre 2025, au titre du ministère de la Fonction publique, du Travail et de l’Emploi, fixe le contenu et la forme des outils d’évaluation, tout en précisant les modalités d’appréciation de la performance individuelle des agents de la Fonction publique de l’État.
En clair, chaque agent de l’État fera désormais l’objet d’une évaluation annuelle permettant de mesurer sa performance au sein de la structure administrative à laquelle il appartient. Cette évaluation sera accompagnée d’un entretien individuel et sanctionnée par un procès-verbal. L’objectif affiché est de doter le Niger d’une administration plus performante, plus responsable et davantage orientée vers la satisfaction des besoins d’intérêt général.
Cette réforme tombe à point nommé. Elle intervient dans un contexte où les Nigériens attendent de l’État non seulement des discours de changement, mais surtout des actes forts capables de transformer profondément la gouvernance publique. La Refondation ne saurait être cosmétique. Elle doit toucher les racines mêmes du dysfonctionnement administratif.
Une administration longtemps fragilisée par les mauvaises pratiques
Depuis plusieurs années, l’Administration publique nigérienne souffre de nombreux maux. Le laxisme, le clientélisme, le favoritisme, l’affairisme, l’indiscipline et parfois l’incompétence ont progressivement affaibli l’appareil d’État. Dans certains services, la compétence a été reléguée au second plan au profit des relations personnelles, des appartenances politiques, des solidarités familiales ou des réseaux d’influence.
À la place d’agents capables de relever les défis de l’heure, l’administration est parfois devenue un refuge pour des profils peu productifs, peu motivés et peu soucieux de la mission publique. Certains agents donnent l’impression d’occuper des postes non pas pour servir l’État, mais pour bénéficier d’un statut, d’un salaire et d’avantages, sans contrepartie réelle en termes de rendement.
Or, l’Administration publique n’est pas un patrimoine privé. Elle appartient à la Nation. Elle doit être au service du citoyen, du développement et de l’intérêt général. Lorsqu’elle est encombrée par des agents improductifs, désengagés ou incompétents, c’est tout le pays qui en subit les conséquences.
La compétence doit redevenir la règle
Une administration forte repose d’abord sur des hommes et des femmes compétents, disciplinés, intègres et conscients de leur mission. La Fonction publique ne doit plus être perçue comme un simple espace de sécurité salariale, mais comme un lieu de responsabilité et de performance.
L’évaluation annuelle des agents de l’État peut donc constituer un tournant décisif, à condition qu’elle soit appliquée avec rigueur, impartialité et courage. Il ne s’agit pas d’organiser une formalité administrative de plus, remplie de fiches et de procès-verbaux sans conséquence. Il s’agit de mesurer réellement le travail de chacun, d’identifier les agents méritants, de corriger les insuffisances, de sanctionner les dérives et, si nécessaire, d’écarter ceux qui ne répondent pas aux exigences du service public.
La compétence doit redevenir la règle. Le mérite doit être récompensé. L’incompétence persistante, l’absentéisme, l’indiscipline et le manque d’éthique ne doivent plus être tolérés sous prétexte d’habitudes anciennes ou de protections particulières.
Refonder, c’est rompre avec les anciennes pratiques
La Refondation ne peut réussir si les vieilles pratiques continuent à survivre dans les bureaux, les directions, les ministères et les services déconcentrés. On ne peut pas vouloir bâtir un État nouveau avec des méthodes anciennes. On ne peut pas réclamer l’efficacité publique tout en maintenant dans l’administration des agents qui ne produisent rien, ne respectent pas la hiérarchie, négligent les usagers et bloquent le fonctionnement normal des services.
Feu le général Seyni Kountché avait, en son temps, dénoncé les systèmes de désignation fondés sur la combine. Cette phrase reste encore d’actualité : l’État ne peut pas avancer si les nominations, les recrutements et les promotions ne reposent pas sur la compétence, le mérite et la probité.
Dans la même logique, Thomas Sankara rappelait la nécessité de se débarrasser des administrateurs corrompus et improductifs pour construire un État au service du peuple. Le Niger, engagé dans une dynamique de souveraineté et de restauration de l’autorité publique, ne peut faire l’économie d’un tel sursaut.
Évaluer pour corriger, mais aussi pour sanctionner
L’évaluation ne doit pas être comprise uniquement comme une menace. Elle doit aussi permettre de valoriser les agents sérieux, compétents et dévoués, qui travaillent parfois dans des conditions difficiles sans reconnaissance suffisante. Dans l’Administration publique, il existe des cadres patriotes, rigoureux et efficaces. Ceux-là doivent être identifiés, encouragés et promus.
Mais dans le même temps, il faut avoir le courage de sanctionner les comportements qui freinent la marche de l’État. Lorsqu’un agent refuse de travailler, manque constamment à ses obligations, se montre incapable d’assumer ses responsabilités ou nuit au service public, l’administration doit pouvoir prendre des mesures fermes.
Former, redéployer, avertir, rétrograder ou même écarter doivent faire partie des options possibles, selon la gravité des manquements. Une administration qui ne sanctionne jamais finit par décourager les meilleurs et protéger les médiocres.
L’intérêt général avant les états d’âme
L’État ne peut plus se permettre d’entretenir indéfiniment des agents qui ne contribuent pas efficacement à la mission publique. Les ressources nationales sont limitées. Les attentes des populations sont immenses. Chaque poste occupé doit produire un service réel. Chaque salaire payé doit correspondre à un travail utile pour la Nation.
C’est pourquoi, si l’application du décret conduit à identifier des agents durablement inaptes, improductifs ou incompétents, il faudra en tirer toutes les conséquences, sans faiblesse et sans complaisance. Il ne s’agit pas de régler des comptes, encore moins de mener une chasse aux sorcières. Il s’agit simplement de replacer l’intérêt général au-dessus des intérêts individuels.
Le Niger dispose d’une jeunesse compétente, formée, consciente et prête à servir. Beaucoup de jeunes diplômés attendent une opportunité pour mettre leur savoir-faire au service de l’État. Il serait injuste de continuer à fermer les portes à cette relève pendant que certains postes sont occupés par des agents qui n’apportent plus aucune valeur ajoutée.
Pour une administration nouvelle au service du citoyen
La mise en oeuvre du décret sur l’évaluation des agents publics doit donc être suivie avec attention. Pour produire des résultats, elle doit être transparente, régulière, objective et protégée contre les influences politiques, familiales ou relationnelles. Les critères doivent être clairs. Les évaluateurs doivent être eux-mêmes responsables. Les résultats doivent avoir des conséquences concrètes.
Une administration refondée doit être ponctuelle, compétente, disciplinée, accessible et tournée vers le citoyen. Elle doit cesser d’être un labyrinthe de lenteurs, de négligences et de frustrations. Elle doit devenir un moteur du développement national.
En définitive, cette réforme représente une opportunité majeure pour remettre de l’ordre dans la Fonction publique. Si elle est appliquée avec sérieux, elle permettra de soigner certains maux profonds de notre administration : l’incompétence, l’indiscipline, la démotivation, le manque d’éthique et l’absence de culture du résultat.
La Refondation exige du courage. Elle exige aussi des décisions parfois difficiles. Mais lorsqu’il s’agit de l’intérêt général et de l’avenir de la Nation, il ne doit y avoir ni hésitation ni état d’âme. L’administration nigérienne doit être assainie, modernisée et confiée à des agents capables de servir véritablement le peuple.
Amadou I. (L’Actualité Niger)

