Niger : Pr. Farmo Moumouni lance une nouvelle dynamique pour la formation technique et l’insertion des jeunes

À Maradi, les autorités nigériennes ont voulu envoyer un signal fort : la formation technique et professionnelle ne doit plus être perçue comme un secteur secondaire du système éducatif, mais comme un outil stratégique de transformation économique et sociale. Réunis le 9 mai 2026 dans la capitale économique du Niger, les responsables du ministère de l’Enseignement et de la Formation techniques et professionnels, les collectivités territoriales et plusieurs autorités administratives ont engagé une réflexion de fond sur l’avenir de l’EFTP dans le contexte de la Refondation.
Cette rencontre, organisée autour des rôles et responsabilités des collectivités territoriales, marque une évolution importante dans la gouvernance du secteur. Pour la première fois, le ministère a choisi d’aller directement à la rencontre des communes afin de bâtir une dynamique locale autour de la formation professionnelle, de l’employabilité des jeunes et du développement économique territorial.
Le ministre de l’Enseignement et de la Formation techniques et professionnels, le Professeur Farmo Moumouni, a placé cette initiative dans la logique du changement impulsé par les autorités actuelles. Selon lui, la formation professionnelle doit désormais être considérée comme un véritable levier d’émancipation, d’autonomisation et d’insertion des jeunes, mais aussi comme un instrument capable d’accompagner la modernisation économique du pays.
Derrière les discours institutionnels, la rencontre de Maradi révèle surtout une volonté politique de rapprocher la formation des réalités économiques locales. Les débats ont porté sur des enjeux très concrets : construction et entretien des infrastructures, gestion des centres de formation, financement des dispositifs d’apprentissage, adaptation des filières aux besoins du marché local ou encore insertion professionnelle des diplômés.
L’objectif affiché est clair : faire émerger une formation davantage connectée aux besoins des territoires et des activités économiques régionales. Dans un pays confronté au chômage massif des jeunes et aux défis de l’employabilité, cette orientation apparaît comme un tournant stratégique.
Le gouverneur de la région de Maradi, le Contrôleur général de Police Mamane Issoufou, a lui aussi insisté sur la dimension nationale de cette réforme. Il a rappelé que le Programme de Refondation 2025-2029 accorde une place importante au renforcement des compétences et à la promotion du développement inclusif. Dans cette architecture, l’EFTP devient un instrument central de relance économique et de lutte contre la précarité des jeunes.
Les autorités mettent également en avant les nouveaux mécanismes institutionnels créés pour structurer le secteur, notamment le Conseil national de l’enseignement et de la formation professionnels et techniques (CNEFPT) ainsi que ses représentations régionales et départementales. Ces structures sont appelées à devenir des espaces permanents de concertation entre l’État, les collectivités, le secteur privé et les partenaires techniques.
Mais au-delà des ambitions affichées, la visite effectuée par le ministre au Lycée technique Dan Kassawa de Maradi a rappelé l’ampleur des défis à relever. Créé en 1967 et longtemps considéré comme une référence nationale, l’établissement souffre aujourd’hui de nombreuses difficultés : installations électriques vétustes, manque de tables-bancs, insuffisance d’enseignants, équipements dépassés et surcharge des salles de classe.
Dans les ateliers techniques, le constat est particulièrement révélateur des difficultés structurelles du secteur. Malgré quelques acquisitions récentes, plusieurs machines restent en décalage avec les évolutions technologiques actuelles, notamment l’essor des équipements à commande numérique. Cette situation illustre le fossé qui subsiste entre les ambitions de modernisation et les capacités matérielles des centres de formation.
Face à ces contraintes, le gouvernement semble vouloir miser sur une responsabilisation accrue des collectivités territoriales. Les Administrateurs délégués des régions de Diffa, Maradi et Zinder ont d’ailleurs pris un engagement solennel pour accompagner la mise en œuvre de la politique nationale de l’EFTP. Cet engagement s’appuie sur les dispositions légales qui reconnaissent désormais un rôle partagé entre l’État, les collectivités et le secteur privé dans le développement de la formation professionnelle.
La “Déclaration de Maradi”, signée à l’issue des travaux, traduit cette volonté d’inscrire les communes dans une logique de cofinancement et de participation active au développement du secteur. L’investissement attendu ne se limite pas aux moyens financiers ; il concerne aussi les ressources humaines, l’accompagnement local et l’implication institutionnelle.
À travers cette démarche, les autorités nigériennes cherchent manifestement à faire de la formation technique un pilier de la souveraineté économique nationale. Dans un contexte régional marqué par les enjeux d’autonomie productive, de transformation locale et de valorisation des compétences nationales, l’EFTP apparaît progressivement comme un chantier stratégique de la Refondation.
L’enjeu dépasse désormais la seule question scolaire. Pour les autorités, il s’agit de préparer une jeunesse capable de répondre aux besoins réels du pays, de soutenir la modernisation économique et de participer à la construction d’un Niger plus autonome et plus résilient.
Avec l’ANP.
Boubé G. (Nigerdiaspora)

